Header Critique : IMPASSE AUX VIOLENCES, L' (FLESH AND THE FIENDS)

Critique du film
L'IMPASSE AUX VIOLENCES 1959

FLESH AND THE FIENDS 

Au XIXème siècle, à Edimbourg, le docteur Knox emploie des cadavres frais pour enseigner la médecine à ses étudiants. Mais le gouvernement ne lui fournit que quelques rares corps de condamnés à mort. Le professeur paie alors quelques voyous pour déterrer des maccabées dans les cimetières. Parmi ces malandrins, deux vauriens, Hare et Burke, assassinent des mendiants et vendent les cadavres au savant...

L'IMPASSE AUX VIOLENCES est produit en 1959 par les Britanniques Robert S. Baker et Monty Berman, des concurrents de la Hammer, compagnie britannique spécialisée dans l'horreur depuis FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ ! de Terence Fisher en 1957. Déjà créateur de JACK L'ÉVENTREUR, Baker et Berman recrutent pour leur nouveau projet une Star de La Hammer : Peter Cushing en personne interprète le docteur Knox.

A ses côtés, Donald Pleasence tient un de ses meilleurs rôles. Déjà rodé à la télévision et au théâtre anglais, il n'est pour l'instant qu'un second rôle remarqué du cinéma anglais. L'IMPASSE AUX VIOLENCES l'introduit de plain pied dans le cinéma d'horreur gothique et dans l'écran insolite dont il va devenir un spécialiste. Nous le retrouvons ainsi peu après dans LE CIRQUE DES HORREURS, autre fleuron de l'horreur british. Son véritable accès à la notoriété mondiale arrive avec le blockbuster hollywoodien LA GRANDE EVASION de John Sturges en 1963, rapidement suivi par son incarnation mémorable de Blofeld dans le James Bond ON NE VIT QUE DEUX FOIS. Sa carrière croisera aussi bien Roman Polanski que John Carpenter par la suite.

Le réalisateur John Gilling travaille déjà dans de nombreux genres du cinéma populaire anglais et collabore régulièrement avec Baker et Berman. L'IMPASSE AUX VIOLENCES est pourtant son premier film d'horreur gothique, genre auquel il reviendra par la suite : il mettra son talent au service de la Hammer pour des réussites comme L'INVASION DES MORTS-VIVANTS ou LA FEMME REPTILE.

L'IMPASSE AUX VIOLENCES s'inspire d'un fait divers réel, l'affaire des "résurrectionnistes" qui fit beaucoup de bruit au XIXème siècle. Elle a inspiré à Robert Louis Stevenson la nouvelle « Le voleur de cadavres », elle-même adaptée au cinéma en 1945 dans le très réussi LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES du quasi-débutant Robert Wise, pour le producteur Val Lewton et la RKO, avec une interprétation mémorable de Boris Karloff dans le rôle titre.

Peu après, une autre vedette du macabre incarne un tel trafiquant de cadavres : le Britannique Tod Slaughter dans THE GREED OF WILLIAM HART (au scénario signé John Gilling), basé sur l'affaire des résurrectionnistes Burke et Hare bien que la censure anglaise force au dernier moment la production à changer les noms des personnages pour éviter toute référence directe au fait divers sanglant. En 1956, la télévision anglaise propose THE ANATOMIST, encore une adaptation de cette affaire, avec Alastair Sim dans le rôle du docteur Knox.

Dans L'IMPASSE AUX VIOLENCES, l'ambiance est résolument influencée par les productions Hammer, bien que la couleur, élément caractéristique de ces films, soit absente. Nous retrouvons une atmosphère typiquement gothique et définitivement british, ainsi qu'une violence et une cruauté très enlevées.

Hare et Burke, les deux ignobles malfaiteurs, sévissent dans les bas-fonds d'Edimbourg. Ils sont formidablement interprétés par Donald Pleasence et George Rose. Burke est un imbécile, grossier et ricanant. Hare est d'une méchanceté inouïe, passant son temps à mettre au point des mauvais coups et prêt à tout pour ramasser une guinée d'or. Psychopathe, il peut être cruel uniquement pour le plaisir. Il ne renâcle jamais à s'en prendre à plus faible que lui, tel un enfant ou une femme. Donald Pleasence lui prête sa trogne extraordinaire et son regard glaçant. Si l'allure de ces vauriens évoquent les deux mauvais sujets qui piègent PINOCCHIO dans le dessin animé Disney, la dégaine de Hare, la manière dont il joue nonchalamment de sa canne, son regard froid, sa totale absence de scrupules et de compassion annoncent Alex et ses drougs dans ORANGE MÉCANIQUE de Kubrick.

Hare et Burke se livrent à des crimes ignobles, rendus insoutenables par la réalisation de Gilling. L'horreur n'est pas rendue par des effets gore, mais en insistant sur la lente et pénible agonie des victimes ainsi que sur l'impassibilité, voire l'excitation des assassins. Ils étouffent un jeune garçon en lui enfonçant la tête dans des excréments de porcs, étranglent des vieillards ou violentent des jeunes filles. Mais ce sadisme est bien partagé. Lorsque Burke est exécuté par la police, son horrible pendaison se fait sous les rires des voyous de toute la ville, venus assister à ce cruel spectacle.

A l'autre bout de l'échelle sociale, le docteur Knox est interprété impeccablement par un Peter Cushing au sommet de son art. Obsédé par ses recherches et extrêmement intelligent, il est bien conscient de la provenance des cadavres frais que lui apportent les deux meurtriers. Mais pour lui, la vie de quelques mendiants ou prostituées ne pèsent guère face aux progrès scientifiques permis par ses travaux anatomiques. Les bourgeois de la ville ne se scandalisent pas trop de ces meurtres puisqu'ils considèrent avec fatalisme et hypocrisie que ces "pauvres créatures" issues des quartiers les plus misérables sont plus heureuses mortes que vivantes. Comme dans JACK L'ÉVENTREUR, le regard social sans concession sur « le bon vieux temps » du XIXème siècle est un élément constitutif essentiel de L'IMPASSE AUX VIOLENCES, bien plus que dans les titres Hammer par exemple.

Nous admirons encore la qualité de la reconstitution d'époque et la rigueur de la réalisation. L'IMPASSE AUX VIOLENCES inclut une romance entre un jeune étudiant en médecine et une prostituée, qui donne une certaine épaisseur aux personnages et souligne la dureté des cloisonnements sociaux d'alors. Un peu envahissante au début du métrage, elle n'empêche par le reste du film d'être irréprochable.

L'IMPASSE AUX VIOLENCES bénéficie d'une fin remarquable d'intelligence, où la rencontre avec un enfant des quartiers pauvres pousse Knox à remettre en question ses idées arrogantes et cyniques sur la médecine et la réussite.

Les crimes de Burke et Hare donnent ensuite lieu à d'autres films d'horreur anglais. Dans la vague de l'horreur gothique, Vernon Sewell signe à son tour BURKE & HARE, son dernier long métrage. Dans les années 80, on assiste dans le cinéma anglais à une petite résurgence gothique consécutive notamment au succès d'ELEPHANT MAN de David Lynch. Ainsi LE DOCTEUR ET LES ASSASSINS, basé sur l'affaire des résurrectionnistes, est produit comme ce précédent métrage par Mel Brooks. Il est mis en scène par Freddie Francis, chef-opérateur sur le film de Lynch et autrefois réalisateur prolifique du cinéma gothique anglais. Cette œuvre ambitieuse au casting prestigieux (Jonathan Pryce, et Stephen Rea incarnent les assassins tandis que Timothy Dalton interprète le savant en quête de cadavres) s'avère intéressante, mais tout de même imparfaite.

Enfin, en 2009, John Landis signe CADAVRES A LA PELLE avec Simon Pegg et Andy Serkis dans les rôles de Burke et Hare, pour une approche de l'affaire teintée d'humour noir, mais au résultat décevant. Ainsi aucun de ces films plus récents n'a fait de l'ombre à L'IMPASSE AUX VIOLENCES qui reste la plus satisfaisante des transpositions de ce sinistre fait divers et un classique incontournable de l'horreur gothique anglaise.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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