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Critique du film
THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH 1958

 

THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH est une production de la firme anglaise Hammer, réalisée par Terence Fisher. Leur collaboration a déjà abouti à deux énormes succès internationaux : FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ ! et LE CAUCHEMAR DE DRACULA, tous les deux avec Christopher Lee et Peter Cushing, devenus aussitôt les nouvelles stars de l'horreur. A partir de 1957, ces œuvres en couleur relancent le créneau de l'épouvante classique en Grande-Bretagne. Encouragés par les commandes de grandes compagnies hollywoodiennes, la Hammer bat le fer tant qu'il est chaud. Rapidement, Fisher réalise LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN (pour Columbia), suite directe de FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ !, puis LE CHIEN DES BASKERVILLE (pour United Artists) avec Cushing en Sherlock Holmes et Lee en Sir Henry Baskerville. L'année 1959 voit encore la Hammer sortir deux réalisations d'horreur gothique signées Fisher : LA MALÉDICTION DES PHARAONS (pour Warner), histoire de momies avec à nouveau Lee et Cushing ; puis THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH.

Il s'agit du remake du film américain LE SÉRUM DE LONGUE VIE, réalisé en 1944 par Ralph Murphy pour la firme Paramount. C'est cette même firme hollywoodienne qui commande ce nouveau THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH. Dans les deux cas, ce sont des adaptations d'une même pièce de théâtre rédigée par Barré Lyndon (scénariste de films fameux comme JACK L'ÉVENTREUR de John Brahm ou LA GUERRE DES MONDES de Byron Haskin).

Cette fois-ci, le rôle principal n'est tenu ni par Lee, ni par Cushing, mais par le comédien d'origine allemande Anton Diffring. Nous retrouverons entre autres dans LE CIRQUE DES HORREURS de Sidney Hayers dès l'année suivante et nous le connaissons surtout pour une multitude de rôles d'officiers allemands, par exemple dans LES HÉROS DE TÉLÉMARK d'Anthony Mann ou QUAND LES AIGLES ATTAQUENT avec Clint Eastwood. Cet acteur est pressenti peu de temps auparavant pour tenir le rôle du docteur Frankenstein dans une série télévisée produite par la Hammer : «TALES OF FRANKENSTEIN» ; mais ce projet est abandonné, seul un pilote non diffusé ayant été tourné.

Nous trouvons aux côtés de Diffring des visages connus des amateurs de films d'horreur : rien moins que Christopher Lee, ainsi que l'actrice Hazel Court, déjà présente elle aussi dans FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ !.

A Paris, dans les années 1880, le docteur Bonnet organise une soirée au cours de laquelle il reçoit d'éminents collègues. Il les accueille dans son atelier où il pratique de temps en temps la sculpture. A cette occasion, il revoit Janine, un de ses modèles dont il est épris. Etrangement, il repousse ses avances... C'est que Bonnet cache un lourd secret. Bien qu'il semble dans la force de l'âge, il a en fait plus de cent ans ! Il est parvenu à ce résultat grâce à des recherches menées conjointement, et dans la plus grande confidentialité, avec son ami le docteur Ludwig Weiss.

En se faisant changer régulièrement une de ses glandes dans une opération chirurgicale menée par Weiss, Bonnet empêche l'effet du vieillissement d'avoir prise sur lui pour une dizaine d'années. Mais Weiss refuse de servir de cobaye dans cette expérience. Il est maintenant un vieillard au seuil de la mort. Qui plus est, Weiss est désormais paralysé d'une main suite à un infarctus et ne peut faire l'intervention lui-même. Les deux hommes se mettent en quête d'un autre médecin avec lequel ils pourraient partager leur secret et leurs pratiques. L'opération prend de plus en plus de retard. Bonnet est prêt à tout pour ne pas vieillir, même au meurtre...

THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH repose sur une intrigue brassant de nombreux éléments classiques du cinéma fantastique. Nous retrouvons un savant obsédé par l'immortalité, confronté à des dilemmes philosophiques rappelant ceux d'un docteur Frankenstein. Bonnet comprend que la médiocrité de la nature humaine est telle que la révélation au public de sa découverte engendrerait le chaos à l'échelle planétaire. Par conséquent, il refuse de parler de son secret, ce qui engendre de multiples difficultés, que ce soit pour ses recherches ou dans sa vie privée irrémédiablement solitaire.

Sa situation rappelle aussi celle du savant expérimentant sur lui-même son invention : citons les deux classiques DOCTEUR JEKYLL ET MISTER HYDE de Rouben Mamoulian et L'HOMME INVISIBLE de James Whale. Le drame de Bonnet évoque encore le vampirisme. Afin de trouver des glandes fraîches pour lui garantir sa longévité, il se "sert" sur des victimes humaines qu'il tue de ses propres mains. On pense d'ailleurs à LES VAMPIRES réalisé peu avant par Mario Bava et Riccardo Freda en Italie, dans lequel un savant permet à une aristocrate décatie de garder une apparence juvénile en lui transfusant du sang prélevé sur des jeunes filles. Enfin, le sort final de Bonnet et sa hantise de la déchéance physique renvoient à LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY d'Albert Lewin, d'après la nouvelle d'Oscar Wilde.

S'ouvrant sur un excellent prologue horrifique, THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH semble riche en promesses. Une silhouette au visage invisible suit une proie humaine dans les rues brumeuses de Paris, puis l'assassine brutalement. Aucun doute n'est possible, nous sommes bien dans un film d'épouvante gothique des années 1950 avec ses éclairages colorées raffinées et son ambiance  brumeuse à couper au couteau. Hélas, le spectateur déchante rapidement. Le film s'avère vite bavard et théâtral, l'action reste en très grande partie confinée dans l'atmosphère guindée de l'appartement de Bonnet. Le récit ne progresse qu'en accumulant des bavardages statiques. THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH manquee de diversité et de surprises, son récit souffre de prévisibilité.

Pourtant, Fisher et ses collaborateurs font du bon travail et parviennent à sauver ce qui peut l'être. Alors même que le cadre de cette histoire semble étroit, le décorateur Bernard Robinson et surtout l'excellent chef-opérateur Jack Asher donnent aux images une patine luxueuse d'un très grand raffinement. De son côté, la réalisation multiplie les inventions pour animer cette suite de séquences pourtant théâtrales. Les comédiens, Lee et Diffring en tête, ne déméritent pas. Qui plus est, THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH propose un final tout en flammes et en "horror", digne des meilleurs films de la Hammer.

Somme toute, THE MAN WHO COULD CHEAT DEATH est donc loin d'être une des plus grandes réussites de son réalisateur, sans doute à cause d'un script manquant de surprises et d'impact. Néanmoins, au vu de ses indéniables qualités plastiques et de son interprétation solide, il reste une oeuvre honorable. En tout cas, les mois suivants sont riches en collaborations entre le réalisateur Terence Fisher et la Hammer, puisqu'ils proposeront la bagatelle de quatre longs métrages en 13 mois ! Outre le film d'aventures LE SERMENT DE ROBIN DES BOIS, nous aurons ainsi les œuvres d'épouvante LES ÉTRANGLEURS DE BOMBAY, LES MAÎTRESSES DE DRACULA et THE TWO FACES OF DR. JEKYLL.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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