Header Critique : MONSTRE DU TRAIN, LE (TERROR TRAIN)

Critique du film et du Blu-ray Zone B
LE MONSTRE DU TRAIN 1980

TERROR TRAIN 
Etats-Unis | Canada
Horreur | Slasher

Lors d’une célébration de fin d’année, un groupe d’étudiants organise une fête costumée à bord d’un train. Partant en pleine nuit au creux de l’hiver, il se révèle assez vite qu’un tueur s’y est glissé et commence à étriper des personnes bien ciblées. Une mauvaise blague effectuée sur un étudiant 3 ans auparavant serait-elle à l'origine du massacre ?

Produit dans la foulée de la vague naissante des slashers à la fin des années 70, le tournage du MONSTRE DU TRAIN démarre pendant la longue exploitation d’HALLOWEEN, LA NUIT DES MASQUES. Produit au Canada avec les désormais célèbres abattements fiscaux permettant des tournages à moindre coût (ici à Montréal) pour des films américains. Utilisant certes des têtes d’affiche américaines, mais avec des équipes de tournage et seconds rôles canadiens. Paramount ayant eu le nez fin avec VENDREDI 13, les autres majors veulent leur part du gâteau et la 20th Century Fox décide de mettre le grappin sur une production horrifique à bas coût: TERROR TRAIN.

Pariant sur un scénario dans lequel le jeune public puisse facilement d’identifier, la Fox, major proéminente membre de la puissante MPAA, décide alors de sortir le film sur un nombre impressionnant de presque 1 000 copies. Malgré une campagne marketing adroitement focalisée sur un nouveau tueur en série masqué (et dédouanée de toute autre présence de film de ce type), le film ne récoltera qu’un maigre résultat de 3,5 millions de $ de recettes, devenant ainsi le 89e plus gros succès de l’année 1980, à l'énorme déception de la Fox. Prouvant déjà la fragilité du slasher auprès du public américain, allant vers une saturation du genre l’année suivante - et qui le tuera dans l’œuf en 1982. Sandy Howard, le producteur du film, avait déjà ce pressentiment juste avant la sortie du film. Et de faire un retour sur investissement à minima, pressant la Fox de le sortir pour éviter une déconvenue. Souhaitant éviter la collision avec LA MALEDICTION DE LA VALLEE DES ROIS et CHRISTMAS EVIL / TERROR IN TOYLAND sortant pour Halloween 1980, NUITS DE CAUCHEMAR le 24 octobre, la décision fut prise de sortir le film aux USA le 3 octobre 1980, seul créneau de disponible pour un film d'horreur. Manque de chance, le film eut en face la concurrence d'ELEPHANT MAN et une semaine après WARNING : TERREUR EXTRA-TERRESTRE qui, malgré une sortie limitée, captait déjà le public adolescent.

Le film rencontre également un tout petit succès cinéma en France avec 105 592 entrées après son lancement le 17 juin 1981. Mais, comme beaucoup de ses congénères, gagne ses galons de film culte au gré des années. Plusieurs éditions VHS et DVD (dont une française), Blu Ray US chez Shout! en 2012, puis un nouveau chez Ronin Flix en 2019… mais c’est début 2020 qu’il faut attendre que Rimini sorte le film dans une édition Blu ray/DVD dans l’hexagone.

De l’aveu même du producteur/co-scénariste Daniel Grodnik, le but était clairement de profiter du succès immense d’HALLOWEEN, LA NUIT DES MASQUES. Et LE MONSTRE DU TRAIN fit partie du trio de tête (avec VENDREDI 13 et LE BAL DE L'HORREUR) à prendre en route (ahah) le train du succès du film d’horreur pour teenagers qui se voient inconsciemment dans la même situation que les héros poursuivis à l’écran par un tueur masqué. Ce ne fut d’ailleurs pas un hasard si ces trois films furent comparés les uns aux autres lors de leurs sorties - et que chacun de leurs producteurs ne se cachèrent pas de leur statut de démarquage du film séminal de John Carpenter. Et à leur tour, ils provoquèrent tous des influences consécutives dans les dernières vagues de slashers qui éclaboussèrent les écrans jusqu’en 1983. On retrouve ainsi des traces évidentes du MONSTRE DU TRAIN dans le HELL NIGHT avec Linda Blair. Sans mentionner qu'on retrouve beaucoup du personnage de Alana/Jamie Lee Curtis dans celui de Sydney Prescott/Neve Campbell dans SCREAM... et encore plus récemment dans l'intrigue du tout récent D-RAILED ! Et cela renforce aussi, comme je le précisais dans la chronique consacrée au BAL DE L'HORREUR, que le Slasher reste à la base, un genre avant tout un clonage canadien.

Avant d’être un film à part entière, cela reste un produit commercial surfant sur une vague naissante que personne n’avait vu venir, y compris les auteurs d’HALLOWEEN, LA NUIT DES MASQUES. Le seul film, par ailleurs, à avoir obtenu un succès sur la longévité - à contrario de tous ses suiveurs. Même si, à y regarder de plus près, on retrouve ici une certaine influence notoire des YEUX DE LAURA MARS sur la construction du « whodunit » et la révélation finale du tueur.

Le scénario s’articule de manière très classique autour de trois points inébranlables du slasher : la mise en place des événements (un moment tragique du passé), le bouleversement social et meurtrier, et le clou final avec révélation et résolution. VENDREDI 13 tout craché, somme toute. Ou THE HOUSE ON SORORITY ROW (qui verra peut-être sa sortie en France pour 2020 en HD). Et plein d’autres ! D’abord appelé TRAIN TO TERROR lors de son annonce de pré-production par Astra-Bellevue-Pathé dans Variety, le titre changea rapidement en TERROR TRAIN. Il devait sortir initialement avant LE BAL DE L'HORREUR, mais la Fox, ayant gagné la guerre des enchères autour du film et voulant « son » slasher, décida d’en différer la sortie. Perdant certainement au passage un des profits majeurs de la « nouveauté » du film d’horreur marqueté et destiné à un jeune public féminin. Ce que les scénaristes eurent parfaitement compris dans la structure narrative et les intérêts et conflits portés assez brillamment par l’héroïne incarnée par une toute jeune Jamie Lee Curtis, enchaînant à l’époque succès sur succès. Tout en prenant soin d’exciser toute référence sexuelle et trop gore, une marque de fabrique canadienne portée par David Cronenberg et les différents scandales qu’il déclencha avec ses films comme CHROMOSOME 3 ou encore FRISSONS.

Amusant de trouver Roger Spottiswoode derrière la caméra de ce film d’horreur finalement assez léger en scènes horrifiques. Le futur auteur de DEMAIN NE MEURT JAMAIS ou encore A L'AUBE DU SIXIEME JOUR se révèle particulièrement à son aise pour créer une atmosphère claustrophobique à bord de ce train théâtre de meurtres et de tours de magie. Utilisant les contraintes de tournage - un train loué pour la circonstance, des conditions hivernales éprouvantes et l’impossibilité de modifier la structure des wagons - pour rendre inquiétante l’exiguïté des lieux. Idéal pour construire des scènes d’attaques dans des endroits réduits et concentrer caméra, lumière et photographie sur des points du cadre afin d’en allonger le point de vue. L’expliquant parfaitement dans l’un des bonus, il profite du métier du directeur photo John Alcott (THE SHINING, quand même) pour parfaire les points de fuite et d’accroche de l’œil via des jeux de lumières adroits. Stroboscopie, jour/contre-jour, couleurs agressives… tout est fait afin de parfaire cette notion de jeu macabre à la fois avec les acteurs du film… mais aussi avec le spectateur.

Une mise en scène intelligente de la théâtralité, du monde des illusions, des masques, parfaite avec l’ajout de David Copperfield dans le rôle d’un magicien engagé pour animer le trajet macabre. Une scène de théâtre de magie dans un train servant lui de scène de théâtre de meurtres. Un contrepoint très intéressant ! En fait, Roger Spottiswoode et les scénaristes s'amusent avec ce mythe du train fantôme et du voile des illusions. Des plaisanteries macabres qui deviennent réelles, et inversement. Une notion de jeu, par ailleurs, qui sera simplifiée à l'extrême dans nombre de slashers qui suivront les traces. Autre détail intéressant et inhabituel : les victimes sont quasiment toutes masculines, et surtout, le tueur incarne pas moins de 11 personnes différentes à travers le film. Quelques petits détails de mise en scène, subtils, parsèment également le métrage - comme la mort de Mo (Timothy Webber), les effets de filtre utilisés via la fumée permanente lors des numéros de magie, la mulière sur les yeux du tueur (un effet made in John Alcott)... on se retrouve, toutes proportions gardées, un peu dans le même cas qu'avec LE BAL DE L'HORREUR. D'apparence, un slasher conventionnel suivant une recette éprouvée, mais possédant un rythme, une identité et une facture technique bien meilleure et bien plus travaillée qu'on ne puisse imaginer. LE MONSTRE DU TRAIN demeure avec le temps un des meilleurs représentants de la vague de slashers qui s'est abattu dans les cinémas !

Rimini lance ainsi l'édition sous le titre TERROR TRAIN - LE MONSTRE DU TRAIN. Enveloppée dans un fourreau, l‘édition se révèle en triptyque. Sur la partie gauche, le livret, puis deux disques : un DVD 9 et un Blu ray 50GB, 1080P - encodage AVC, avec le même contenu sur chaque disque. Au format 1.85:1, d'une durée complète de 96mn51 sur le Blu Ray (92mn54 sur le DVD), avec un menu animé offrant le lancement du film, l'accès via 9 chapitres, le choix des langues ainsi que la partie suppléments. Il est également possible de lancer le film depuis la partie langues et de changer invariablement de type de version pendant le visionnage du film - tout comme la présence de sous-titres français optionnels. La jaquette indique un Blu Ray codé B, mais mon lecteur Oppo BD 103 l'a constaté comme étant toute zones.

Pour le rendu visuel, il semblerait que le matériel HD utilisé pour la version sortie en juillet 2019 chez Scorpion ait été repris. Les premières images du générique de la 20th Fox font très peur : grain énorme, image instable, définition pénible... cela s'améliore grandement par la suite, après le générique de début. Si l'on sent que le budget a été très bas, le matériau de base ne permet pas toujours de miracle. Certains plans sont carrément flous (la première prestation de David Copperfield, par exemple). On sent aussi qu'une restauration complète n'a pas eu lieu, puisque l'on remarque régulièrement des poussières blanches et autres griffures, surtout pendant les scènes nocturnes (ou au pire, dans les dernières secondes du film où elle apparaissent de manière évidente). Maintenant, rien qui n'empêche une vision correcte du film non plus ! Le rendu des couleurs reste particulièrement réussi, avec des rouges vifs tranchants dans les costumes. Des niveaux de blancs brillants, tout comme le travail sur les sources de lumières qui restent une des plus belles surprises du film - une atmosphère de cauchemar permanent bien restitué quant à la photographie du film. Les numéros de prestidigitation sortent du lot, indéniablement, tout comme la scène au stroboscope. Idem pour les contrastes, tout comme le grain filmique. Force est de reconnaître que certains plans américains et gros plans offrent une belle palette de détails, couleurs, et définition (Ben Johnson, à 11mn40, superbe).

Pour les pistes sonores, il n'y a que le choix d'une piste DTS HD MA 2.0 anglaise (et non le remixage 5.1 présent sur la version Scorpion), ainsi que le doublage français sur les mêmes bases techniques. La piste anglaise encodée sur deux canaux (mono) assure un minimum, avec des dialogues clairs mais il ne faut pas s'attarder sur les aigus qui ont tendance à être trop perçants, comme les cris finaux de l'héroïne (80mn58, bon courage pour les tympans). La partiion assez réussie de John Mills-Cockell ne transparaît pas toujours dans les meilleurs moments. Mais au global, on reste sur une bonne impression. La VF apparait plus étouffée, l'ensemble provenant de la voie centrale, avec un petit souffle présent le long de la projection. Elle omet au passage quelques bruitages originaux ça et là. A 11mn48, la bande musicale a été oblitérée de la VF, entre autres. Des sous-titres français peuvent être activés pour les non anglophones.

Concernant la partie bonus, Rimini a repris deux segments du disque de chez Scorpion/Ronin Flix. Un premier entretien avec le réalisateur Roger Spottiswoode : plein d'entrain, mais pas en roue libre, il semble être plus un wagon de suivi que la locomotive du projet. Mais beaucoup de détails sur l'élaboration du film, le remarquable travail de John Alcott, les conditions de tournage difficiles, les travaux de réécriture : il sait transmettre le plaisir pris pendant le tournage. Un énorme regret cependant : que Rimini n'ait pas pensé à mettre en évidence avant l'interview qu'elle contient un certain nombre de spoilers dont l'identité du tueur !

Un autre segment, plus court, avec la co-scénariste (non créditée) Judith Rascoe, qui a aidé sur les nombreuses réécritures. Peu de choses, hormis une amusante anecdote sur David Copperfield, qui prit quelque peu peur lorsqu'il apprit qu'elle sortait avec un autre magicien très connu à l'époque. 

Enfin, un portrait de Jamie Lee Curtis d'environ 26mn, datant de 2014 mais seulement diffusé à la télévision US en janvier 2017, retraçant sa carrière publique et privée. Non sans quelques erreurs au passage dans la voix off française, indiquant qu'elle se trouve dans HALLOWEEN III : LE SANG DU SORCIER ou encore que John Cleese fut le réalisateur d'UN POISSON NOMME WANDA. 

Le tout complété par un livret joliment élaboré et informatif tendant un peu trop à Wikipedia, écrit par Marc Toullec, retraçant l'histoire du film et du tournage à travers, entre autres, diverses citations d'interviews. Mais, comme pour celui écrit pour LE BAL DE L'HORREUR, quelques erreurs, par exemple le tournage est indiqué en novembre 1980 en page 15, ce qui est faux : il fut tourné en 1979 juste après celui de, justement, LE BAL DE L'HORREUR, et devait initialement sortir en juin 1980 aux USA. Tout comme le fait que le film a été prévendu à la Fox qui avait acheté le projet et non pas après voir vu le film, aussi sur les résultats financiers du film. On ne voit pas d'où sortent les 8 milllions de $ de recettes du film aux USA (recettes peut être mondiales  ou ajustées au dollar actuel?), Variety n'en rapportant à l'époque au finish que 3,5.

Malheureusement, ce sera tout. Pas de film annonce, pas de galerie photos et surtout, les autres bonus disponibles n'ont pas été repris pour cette édition. Ceci posé, un joli effort effectué sur l'habillage de l'ensemble, sa première en HD sur notre territoire et les suppléments en font un élément indispensable pour tout amateur de slasher francophone. TERROR TRAIN - LE MONSTRE DU TRAIN ne fait pas franchement peur à proprement parler, mais il reste diablement fun à visionner 40 ans après son tournage ! Bref, on recommande l'achat.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
52 ans
1233 news
392 critiques Film & Vidéo
On aime
Un slasher avec une photographie superbe
Jamie Lee Curtis, of course
une édition sympa avec des options francophones
On n'aime pas
Dommage de ne pas retrouver les nombreux bonus/entretiens présents dans le premier Blu ray US de 2012 et repris dans celui de 2019
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L'édition vidéo
TERROR TRAIN Blu-ray Zone B (France)
Editeur
Rimini
Support
Blu-Ray (Double couche)
Origine
France (Zone B)
Date de Sortie
Durée
1h38
Image
1.85 (16/9)
Audio
Sous-titrage
  • Français
  • Supplements
    • Entretien avec Roger Spottiswoode - vostf DTS HD MA 2.0 - 16mn48 - 1.78:1
    • Entretien avec Judith Rascoe - vostf DTS HD MA 2.0 - 5mn38 - 1.78:1
    • Portrait de Jamie Lee Curtis - VF et vostf - LPCM 2.0 - 26mn37 - 1.78:1
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