Header Critique : RENDEZ VOUS AVEC LA PEUR (CURSE OF THE DEMON)

Critique du film
RENDEZ VOUS AVEC LA PEUR 1957

CURSE OF THE DEMON 
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Le docteur John Holden, éminent psychologue américain, se rend à Londres pour un congrès consacré aux phénomènes paranormaux. Il compte dénoncer les mystifications de Julian Karswell, lequel se prétend réceptacle de forces magiques...

Nous vous avons déjà parlé de Jacques Tourneur pour sa série de trois classiques réalisés pour le producteur Val Lewton entre 1942 et 1943 : LA FÉLINE, VAUDOU et L'HOMME-LÉOPARD. Malgré le grand succès de LA FÉLINE, l'épouvante décline à Hollywood dans les années 1940. Tourneur s'oriente alors vers d'autres genres avec talent : le Film Noir (LA GRIFFE DU PASSÉ avec Robert Mitchum), le cinéma de cape et d'épée (LA FLÈCHE ET LE FLAMBEAU avec Burt Lancaster), l'espionnage (BERLIN EXPRESS), le western (LE PASSAGE DU CANYON)...

En 1957, il réalise en Grande-Bretagne un nouveau film d'horreur : RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR, qui devient un classique du genre. Il s'agit de l'adaptation d'une histoire du britannique Montague Rhodes James (1832-1936), un des écrivains de littérature fantastique préférés de Howard Philip Lovecraft. Le rôle principal est interprété par l'acteur hollywoodien Dana Andrews, star du Film Noir américain dans des métrages comme LAURA ou CRIME PASSIONNEL d'Otto Preminger. Il est accompagné par Peggy Cummins (vedette du film culte LE DÉMON DES ARMES) et, dans le rôle du sorcier Karswell, Niall MacGinnis, que nous retrouvons en tant que Zeus lui-même dans JASON ET LES ARGONAUTES.

RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR sort en 1957 au cours d'une année-clé pour le cinéma d'épouvante britannique. Après une première moitié des années cinquante marquée par le triomphe de la science-fiction américaine, le cinéma d'horreur pure est moribond. Dans ce contexte, la petite compagnie anglaise Hammer bénéficie d'accords de coproduction avec diverses compagnies hollywoodiennes, lesquelles lui avancent de l'argent afin qu'elle leur fournisse des films peu onéreux, tournés en langue anglaise et donc exploitables aux USA. Leur film de SF horrifique LE MONSTRE connaît ainsi un grand succès et la Hammer achète alors les droits des grands mythes terrifiants de la Universal, tombés en désuétude, pour en faire des remakes. Terence Fisher lance le mouvement avec FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ !. Repéré par Jack Warner et distribué par la Warner Bros, ce titre de la Hammer connaît un énorme succès international en 1957 et lance une vague de films d'horreur britanniques qui se prolonge tout au long des années soixante et soixante-dix.

C'est donc en 1957, l'année de FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ !, que RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR sort. Lui aussi tourné en Grande-Bretagne, il bénéficie de la participation d'une filliale anglaise de la major Columbia.

RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR se distingue par un récit lorgnant vers l'ésotérisme et la magie noire contemporaine. Le docteur John Holden, invesigateur de l'étrange, affronte Karswell, un puissant sorcier, chef d'une secte d'adorateurs du démon, sorte d'émule d'Aleister Crowley. Pour tuer ses adversaires, Karswell invoque un gigantesque démon aux ailes membraneuses. Le secret de cette invocation repose dans un très ancien grimoire de sorcellerie, rédigé en runes et cryptiquement codé.

Pour combattre ce dangereux personnage, Holden mène son enquête dans des villages isolés, peuplés de paysans superstitieux. Il étudie des runes gravées sur les cercles de pierres levées de Stonehenge, interroge un dément dans un asile de fous, recherche des ouvrages maudits à la bibliothèque du London Museum. Grâce à son sens aigu de l'atmosphère et de la photographie en noir et blanc, Tourneur crée une ambiance british et fantastique incroyablement réussie, quelque part entre Lovecraft et les aventures de Blake et Mortimer.

Le docteur Holden rappelle d'autres héros des œuvres fantastiques de Tourneur. Cet américain rationaliste est confronté aux légendes païennes du nord de l'Europe et refuse obstinément d'y croire. Ce sceptique évoque le mari d'Irena dans LA FÉLINE ou les planteurs dans VAUDOU. Au fur et à mesure que se déroule le récit, les évènements troublants se multiplient, de plus en plus inexplicables. Finalement, les héros de ces films de Tourneur n'ont d'autre choix que d'accepter cette réalité surnaturelle et de l'affronter.

Holden l'homme de science combat le redoutable sorcier Julian Karswell, lanceur d'une étrange malédiction. Formidablement interprété par Niall MacGinnis, ce maître de l'occulte intelligent et ironique est hanté par une peur terrible : il sait parfaitement les risques qu'il prend en frayant avec les démons assoiffés de sang humain. Ce personnage recourant à la magie noire s'inscrit dans la tradition des films de secte comme LA SEPTIÈME VICTIME de Mark Robson (produit pour la RKO par Val Lewton) et annonce d'autres œuvres anglaises ésotériques comme LES VIERGES DE SATAN de Terence Fisher, NIGHT OF THE EAGLE de Sidney Hayers, LA CITE DES MORTS avec Christopher Lee, LES SORCIERES de la Hammer ou THE WICKER MAN de Robin Hardy.

Cet affrontement entre le scientifique et le magicien brille par la très grande qualité de son passionnant récit. Très bien rythmé, sans temps mort, il organise avec une rigueur implacable une irrésistible montée de la tension, qui culmine dans les époustouflantes dernières séquences (l'asile et le train).

La réalisation de Tourneur est formidable de finesse et de rigueur : discrète et élégante lorsqu'elle accompagne la progression de l'enquête, elle se montre prodigieuse et virtuose lors des manifestations surnaturelles. Les premières scènes fantastiques (dans le couloir de l'hôtel) sont typiques d'un film comme LA FÉLINE : grâce à l'utilisation extrêmement soignée de la bande-son (musique, bruit insolite, silences) et à un découpage très travaillé, Jacques Tourneur évoque une atmosphère très angoissante sans montrer aucune image de monstre ou de violence. Plus le film avance, plus les apparitions démoniaques s'explicitent. Nous n'oublierons pas de sitôt l'incroyable séquence durant laquelle un gigantesque monstre invisible traque Holden dans une forêt nocturne.

Le monstre apparaît bien dans le film (dans le saisissant prologue et à la toute fin), mais il s'agit d'un choix de la production allant contre la volonté de Tourneur, celui-ci ne souhaitant pas recourir à des effets spéciaux. Les apparitions du démon monumental sont plutôt réussies, à part quelques gros plans sur le visage.

Bénéficiant d'un excellent récit et d'une réalisation impeccable, RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR est devenu un très grand classique du cinéma d'épouvante. Il s'agit pour nous du meilleur film fantastique de Jacques Tourneur. Quant à l'un de ses principaux arguments (une malédiction qui se transmet d'individu à individu, faisant de la nouvelle victime la proie d'un monstre tueur), elle annonce avec des décennies d'avance un autre classique au ton proche du cinéma de Tourneur : RING de Hideo Nakata.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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