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Critique du film
NOTRE-DAME DE PARIS 1956

 
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Frollo, l'archidiacre de Notre-Dame de Paris, s'éprend de la bohémienne Esmeralda et ordonne à Quasimodo, sonneur de cloches sourd et bossu, de la kidnapper...

Jean Delannoy commence à travailler pour le cinéma comme monteur, pour les studios de la compagnie Paramount installés en France. Puis, il fait ses armes en tant que réalisateur d'abord sur des films courts, puis sur PARIS-DEAUVILLE en 1934, son premier long métrage.

A la veille de la guerre, il réalise sa première grande production MACAO, L'ENFER DU JEU, avec en vedette Erich Von Stroheim. Mais la sortie en est repoussée jusqu'à l'année 1942, et les séquences dans lesquelles apparaît Erich Von Stroheim (peu aimé par les Nazis car ayant donné une image ambiguë de l'officier prussien) sont remplacées par de nouvelles scènes avec Pierre Brasseur. Jean Delannoy parvient à trouver du travail en Zone Libre où il réalise L'ÉTERNEL RETOUR. Adaptation poétique du mythe de Tristan et Iseult sur un scénario de Jean Cocteau, avec Jean Marais et Madeleine Sologne, ce classique du fantastique français est un triomphe public.

Après guerre, Delannoy connaît un succès international en adaptant LA SYMPHONIE PASTORALE d'André Gide avec Michèle Morgan en 1946. A cette période, il tourne d'autres projets ambitieux, tel le film fantastique LES JEUX SONT FAITS sur un scénario original de Jean-Paul Sartre : un homme et une femme assassinés se rencontrent dans l'au-delà et s'éprennent l'un de l'autre... Puis, Delannoy tourne des films avec Jean Gabin dont le notable MAIGRET TEND UN PIÈGE de 1958, dans lequel le déctective de Simenon affronte un tueur de femmes sévissant aux alentours de la Place des Vosges. Il réalise aussi de fastueuses fresques historiques tel MARIE-ANTOINETTE en 1956 avec Michèle Morgan et, la même année, NOTRE-DAME DE PARIS.

Comme souvent pour les adaptation cinématographiques de "Notre-Dame de Paris", les moyens mis en oeuvre se doivent d'impressionner. A Boulogne et à Billancourt, d'immenses décors médiévaux sont bâtis, qui engloutissent plus de la moitié du budget. Mille figurants se pressent à l'écran dans les scènes de foule. Surtout, il s'agit de la première version en couleurs et en cinémascope de ce mythique roman.

Ainsi, le générique se déroule devant une des rosaces multicolores de la cathédrale et le décor restitue la polychromie originelle de la statuaire gothique, notamment sur les portails de Notre-Dame. Le générique propose une distribution de vedettes internationales, avec Anthony Quinn (oscarisé pour VIVA ZAPATA d'Elia Kazan) en Quasimodo, Gina Lollobrigida (vue dans le très populaire FANFAN LA TULIPE quatre ans avant) en Esmeralda, et Alain Cuny dans le rôle du sinistre Frollo.

Nous retrouvons aussi de nombreux acteurs français aux physiques immanquables dans des seconds rôles savoureux : Pierre Piéral, Jacques Dufilho ou Daniel Emilfork apportent ainsi leurs touches d'insolite. Petit clin d'oeil anticlérical : le cardinal de Paris est interprété par Boris Vian ! C'est le poète Jacques Prévert, déjà fameux collaborateur des chefs-d'oeuvres de Marcel Carné, qui se charge des dialogues.

Ce NOTRE-DAME DE PARIS se démarque de ses prédécesseurs hollywoodiens par une réelle fidélité au roman de Victor Hugo. Contrairement à NOTRE-DAME DE PARIS avec Lon Chaney et QUASIMODO de William Dieterle, le personnage de Frollo est bien un clerc, un dévot sinistre emporté dans des raisonnements pervers sur le péché et le désir. Delannoy bataille ferme avec les producteurs pour le respect de ce trait essentiel du livre. En effet, ces derniers craignent l'hostilité des associations catholiques et veulent gommer l'aspect religieux du personnage. De même, le final tragique du roman est respecté, aucun happy end n'est inventé.

NOTRE-DAME DE PARIS frappe évidemment par son casting au service duquel la réalisation discrète de Delannoy sait se mettre toute entière. Anthony Quinn, relativement peu grimé pour ce rôle à maquillage, est un excellent Quasimodo. Moins spectaculaire que Lon Chaney, moins pathétique que Charles Laughton, il compose un Quasimodo d'une très grande justesse, sans sensibilité excessive.

C'est à l'évidence de Gina Lollobrigida, Esmeralda en Eastmancolor et à l'accent napolitain, que Delannoy et surtout Prévert sont tombés amoureux. Méditerranéenne folle "de bruit, de danse et de grand air", son personnage au pied léger et au chant facile propose un spectacle au charme très doux, à la fois sensuel et innocent. Antithèse de cette fille de la rue éprise de musique et de liberté, l'archidiacre Frollo, savant et hypocrite, obsédé par ses désirs de puissance, souffre d'un sens moral déréglé par la religion. Si l'idée de faire interpréter Frollo par Alain Cuny paraît excellente, l'acteur cabotine énormément.

Le récit manque un peu de rythme, et la réalisation parait par moment bien molle. Certaines séquences (l'assaut de la cathédrale par Clopin) ont un fort goût de déjà-vu (notamment si on les compare à QUASIMODO de Dieterle). Le résultat paraît ainsi fort inégal et inférieur à ses deux grands prédécesseurs hollywoodiens. Pourtant, ce NOTRE-DAME DE PARIS reste tout de même un beau spectacle populaire, mettant en valeur les interprétations attachantes de Gina Lollobrigida et Anthony Quinn. Ce film sort pour les fêtes de noël 1956 et connaît un énorme succès.

Dans les années soixante, Delannoy sert de repoussoir aux critiques de «Les cahiers du cinéma». Malgré des oeuvres au sujet audacieux (LES AMITIÉS PARTICULIÈRES sur l'homosexualité) et des succès populaires (LE SOLEIL DES VOYOUS avec Gabin), sa carrière cinématographique est presque terminée à l'aube des années soixante-dix. Il préside alors le conseil d'administration de l'IDHEC/FEMIS, et tourne des fresques historiques pour la télévision française. A la fin des années quatre-vingt, il réalise deux évocations religieuses (style démodé s'il en est !) : BERNADETTE, puis MARIE DE NAZARETH en 1995 avec le chanteur Francis Lalanne dans le rôle de Joseph !

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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