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Critique du film et du Blu-ray Zone B
HARLEQUIN 1980

 
Australie
Thriller | Drame

A la mort accidentelle d'un important politicien, le sénateur Rast (David Hemmings) devient un atout important de son parti afin de prendre les rênes du pouvoir, semblant toutefois n'être qu'un pantin dont même la famille apparaît lui avoir été choisie. De manière inattendue, un inconnu nommé Wolfe (Robert Powell) fait irruption dans sa vie, sauve apparemment son enfant d'une maladie incurable, séduit sa femme (Carmen Duncan) et bouleverse son existence. Magicien ? Imposteur ? Être surnaturel ?

En 1971, Nicolas Roeg révèle au monde l'outback australien dans LA RANDONNEE. L'Australie n'est plus cette terre lointaine, vague pays rattaché au Commonwealth, mais devient un lieu d'où l'on vient puiser une certaine ambiguité et/ou une magie venue d'ailleurs - une idée confortée par l'analyse du journaliste Kim Newman. Une vague de films de genre australiens allait petit à petit envahir les écrans mondiaux, depuis la présentation timide des VOITURES QUI ONT MANGE PARIS en 1974. Le scénariste Everett De Roche n'est pas tout à fait étranger à cette irruption du fantastique (ou quasi) dans la vie quotidienne, étant aux manettes de scenarii comme LONG WEEK ENDPATRICKSNAPSHOT, RAZORBACKLE SECRET DU LAC... HARLEQUIN ne déroge pas à la règle. Cette relecture australienne du mythe de Raspoutine touche à tous les aspects : enjeux politiques, amoureux, désir de pouvoir, tromperie, jeu sur la réalité, frontière avec le fantasme et le fantastique. Sorti en 1980, le film sera le plus gros succès de son producteur Antony I. Ginnane, véritable dénicheur de talents de genre australiens, puisqu'à l'origine de nombre de représentants haut de gamme de cette vague de films de genre nommée "Ozploitation".

260 281 spectateurs français se sont rendus au cinéma à sa sortie, attestant de l'attrait d'une approche différente du fantastique et du film de genre. Après un passage en VHS au début des années 80, il fallut voir défiler sous nos yeux différents DVD, dont chez Synapse en 2008, pour la première fois en format Scope respecté, avec des bonus, ou Blu Ray, à l'étranger (dont un chez Scorpion en 2013, puis chez 88 Films en 2018)… jusqu'à ce que l'éditeur français Rimini nous propose un combo Blu ray/DVD depuis le 5 février 2020 - dont on va vous parler dès à présent.

Croisement entre LES FOUS DU ROI de Robert Rossen, la légende et/ou l'histoire de Raspoutine, la parapsychologie... le film lie nombre d'inspirations et de logiques qui défient quelque peu l'analyse. Amusant également de constater quelques parallèles (entrelaçant pouvoir politique et paranormal) à établir avec Stephen King et son DEAD ZONE, sorti en 1979 - qui sera adapté au cinéma en 1983 par David Cronenberg -, donc en même temps que le tournage d'HARLEQUIN .

Le long-métrage de Simon Wincer possède une étrangeté peu commune. Un guérisseur-magicien lançant un sort à une famille et devenant le pivot d’une intrigue politique multi-facettes. Un point de départ forcément original, qui trouve des résonances certes du début du XXe siècle, mais qui n’est pas aussi sans rappeler les précédents du scénariste, avec un poil d’influence de la situation australienne à la fin des années 70. Un alignement plutôt habile entre les étranges pouvoirs de Wolfe et les forces nébuleuses qui entourent également le sénateur quant à sa trajectoire. Un parallèle curieux pour une vie manipulée, à la fois privée et publique. Comme si Wolfe devenait en fait l’image fantasmée de la corruption politique, ou une influence sectaire ?

Bien que tourné à Perth en Australie, on sent planer comme une atmosphère américaine. Le fait de ne jamais pointer proprement l’endroit où se déroule l’action ouvre la porte à nombre d’interprétations. Un choix délibéré de la part du producteur Antony Ginnane, qui décida de partir d’un premier script écrit par Everett De Roche (à l’origine appelé THE POLITICIAN’S MAGICIAN), d’en changer le titre et de l’adapter pour de meilleures ventes à l’international. Donc de ce fait de masquer les origines australiennes - un élément que les italiens avaient déjà bien compris lors de la vague de films populaires du début des années 60. Il demeure intéressant également de pointer que Ginnane réunira à nouveau David Hemmings et Robert Powell pour LE SURVIVANT D'UN MONDE PARALLELE qui reprendra nombre de thématiques fantastiques et fantasmagoriques déjà présentes ici.

Techniquement, le choix d’un format Panavision se révèle ingénieux, Wincer possédant un sens évident de l’espace, de la profondeur de champ et des éléments subtilement placés dans le cadre afin de créer des points de fuite. La photographie du trop rare Gary Hansen - hélas disparu en 1982 - à la lumière naturelle douce en extérieur, annonce son superbe travail effectué sur NEXT OF KIN (voir notre critique de l'édition) quelque temps après. tout comme les intérieurs richement éclairés et colorés, avec d’experts clairs-obscurs.

HARLEQUIN traque et entremêle mysticisme, manipulations politiques aux échos contemporains encore d'actualité, théologie... peut-être de manière parfois maladroite. Mais doté d'une sincérité qui force le respect, malgré des effets visuels parfois datés - même si osés (le pigeon coupé en deux par une cymbale !). Un vrai témoin de son temps, techniquement, visuellement et narrativement, mais prophétique par de nombreux aspects - et décidément hors-norme. Donc à (re)découvrir impérativement.

L'édition arrive avec un fourreau duquel s'extrait un pack en triptyque, avec deux disques (Blu ray et DVD) au contenu identique et le livret wikipedia habituel. Nous nous intéresserons au Blu Ray 50GB, en 1080p, encodage MPEG4-AVC. Une première déception avec le menu animé : Rimini a décidé de supprimer l'accès par chapitres depuis le menu principal. Dommage pour les amateurs cinéphiles. Un accès au film direct s'offre, avec le choix des langues et les suppléments. Le film est au format original 2.35:1 (tourné en Panavision), d'une durée complète de 95mn03 (et pour le DVD-9, durée complète : 91mn10).

Concernant l'aspect visuel, il semble que le master utilisé ait été effectué depuis une copie 35mm, puisqu'on distingue clairement les "brûlures de cigarettes" marquant les changements de bobines à certains moments du film. On remarque par instants certaines aspérités et autres poussières durant la projection. On peut être dérouté par le rendu d'une douceur inhabituelle pendant le générique de début : des scènes en extérieur du chasseur sous-marin, presque trop lumineuse. On retrouve assez souvent cette impression dans ce cinéma de la fin 70/début 80, notamment dans le précédent film du réalisateur, SNAPSHOT (voir d'ailleurs la critique du DVD sur le site). L'image demeure cependant précise (voir les inscriptions en français dans la scène où Carmen Duncan retrouve son enfant inanimé, ou encore la plaque minéralogique de la voiture à  la fin du film, en pleine nuit). Certains plans donnent un léger flou apparent (l'apparition de Wolfe sur le balcon), mais des couleurs bien mises en évidence, des noirs profonds - toute la fin du film, principalement - et une gestion agréable des contrastes, donnent à  voir une copie pleine de ressources. Les gros plans sont indéniablement efficaces, alliés à une gestion naturelle des teintes de peau de chacun - et en gardant le grain filmique initial.

Deux pistes audio (anglaise et française) en DTS HD MA 2.0 mono, avec la possibilité optionnelle de sous-titres français. Dans les deux cas, la superbe partition de Brian May, poursuivant son approche stylistique entamée dans SNAPSHOT, prend toute sa mesure - rythmant ingénieusement les séquences de suspense, de magie ou intimes du long-métrage. Ceci sans prendre le pas sur les bruitages ou les dialogues, parfaitement linéaires, sans grand souffle. Quelques pertes de dialogues ici et là, mais rien de bien dérangeant. Les deux expériences audio se valent.

Pour les suppléments, un panorama plutôt intéressant pour la compréhension du film et des acteurs. Dont un segment de la TV australienne d'époque, en vostf, avec la journaliste qui interviewe Robert Powell et David Hemmings. Pertinent à plus d'un titre, car on se retrouve à des kilomètres des interviews préfabriquées et au contenu marketing ciselé actuelles. Deux acteurs qui échangent librement sur leur métier de comédien, les risques, les ambiguités. David Hemmings s'avère particulièrement prolixe sur l'aspect technique du cinéma, du montage et de la mise en scène - leur importance dans ce qui fait qu'un acteur est crédible ou non. Court mais passionnant.

Un "gros" morceau arrive ensuite avec les entretiens réalisés par Mark Hartley pour son documentaire NOT QUITE HOLLYWOOD: THE WILD, UNTOLD STORY OF OZPLOITATION!. Beaucoup d'interviews ayant été remontées pour le documentaire en question, nous avons droit ici à presque 50 minutes en intégralité des interventions de Simon Wincer, du producteur Antony I. Ginnane, de l'acteur Gus Mercurio et du scénariste Everett De Roche. Là aussi très éclairant sur le système mis en place par l'Australie, indiquant au passage que le film fut le plus gros succès de la fameuse "Ozploitation". Simon Wincer ayant eu trop peu la parole auprès du public au long de sa carrière, il compte beaucoup ici : un technicien avéré, aux choix clairs et déterminés et au sens visuel évident. Des éléments qui se retrouveront clairement tout au long de son oeuvre, que ce soient des oeuvres comme SNAPSHOTD.A.R.Y.L. ou encore LE FANTOME DU BENGALE, qui reste à réhabiiter !  Simon Wincer appuie également sur les critiques que le film reçut, notamment sur le fait de ne jamais avoir nommé le pays dans lequel se déroule l'histoire - ce qui pour un film australien demeure visiblement un souci. Ginnane reste très volubile et conscient de son travail et de sa portée. Un peu à l'inverse d'Everett De Roche, très détaché. Ginnane livre de ce fait pas mal d'anecdotes sur Broderick Crawford, immense acteur américain oscarisé pour, justement, LES FOUS DU ROI de Robert Rossen (1950) - une boucle bouclée, somme toute. Outre son professionalisme, ce sont surtout ses frasques qui émaillèrent le tournage de quelques soucis, du fait de son alcoolisme notoire... tout comme, hélas, David Hemmings. Ce segment est découpé en 10 chapitres et aussi en vostf.

Puis un segment analytique hautement intéressant, celui du journaliste Kim Newman (en vostf) nommé "DESTRUCTION FROM DOWN UNDER", sur la mise en perspective des films de genre australiens des années 80. Y compris donc HARLEQUIN , à la fois dans ses élans de représentations sociologiques, son visuel et ses personnages atypiques. Une très belle idée d'avoir repris ce supplément enrichissant - bien plus qu'un alignement d'éléments encyclopédiques -, qu'on voit hélas trop peu souvent sur les éditions françaises - et qui apporte un vrai plus au cinéphile amateur de support physique. 

Enfin, le film annonce original (sans sous-titres français) complète cette édition Rimini d'HARLEQUIN, qui permet au film de sortir de son ornière et d'offrir un spectacle résolument autre, dans les meilleures conditions actuelles possibles. On recommande.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
52 ans
1233 news
392 critiques Film & Vidéo
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Une revisitation surnaturelle adroite du mythe de Raspoutine
Un sens evident de l'etrange
Un tres joli travail de packaging
Des supplements engageants
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L'édition vidéo
HARLEQUIN  Blu-ray Zone B (France)
Editeur
Rimini
Support
Blu-Ray (Double couche)
Origine
France (Zone B)
Date de Sortie
Durée
1h35
Image
2.35 (16/9)
Audio
Anglais DTS Master Audio Stéréo
Français DTS Master Audio Mono
Sous-titrage
  • Français
  • Supplements
    • Film annonce (2mn49 - VO - 2.35:1 - HD)
    • Entretiens avec Simon Wincer, Antony Ginnane, Everett deRoche, Gus Mercurio (49mn59 - VOstf - 1.78:1 - LPCM Stereo)
    • Entretien avec le journaliste Kim Newman (15mn33 - Vostf - 1.78:1 - LPCM Stereo)
    • Entretien avec David Hemmings et Robert Powell (5mn41 - Vostf - 1.33:1 - Dolby Digital 2.0)
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