Header Critique : FINAL STAB

Critique du film et du Blu-ray Zone 0
FINAL STAB 2001

 
Etats-Unis
Horreur | Slasher | Serial Killers

Über-bitch Kristin (Erinn Carter) souhaite organiser une fête surprise pour sa soeur rivale Angela (Melissa Renee Martin), afin d’enterrer leur hache de guerre. Las, il s’agit en fait qu’Angela et son petit ami Charlie (Jamie Gannon) soient les cobayes d’un week-end de « murder mystery » que Kristin concocte avec plusieurs de leurs amis qui devront jouer les faux-morts. Malheureusement, un véritable tueur s’y invite, tout en enfilant les mêmes costume et masque que l’acteur employé pour ce rôle.

Après avoir monté sa propre compagnie Rapid Heart Pictures, le réalisateur multi-terrain David DeCoteau (CREEPOZOIDS, PUPPET MASTER III : TOULON'S REVENGE, VOODOO ACADEMY) réussit à boucler un deal avec le géant video US de l‘époque, Blockbuster. Plusieurs films en exclusivité dans les quelques 8 000 boutiques pour la chaîne, avec cependant certaines conditions. Pas trop de violence, un érotisme très léger à destination du public féminin (et quoi deviendra aussi populaire auprès des gays, vue la haute teneur en homo-érotisme), donc du territoire PG-13. Sortiront de ce contrat la série des BROTHERHOOD (LE PACTE, BROTHERHOOD : LA CONFRERIE et BROTHERHOOD 2 : LA CONFRERIE), le sympa THE FRIGHTENING, LA LEGENDE DE LA MOMIE 2… et FINAL STAB  Ce dernier afin de surfer sur la vague de slashers qui battait son plein.

La propension de ce véritable Jesus Franco canadien moderne à tourner en format Scope (dont SHRIEK, tourné en Panavision 2.35:1) se heurte à la logique commerciale de Blockbuster, qui ne veut que des films en plein cadre. Hormis le Canada, FINAL STAB ne sera donc disponible que recadré. Jusqu’à aujourd’hui, car l’éditeur indépendant américain Massacre Video effectue une sortie en Blu Ray en ce 11 juin 2019.

Conçu pour le marché video affinée profiter de la renaissance du slasher, le film s’est d’abord appelé SPOOKHOUSE puis FINAL SCREAM (voire même . SCREAM 4!)Mais les avocats de Dimension (distributeur de la trilogie SCREAM) ayant fait le gros dos, le titre FINAL STAB restera. Comme en France on fait les choses encore mieux que les autres, l’éditeur français lancera le film sous le titre de… FINAL SCREAM . En version recadrée, comme partout. Le film a été vendu partout dans le monde et s’est révélé excessivement rentable pour la société du réalisateur. Une séquelle fut envisagée mais avec les contre-performances de MORTELLE SAINT VALENTIN et consorts, il sentit que la mode passa de vie à trépas. Il embraya donc dès sur films de monstres comme LEECHES qui s’avéra également un bon changement de cap puisque là aussi, énorme succès.

Après une assez jolie séquence d'ouverture animée en numérique 2K par l'acteur Jerrod Cornish (ALIEN ARSENAL), on entre directement dans le feu de l'action. Coup de fil + héros en train de regarder un film d’horreur + orage + scène de douche + mystérieuse figure qui se balade avec un couteau à la main. DeCoteau offre un condensé d’influences post-PSYCHOSEet SCREAM en moins de deux minutes. Mais le scénario doit plus payer son respect envers WEEK END DE TERREUR qu’autre chose. Les références à SCREAM et consorts s’étiolent au profit d’un « whodunit » mâtiné de jeu sur la fiction et le réel. Si l’influence du tandem Craven/Williamson se fait sentir, c’est sur cette fine et floue frontière entre la réalité et la fiction construite pour y contrevenir.

Les plus amateurs et fins observateurs remarqueront que lieu unique reste identique à LE PACTE et BROTHERHOOD : LA CONFRERIE, LE RETOUR DES PUPPET MASTER, LE PACTE DE SANG…et nombreux autres films de David DeCoteau. Il s’agit de l’Orchard Ranch/ San Fernando Valley. Un endroit facilement modulable et diversifié en points de vue pour le rendre crédible sous différents niveaux.  Une vieille Hacienda peu chère et gérée par l’Etat de Californie, idéale donc pour des tournages-éclairs. Qui répond aussi à la nécessité d’un film devant se dérouler dans un seul endroit, afin de pouvoir entrer dans l’enveloppe d’un budget excessivement bas.

Un peu plus de chair au niveau du scénario, avec quelques relents d’opposition de couches sociales, de fausses pistes en rebondissements constants... jusqu'aux trois derniers ayant lieu dans les 3 dernières minutes!. L'auteur du scénario n’est autre que Matthew Jason Walsh, compositeur, réalisateur et scénariste fétiche de David DeCoteau, ayant participé à près d'une quarantaine de ses films! Il élabore avec soin quelques pistes lancées au début qui alimentent graduellement l’intrigue. Le héros ayant été témoin du meurtre de ses parents. Des jeunes voulant se venger de la riche  famille ayant viré leur père sans raison. Une murder party aux faux airs de guerre fratricide. Et un véritable tueur lancé dans le jeu. L'ajout gratuit des trois garçons venus surveiller les allers et venues du groupe ne sert qu'à générer de la chair à canon pour le tueur, puisque ne servant quasiment à rien dans la narration.

Il s’agit du tout premier film de chez Rapid Heart avec une sous-intrigue gay. A contrario des éléments homoerotiques des autres productions comme LE PACTE - élaborées donc principalement à destination d’un public féminin et gay, mais qui évitaient toujours le contexte gay de l’histoire. Ici, l’homoerotisme a été évacué, seul Bradley Stryker et son physique impeccable se retrouve en shorty. Bradley Stryker, depuis passé prolifique acteur et réalisateur, fait partie de l'écurie David DeCoteau, ayant enchaîné LE PACTE ou WOLVES OF WALL STREET. Tout comme Jamie Gannon (héros de SHRIEK), Michael Lutz (LA LEGENDE DE LA MOMIE 2LEECHES), Chris Boyd (SHRIEK).

Maintenant, on ne va pas se leurrer. Il n'y a pas de grand miracle qui se produit. Si l'histoire se permet quelques digressions en idées intéressantes, elles restent parfois mal ficelées. Le manque de temps et d'argent, très probablement, tout comme le concept de base ne génère pas une tension folle. Les meurtres sont singulièrement légers malgré les giclées de sang qui les ponctuent. Les extravagances gore de Wes Craven demeurent absentes. On sent la claire volonté de rentrer immédiatement dans le vif du sujet, avec un bodycount assez important. Comme celle de maintenir le suspense à flots sur les 75mn de film (et plus de 5mn de générique final!). Les ralentis à 60 images/seconde permettent parfois de maximiser le suspens, mais l'usage répétitif ici ressemblent plus à une volonté d'allonger la durée de film, insuffisante quant à la narration. D'où parfois un sentiment totalement contre-productif. Ceci reste compensé par un sens évident du cadre, de la disposition des personnages dans un écran Scope et un soin tout particulier dans la mise en image qui reste cent coudées au dessus de n'importe quelle série B de l'époque. Voir simplement le plan vers 49mn50, où trois pièces différentes en enfilade furent à éclairer pour un seul plan, ajoutant à la prodondeur de champ envisagée. une complexité technique assez rare. Le jeu fiction/réel faux tueur/vrai tueur donne, outre un humour noir parfois réussi, quelques plans bien vus et le format Scope permet quelques doubles niveaux de suspens que les versions pan&scan ou zoomées au centre de l’image en 1.33:1 rendaient impossibles à voir.

On notera de curieux effets de caméra en léger mouvement aérien, comme pour donner une impression de flottement permanent et permettre aux acteurs de bouger d’autant mieux pour chaque plan. Avec LA marque de fabrique du réalisateur : de l'orage en permanence! Comme pour THE FRIGHTENING, par exemple. Ce qui fait penser aux méthodes de Roger Corman qui aspergeait ses décors de brume afin d'en masquer la pauvreté et l'exiguité, le tout pour faire "plus riche". Mais trop c'est trop, que cela en devient ridicule. Les éclairs parsèment les arrières-plans du film pendant les 2/3 de la durée, mais... pas de pluie, pas de déchainement. Juste des effets de lumière pour donner le change. Le mieux reste l'ennemi du bien.

Mais le meilleur atout reste sans équivoque Erinn Carter. THE bitch royale dans toute sa splendeur. Elle possède les meilleures ligne de dialogues, elle dirige non seulement les opérations de ce jeu de faux-meurtres-devenant-reels, mais aussi les références meta. Comme si les auteurs parlaient à travers elle, peu dupes du sujet et de ses ramifications. Elle excelle à tous les étages, faisant de l'ombre aux autres acteurs qui souffrent d'une certaine pâleur dans leur interprétation.

 

FINAL STAB arrive via Massacre Video pour la première fois en Blu Ray 25  toutes zones en 1080p, au format 2.35:1 via un master 2K depuis le négatif 35mm original supervisé par le réalisateur . Le tout tiré à 500 exemplaires uniquement et d'une durée complète de 80mn55. 

Visuellement, nous avons affaire à une splendeur! Le niveau de détails (gros plans, extérieurs comme intérieurs) éclate aux yeux de manière spectaculaire. La pellicule Fuji 500 permet des miracles ici (le film a été tourné uniquement avec ce stock) et on observe un grain minimal, rendant le film vivant, sans pour autant avoir à recourir à de la réduction de bruit. Une stabilité de l'image qui se couple à une absence totale de griffures et autres poussières. Les couleurs vibrantes, les excellents niveaux de noirs, le rendu naturel des éclairage y compris dans les scènes nocturnes: tout est pour le plaisir de l"oeil. Compte tenu des conditions de tournage, du budget de misère, on a affaire à une qualité haut de gamme. Il s'agit du même niveau que celui effectué sur NIGHTMARE SISTERS par Vinegar Syndrome. Un regret cependant : un menu minimal, permettant l'accès au film (puis à ceui de la piste sonore ou du commentaire) et des bandes annonces. Mais pas d'accès chapitré.

Une piste audio LPCM Stereo 2.0 anglaise qui se révèle étonnante de vitalité et de précisions dans le paysage musical. Qu'il s'agisse de la clarté des dialogues ou des bruitages, ou les effets d'orage, les canaux avant délivrent une stéréophonie très agréable à l'oreille. Aucun souffle à l'horizon. L'ensemble demeure particulièrement harmonieux, sans jamais prendre le pas sur l'action visuelle, mais bien en état de support permanent. Les dialogues restent sur le canal central. Un excellent point, dont les éditeurs français de films de genre feraient ieux de s'inspirer : la présence de sous-titres anglais optionnels à destination des sourds et malentendants.

Côté bonus, Massacre Video invite le réalisateur/co-producteur pour un commentaire audio extrêmement précis. Il suit vraiment l’action dà l'écran et même s'il n'a pas vu le film depuis 17 ans, DDC se montre riche en détails sur l'élaboration et les tribulations du tournage: un élément assez rare dans le monde des suppléments. Il indique un tournage en 5 jours et nuits de midi à minuit, avec donc des éléments sur lesquels il a fallu passer.  L'auteur demeure candide et humble devant les erreurs à l’écran (le manque de sang sur les couteaux après les meurtres,  par exemple ) du fait de la vitesse de tournage et du manque d’attention à certains petits détails. -Il rend un grand hommage à la qualité du travail des acteurs, notamment Erinn Carter. Sur sa capacité à maintenir la pression et les expressions de visage (vers la 72e mn) alors que les plans furent tournés à 4 h de différence sur certains plans champ/contre champ.

Tout en développant les aspects techniques et économiques du film, il prend aussi soin de rappeler à quel point il était difficile de régler les éclairages et plans en aussi peu de temps. Donc un seul lieu pour faciliter le tournage, tout comme les choix technqiues qui ont guidé une planification étriquée. Du choix de la pellicule Fuji 500 unique pour les plans de jours et de nuit, permettant ainsi de ne jamais recharger  la caméra. L'ensemble fut tourné avec la caméra suisse Moviecam Super America, apprécié par le directeur photo Howard Wexler notamment sur les effets de flottements qu'une technique particulière permettait. Howard Wexler, pour les puristes, c'est le grand bonhomme derrière la photo de plusieurs films d'Andy Sidaris (dont PIEGE MORTEL A HAWAII), mais surtout un directeur photo attitré de David DeCoteau, notamment sur THE KILLER EYELA LEGENDE DE LA MOMIE 2LE PUITS ET LE PENDULE... une solide collaboration. Ici, le budget ne permettant pas l'utilisation de Panavision, ce furent des lentilles Hawk qui furent choisies. Quelques précisions aussi sur la musique, puisque le compositeur initialement engagé n’aimait pas le film, le trouvant trop peu violent (un choix délibéré permettant de mieux vendre le film a l’export, selon l’auteur.) David DeCoteau se trouva coincé et engagea John Massari à la dernière minute, l’obligeant de composer à la vitesse de l’éclair. Créant ainsi d’importants problèmes de post-production. John Massari avait auparavant composé pour KILLER KLOWNS avant de se diriger régulièrement vers l'univers DeCoteau pour LEECHES ou encore SPEED DEMON.

Le commentaire sait rester informatif, fun mais toujours conscient des limites et ambitions espérées. Assez peu de blancs, et relancé de manière intelligente par un modérateur (dont le nom reste absent). Au bout du compte, une leçon qu'il a apprise: « c’est ce que le film vaut et non pas ce qu’il coûte » le poussant ainsi à tourner en 2.35:1 pour faire "plus riche" pour la vente à l'international. De palier à des absences budgétaires (ici, aucune Dolly pour créér du mouvement), via des subterfuges techniques permettant une sensation de mouvement. Bref, un vrai commentaire qui sait toucher toutes les étapes de création d'un film de série B, rendant ainsi plus compréhensible les limites d'un tel produit. Et au bout du compte, mieux l'apprécier. Exercice convaincant.

Pour finir, une sélection de films annonce de l'éditeur, tous en VO sans sous-titres. Attention, les indications au dos de la jaquette sont erronés: le film ne dure en effet pas 75mn.

Malgré son intéret limité et son manque d'originalité, FINAL STAB reste un excellent exemple de série B du début du XXIe siècle, dernier témoin d'une manière de faire du cinéma à destination du marché video. Expertement emballé d'un point de vue technique, cette édition de Massacre Video lui offre la plus belle manière d'être redécouvert. Il faut certes être anglophone, mais la très belle qualité visuelle et sonore, tout comme son commentaire audio rendent cette édition recommandée

 

 

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
52 ans
1233 news
392 critiques Film & Vidéo
On aime
Une edition HD qui respecte le format Scope
Un scan 2K absolument superbe
Erinn Carter, sublime bitch aux dialogues saignants
On n'aime pas
Des meurtres assez peu sanguinolents
Un certain manque de tension
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Autres critiques
L'édition vidéo
FINAL STAB Blu-ray Zone 0 (USA)
Editeur
Massacre Video
Support
Blu-Ray (Simple couche)
Origine
USA (Zone 0)
Date de Sortie
Durée
1h21
Image
2.35 (16/9)
Audio
Anglais PCM Stéréo
Sous-titrage
  • Anglais
  • Supplements
    • Commentaire audio de David DeCoteau
    • Films annonce de l'éditeur:
    • AMERICAN RAMPAGE (VO 1mn31 1.78:1 Dolby Digital 2.0)
    • NURSE JILL (VO 2mn17)
    • JILL 2 HOLLYWOOD BLUE (VO 2mn34)
    • OSTERMONDAG (VO 1mn40)
    • SUICIDE DOLLS (VO 1mn30 1.33:1)
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