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Critique du film
OUIJA : LES ORIGINES 2016

OUIJA : ORIGIN OF EVILS 

Dans l'Amérique des années 1960, une mère de famille endeuillée tente de subsister en organisant de fausses séances de spiritisme. Pour parfaire son numéro bien rodé, elle décide d'utiliser une planche OUIJA, jusqu'au moment où de vrais esprits malfaisants apparaissent réellement  au travers de sa plus jeune fille. 

On attendait le second opus de OUIJA non sans une certaine appréhension étant donné la prestation excessivement médiocre du premier film. Fort heureusement le résultat obtenu par Mike Flanagan, auteur de l'excellent OCULUS,  dépasse de loin nos espérances ! 

Cette fois l'histoire se déroule en 1965, toujours dans la même maison à Los Angeles où Alice vit désormais seule avec ses deux filles Lina et Doris, après la disparition tragique de son mari. Grâce à un numéro de  médium bien orchestré, le trio tente d'arrondir les fins de mois pour pouvoir garder la grande maison familiale, tout en apportant le réconfort aux clients abusés. On sent très fortement l'influence (le copiage?) du principe d'AMITYVILLE 3D, quasiment identique! Elles espèrent parfaire leur technique par le biais d'une planche Ouija très à la mode à cette époque. Et en même temps tenter de communiquer avec le père de famille décédé. Le résultat est tellement convaincant que les fausses séances se transforment en vraies séances de communication avec l'au-delà grâce à la jeune Doris qui révèle un don réel de médium. Tout bascule lorsque la petite famille se retrouve piégée par des esprits malfaisants hantant la maison lesquels ont pris possession de Doris.

La préquelle de OUIJA apparait non seulement une réussite, mais renvoie directement le premier film au rang des clichés les plus médiocres du cinéma d'épouvante. Il faut dire qu'on assiste rarement à une préquelle aboutie après la réalisation du film original comme la déception de COLD PREY 3, par exemple).

Dès le début du film, le ton est donné : l'ambiance délicieusement vintage rappelle inévitablement l'âge d'or du cinéma d'épouvante des années 1970, un peu à la manière de Ti West pour HOUSE OF THE DEVIL La grande maison ressemble à celle American Horror story : Murder House, également à Los Angeles, et dans laquelle se déroulent des meurtres du passé. Et Mike Flanagan nous plonge dans cet univers jusqu'à la musique de l'époque,  vrai tourne-disques inclus.  On sent que le film a été conçu minutieusement, avec un sens aigu du détail, jusqu'à utiliser le vieux logo Universal au tout début de la projection. Sans oublier la qualité de la photo alliée à une mise en scène habile qui renforcent ce rendu si réussi de l'ambiance des sixties.

OUIJA 2 s'affranchit donc complètement de son prédécesseur et se veut résolument classique. Non seulement dans l'atmosphère du film qui se déroule quelques décennies avant l'original, mais aussi dans le déroulement du scénario. Mike Flanagan  prend de le temps de décrire ses personnages dans une juste mesure pour qu'ils s'intègrent dans l'histoire. Il évite ainsi la succession de scènes dites «jump scares», en espaçant plutôt celles de suspense et de réelle épouvante, toujours au service propre de l'histoire.

Ceci laisse l'impression que le film a du mal à démarrer. On s'attend à une alternance de sursauts et de suspense comme ce fut le cas récemment dans DON'T BREATHE. Or, le réalisateur affine la description de ses personnages et de la situation, tout en instaurant crescendo un sentiment de malaise. Le tout reste ponctué de scènes de sursaut bien placées, concentrées malgré tout dans la seconde partie du film. 

Mike Flanagan utilise la tragédie familiale pour explorer différents thèmes. Celui du deuil vécu différemment par nos trois protagonistes, admirablement interprétés par un trio d'actrices très convaincantes. Elizabeth Reaser (TWILIGHT) joue le rôle d'Alice, une maman forte, ingénieuse, mais surtout humaine car elle tente d'avancer malgré ce qu'elle vit. Nous retrouvons Annalise Basso, protagoniste d'OCULUS qui est ici Lina, adolescente tiraillée entre son envie de vivre sa vie de jeune et son devoir de protection envers sa petite sœur. Par contre, celle qui crève l'écran demeure la jeune Lulu Wilson dans le rôle controversé de Doris, tour à tour enfant sensible et attachante puis vicieuse et incarnant le mal lorsqu'elle se retrouve possédée par l'esprit malfaisant de Marcus. Elle arrive parfaitement à nous effrayer sans avoir recours aux effets spéciaux !

Et c'est là où le réalisateur arrive à transcender ses personnages que l'on pourrait qualifier de cloisonnés dans d'autres films. Il ne cède pas aux clichés car encore une fois tout est calibré de telle manière qu'arrivés aux 20 dernières minutes du film, le suspens reste entier.

Doris est possédée, et bien entendu il y a un prêtre (campé par Henry Thomas, le héros d'E.T) qui propose de faire un exorcisme. L'hommage à L'EXORCISTE est évident… par contre il ne s'agit pas de faire un remake et de tomber dans le même piège; Donc Mike Flanagan emprunte une autre voie. D'ailleurs le personnage du Père Tom Hogan est également ambivalent, comme tous les autres personnages : il a été marié, accepte facilement d'aller au restaurant avec Alice, et ne qualifie pas l'esprit Possédé d Doris comme étant le Diable en personne. Aucune dualité Bien/Mal ne transparaît dans OUIJA 2, le film serait presque emprunt d‘un nihilisme qui n'aurait pas trouvé sa place dans le cinéma américain des années 60. D'ailleurs le but premier des esprits malfaisants ici n'est pas de tuer, mais de chuchoter afin de détourner les âmes des vivants. Cela explique pourquoi il y a pas de scènes d'horreur, car tout est habilement mené dans la suggestion, mais contribue à augmenter inexorablement le sentiment d'épouvante.

La fin s'inscrit quant à elle dans le prolongement de l'esprit du film : ambivalente mais encore une fois rondement menée, et terriblement efficace. Elle fait d'ailleurs penser à la fin d'EMERGO de Carles Torrens (présenté en 2012 au Festival de Gérardmer).

Malgré un scénario bien ficelé et une réalisation très habile, OUIJA 2 n'arrive malheureusement pas à convaincre le grand public en France. Cela s'explique certainement par le fait que notre public de 12-18 ans n'arrive pas à s'identifier aux personnages car l'histoire se déroule pendant les années 60, il y a plus de corps au scénario, et enfin plus de suspense au détriment des scènes d'épouvante.

Cependant le pari est quand même gagné pour Mike Flanagan. Il a réussi à relever le défi de faire un bon film d'épouvante qui se déroule à une autre époque, sans avoir recours aux codes actuels et des effets spéciaux à outrance. Les personnages donnent du corps au film, et le scénario ne cloisonne surtout pas le spectateur dans une option bien/mal. Cela fait bien un peu de liberté, et relève surtout le niveau du film d'épouvante de notre époque qui a bien du mal à trouver un nouveau souffle.

Rédacteur : Anne Barbier
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