Header Critique : ÉTRANGLEURS DE BOMBAY, LES (THE STRANGLERS OF BOMBAY)

Critique du film
LES ÉTRANGLEURS DE BOMBAY 1960

THE STRANGLERS OF BOMBAY 

Au moment du tournage de LES ÉTRANGLEURS DE BOMBAY, en 1959, la compagnie britannique Hammer, spécialisée dans le fantastique depuis LE MONSTRE de Val Guest, enchaîne les triomphes, avec FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ ! et LE CAUCHEMAR DE DRACULA en particulier.

Réalisateur-vedette de cette firme, Terence Fisher dirige ce nouveau film d'aventures horrifiques, mettant en scène les agissements sadiques d'une secte d'impitoyables Thugs en Inde. Ces individus ayant réellemente existés étaient des assassins professionnels, adorateurs de la déesse Kali. Leur mouvement a notamment eu une activité de résistance violente contre le colonisateur britannique au XIXème siècle.

Comme de coutume à la Hammer de l'époque, nous retrouvons Bernard Robinson à la direction artistique, Roy Bernard aux trucages et James Bernard à la musique. Mais c'est la première fois que le chef-opérateur Arthur Grant collabore avec Terence Fisher. Il  remplace progressivement le grand Jack Asher à ce poste et va tenir cette fonction sur de nombreux titres majeurs de cette firme. Parmi les acteurs, nous reconnaissons des figures comm Guy Rolfe, George Pastell, et surtout Marie Devereux et son célèbre décolleté, que nous croiserons à nouveau dans LES MAÎTRESSES DE DRACULA du même Terence Fisher.

LES ÉTRANGLEURS DE BOMBAY s'inscrit dans la tradition britannique des films d'aventures coloniales mettant en scène des révoltes indigènes. Ce genre trouve son méchant classique avec Fu Manchu, le cruel chinois élaborant de machiavéliques complots afin de détruire la puissance britannique et d'assurer la suprématie de la race jaune. Ce personnage a surtout été porté à l'écran par Hollywood, dans LE MASQUE D'OR avec Boris Karloff par exemple, mais il est l'invention de l'écrivain anglais Sax Rohmer.

Dans les films britanniques, des années quarante à soixante, des Indiens attaquaient des soldats anglais dans ALERTE AUX INDES de Zoltan Korda, LA CHARGE DU SEPTIÈME LANCIER de John Gilling ou LES TURBANS ROUGES avec Yul Brynner. En Afrique aussi, les troupes de sa Majesté affrontent le courroux autochtone, dans le fameux ZOULOU de Cy Endfield par exemple. Même Hollywood s'inspire des aventures du corps expéditionnaire anglais dans le spectaculaire LA CHARGE DE LA BRIGADE LÉGÈRE de Michael Curtiz avec Errol Flynn. Très proche des ÉTRANGLEURS DE BOMBAY, nous avons le classique GUNGA DIN de George Stevens, dans lequel Cary Grant incarne un soldat anglais, membre d'une troupe piégée par des Thugs adorateurs de Kali. Heureusement, certaines œuvres du cinéma anglo-saxon déploient un imaginaire exotique moins belliqueux et paternaliste : citons le beau film britannique LE LIVRE DE LA JUNGLE de Zoltan Korda par exemple.

Dans l'Inde colonisée, des caravanes disparaissent corps et biens sans explication, mettant dans l'embarras les commerçants anglais. Les troupes de la Compagnie des Indes restent désemparées par ces mystérieux évènements. Le capitaine Lewis découvre qu'une secte fanatique commet ces massacres et pillages. Mais ses supérieurs sont si bornés qu'il doit agir seul contre ce redoutable péril.

Comme sur la plupart des récits coloniaux de ce genre, un parfum de racisme déplaisant plane. Au nom de leurs croyances païennes, les indigènes se comportent ignominieusement. Les « sang-mêlés » sont des traîtres en puissance. Les Indiens cachent leur fourberie haineuse derrière une obséquieuse onctuosité. Toutefois, la Grande-Bretagne a accordé l'indépendance à l'Inde en 1947. Et LES ÉTRANGLEURS DE BOMBAY de 1959 peut se permettre de nombreuses piques contre l'autorité anglaise, notamment à travers la description du capitaine Connaught-Smith, bête et inefficace.

LES ÉTRANGLEURS DE BOMBAY est surtout connu pour ses scènes de torture et de cruauté. Elles sont spectaculaires : yeux crevés, mains arrachées, pendaisons et strangulations se succèdent sans mollir. Souvent hors-champ, la mise en scène experte de Terence Fisher parvient néanmoins à les rendre impressionnantes. Si leur caractère sanglant est atténué par l'usage du noir et blanc (choisi, dit-on, pour donner un aspect plus documentaire au métrage...), les maquillages de Roy Bernard soulignent efficacement les orbites dévastées ou les moignons pathétiques des suppliciés. Nous apprécions aussi un vrai sens du cadrage en cinémascope, toujours soigné et élégant.

Toutefois, LES ÉTRANGLEURS DE BOMBAY a du mal à captiver le spectateur, notamment à cause d'un scénario laborieux. Le capitaine Lewis reste bloqué dans sa maison pendant une bonne moitié du métrage à cause de la mauvaise volonté de ses supérieurs incompétents. Ce qui donne lieu à des bavardages et à un certain manque de rythme. La faiblesse des moyens se fait sentir : le sanctuaire des adorateurs de Kali n'est guère à la hauteur des plus beaux décors de Bernard Robinson et les coins de campagne anglaise utilisés pour les extérieurs n'évoquent pas un pays tropical.

LES ÉTRANGLEURS DE BOMBAY est un film agréable, mais il n'est pas à la hauteur des meilleures réussites de son réalisateur. Il connaît pourtant un petit succès et la Hammer produit ensuite dans le même style L'EMPREINTE DU DRAGON ROUGE d'Anthony Bushell dans lequel Christopher Lee dirige une secte d'assassins chinois à Hong Kong, au début du XXème siècle. Ce courant mène au retour du terrible docteur Fu Manchu dans une nouvelle série de cinq films anglais  (non produits par la Hammer), inaugurée par LE MASQUE DE FU MANCHU, dans lequel le redoutable criminel est incarné là aussi par Christopher Lee. D'autre part, nous pouvons penser que Steven Spielberg et George Lucas se sont souvenus de GUNGA DIN et des ÉTRANGLEURS DE BOMBAY pour leurs adorateurs de Kali dans INDIANA JONES ET LE TEMPLE MAUDIT en 1985...

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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