Header Critique : MAISON DE DRACULA, LA (HOUSE OF DRACULA)

Critique du film
LA MAISON DE DRACULA 1945

HOUSE OF DRACULA 

Le comte Dracula arrive en pleine nuit à la clinique du docteur Edelmann et lui demande de le guérir de son vampirisme. Le lycanthrope Larry Talbot rend aussi visite au savant pour être débarrassé de son embarrassante malédiction. Edelmann accepte et se met au travail...

En 1944, la fin de LA MAISON DE FRANKENSTEIN laisse pour mort le comte Dracula, le monstre de Frankenstein et le loup-garou Larry Talbot. Mais ce film a un tel succès que la Universal décide de rajouter un nouveau segment à sa série de films parlants fantastiques amorcée en 1931 par DRACULA.

La même équipe se retrouve pour tourner LA MAISON DE DRACULA. C'est à nouveau John Carradine qui incarne Dracula ; Lon Chaney Jr. reprend le rôle du lycanthrope qu'il a créé dans LE LOUP-GAROU de George Waggner ; Glenn Strange incarne pour la seconde fois la Créature du docteur Frankenstein.

Toutefois, Boris Karloff, qui joue le docteur Niemann dans LA MAISON DE FRANKENSTEIN, n'est plus au générique : son personnage est pourtant présent dans le film... sous la forme d'un squelette abandonné au fond d'une grotte. De plus, cet acteur apparaît (en Créature) dans des extraits de LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN, resservis ici pour illustrer une scène onirique accompagnant les délire du docteur Edelmann.

L'équipe technique reste très semblable : outre le maquilleur Jack Pierce et le responsable des effets optiques John P. Fulton, incontournables dans les productions fantastiques Universal, nous retrouvons le chef-opérateur George Robinson (ayant oeuvré sur LA FILLE DE DRACULA, LE FILS DE FRANKENSTEIN...) et le décorateur Russell A. Gausman (LE FILS DE FRANKENSTEIN, LES SURVIVANTS DE L'INFINI...). Surtout, le réalisateur Erle C. Kenton (L'ILE DU DOCTEUR MOREAU, LE SPECTRE DE FRANKENSTEIN, LA MAISON DE FRANKENSTEIN...) poursuit ici son travail sur les films d'horreur Universal.

Après LA FILLE DE DRACULA de Lambert Hillyer en 1936, la compagnie Universal cesse, pour diverses raisons (censure, changements au sein de l'entreprise...), de produire ses fameux films d'horreur pendant trois ans. Mais le succès d'une reprise en double-programme de DRACULA et FRANKENSTEIN encourage ses dirigeants à reprendre la production d'oeuvres d'épouvante : le premier titre de ce second cycle est LE FILS DE FRANKENSTEIN de Rowland V. Lee en 1939, avec, entre autres, Boris Karloff reprenant le rôle de la célèbre Créature !

Les monstres classiques de Universal, apparus au début des années trente, vivent donc de nouvelles aventures. LA MOMIE ressuscite dans LA MAIN DE LA MOMIE. L'HOMME INVISIBLE réapparaît (!) dans LE RETOUR DE L'HOMME INVISIBLE de Joe May. DRACULA revient dans LE FILS DE DRACULA de Robert Siodmak. Pendant ce temps-là, le lycanthrope Larry Talbot, incarné par Lon Chaney Jr., triomphe dans LE LOUP-GAROU de Waggner sorti en 1941 : un nouveau monstre fait donc son entrée dans la galerie Universal des incunables de l'épouvante !

Cette compagnie a alors l'idée mercantile d'orchestrer un affrontement entre ce nouveau-venu et la plus populaire de ses créations : le monstre de Frankenstein. Cette confrontation est orchestrée dans FRANKENSTEIN RENCONTRE LE LOUP-GAROU. Aussitôt après, de nouvelles rencontres au sommet sont organisées avec LA MAISON DE FRANKENSTEIN et LA MAISON DE DRACULA, demeures dans lesquelles se bousculent le monstre de Frankenstein, le comte Dracula, un savant fou et un loup-garou. Les spectateurs sont enchantés de retrouver leurs monstres préférés réunis. Mais une telle réunion compromet la construction d'un scénario solide et l'approfondissement des thématiques fantastiques liées à chacune de ces créatures. La décadence pointe le bout de son nez...

Dans LA MAISON DE DRACULA, le lien entre les monstres est la clinique du docteur Edelmann, située dans une petite ville d'Europe centrale. Dracula s'y rend le premier (de nuit, bien évidemment) et demande au savant de le guérir de sa malédiction vampirique. Edelmann se met au travail et propose un remède au mal du comte, remède exigeant des transfusions sanguines entre le médecin et le malade. Le vampire retrouve dans la clinique la belle Miliza, femme qu'il a connu des années auparavant et qu'il cherche à séduire. Il ne semble, dès lors, plus très préoccupé par sa guérison...

Larry Talbot aussi se rend auprès du docteur Edelmann et le supplie de faire cesser ses crises de lycanthropie. Loup-garou malgré lui, il est un patient plus assidu, décidé à suivre les prescriptions de l'homme de science. Pourtant, dans un excès de désespoir provoqué par la durée très longue de la préparation de son traitement, Talbot cherche à se suicider en se jetant du haut d'une falaise. Edelmann le retrouve dans une grotte marine, ainsi que... le corps du monstre de Frankenstein, entraîné ici après avoir sombré dans un marécage à la fin de LA MAISON DE FRANKENSTEIN !

Notons au passage que le scénariste ne propose une explication relativement rationnelle que pour le retour de cette Créature. En effet, dans LA MAISON DE FRANKENSTEIN, Dracula périt désintégré par les rayons du soleil tandis que Larry Talbot meurt d'une balle d'argent en plein coeur. Nous les retrouvons pourtant en parfaite santé au début de LA MAISON DE DRACULA - sans aucune explication !

Comme nous le voyons, le pivot autour duquel s'organise le script de LA MAISON DE DRACULA est le bon docteur Edelmann. Non content d'héberger dans sa clinique deux patients aussi dangereux que Dracula et Larry Talbot, il y entrepose en plus le monstre de Frankenstein inanimé. Il est même tenté de lui rendre la vie, mais la brave infirmière Nina le raisonne et le fait renoncer à cette déraisonnable entreprise.

D'autre part, Dracula, toujours aussi cruel, injecte un peu de son sang maudit à Edelmann, le changeant en un hybride mi-homme et mi-vampire. Normal et pacifique le jour, il devient une hideuse bête cruelle et assoiffée de sang à la tombée de la nuit. Edelmann, incarné par un excellent Onslow Stevens, devient un personnage au croisement du loup-garou et du vampire, évoquant le roman Docteur Jekyll et Mr. Hyde de Robert Louis Stevenson.

Si Edelman rencontre bien tous les monstres, les récits concernant Dracula et Larry Talbot évoluent parallèlement. Les deux personnages ne se croisent qu'au détour de quelques plans. De même, Dracula ne fraie pas avec le Monstre de Frankenstein au cours de ce métrage. D'ailleurs, cette pauvre Créature est ici bien mal lotie, elle passe l'essentiel du film allongée sur une table d'opération, attendant que quelqu'un mette en marche les machines électriques qui lui rendront le souffle de la vie. Ce n'est que dans les toutes les dernières minutes qu'il intervient enfin, ayant à peine le temps de faire quelques pas avant de se prendre plusieurs tonnes de poutres enflammées en travers de la figure (scène confectionnée à partir de plans piqués dans LE SPECTRE DE FRANKENSTEIN de Kenton).

Certes, tout cela semble confus. LA MAISON DE DRACULA bénéficie pourtant d'un script bien construit, reliant plutôt habilement les histoires des différents personnages les unes aux autres. Les rebondissements sont nombreux, et le film est mené tambour battant, si bien qu'il paraît même un peu trop copieux au bout d'un moment !

Malgré tout, ce récit reste un prétexte à réunir une galerie de monstres dans une même aventure fantastique. La richesse des thématiques fantastiques et l'émotion liée aux portraits des Grands Monstres sont négligées (malgré l'interprétation toujours touchante de Lon Chaney Jr.). Les histoires se parasitent par moment : à peine s'attache-t-on à Larry Talbot qu'on est sommé de suivre les aventures romantiques de Dracula ; à peine est-on sous le charme envoûtant du prince des vampires qu'on est entraîné dans les malheurs du docteur Edelmann...

Toutefois, LA MAISON DE DRACULA bénéficie des qualités techniques propres aux meilleurs films fantastiques de la Universal. Les maquillages de Jack Pierce sont irréprochables, les trucages de Fulton sont impressionnants (les métamorphoses de Dracula sont magnifiques), les décors sont nombreux et fort beaux (grande bâtisse gothique au bord de l'océan, laboratoire plein d'instruments électriques, village d'Europe centrale, caverne lugubre...). Les éclairages sont toujours d'un grand raffinement (ombres géantes, éclairage du visage du "méchant" Edelmann) et la réalisation est très solide, capable de passer de scènes romantiques (Dracula séduisant Miliza) à des séquences horrifiantes traditionnelles. Tout au plus regrette-t-on l'emploi de quelques stock-shots (repris de LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN et LE SPECTRE DE FRANKENSTEIN, comme indiqué plus haut).

LA MAISON DE DRACULA reste donc un film sympathique, bien réalisé et interprété, qui n'ennuie jamais le spectateur. Pourtant, la dispersion du récit entre plusieurs personnages, l'impression de redite par rapport aux précédents films Universal, ainsi qu'une sensation de surenchère nuisent à cette oeuvre, loin d'être aussi importante que les films les classiques les plus réussis du cycle horrifique Universal.

LA MAISON DE DRACULA a le triste privilège de clore en 1945 la série de films d'épouvante parlants commencée par la Universal en 1931 avec DRACULA, série ayant mis en place la plupart des grands mythes fantastiques du cinéma populaire du vingtième siècle : les vampires, le monstre de Frankenstein, la momie, l'homme invisible...

Pourtant, la Universal emploie encore ses chères créatures dans des parodies interprétées par les comiques Abbot et Costello : lancés par cette compagnie avec ONE NIGHT IN THE TROPICS en 1940, ce tandem rencontre donc Dracula (Bela Lugosi), le monstre de Frankenstein (Glenn Strange), le loup-garou (Lon Chaney Jr.) et l'homme invisible (Vincent Price) dans le réussi DEUX NIGAUDS CONTRE FRANKENSTEIN en 1948. Nous les retrouvons avec des monstres célèbres dans : DEUX NIGAUDS CONTRE L'HOMME INVISIBLE, ABBOTT ET COSTELLO CONTRE LE DR JEKYLL ET MR HYDE avec Boris Karloff ; et le final DEUX NIGAUDS ET LA MOMIE.

Dans le domaine de l'horreur pure, les fameux monstres se voient ensuite cantonnés à des petites productions de firmes secondaires, peu fidèles aux caractères originaux de ces mythes (la compagnie AIP propose I WAS A TEENAGE WEREWOLF en 1956, I WAS A TEENAGE FRANKENSTEIN en 1957 et BLOOD OF DRACULA)... Les grandes compagnies hollywoodiennes se concentrent alors, en ce qui concerne le fantastique, sur la science-fiction. La Universal propose, entre autres, LE METEORE DE LA NUIT et L'HOMME QUI RÉTRÉCIT, la MGM produit PLANÈTE INTERDITE...

A l'étranger, les grands mythes de l'horreur sont encore exploités, avec parfois un certain succès : par exemple la Turquie propose DRAKULA ISTANBUL'DA en 1953 de Mehmet Muhtar, tandis que le Mexique produit LES PROIES DU VAMPIRE de Fernando Mendez, avec son redoutable buveur de sang incarné par German Robles.

Surtout, en Grande-Bretagne, berceau du roman gothique, la petite compagnie Hammer fait réaliser par Terence Fisher FRANKENSTEIN S'EST ÉCHAPPÉ ! Sorti en 1957 et LE CAUCHEMAR DE DRACULA en 1958, interprétés par Peter Cushing et un acteur alors inconnu dénommé Christopher Lee. Ces deux films connaissent un succès retentissant et relancent la production de films d'horreur classiques pour une bonne dizaine d'années...

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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