Header Critique : AMES SILENCIEUSES, LES (THE QUIET ONES)

Critique du film
LES AMES SILENCIEUSES 2013

THE QUIET ONES 

Oxford, 1974. Le professeur Joseph Coupland (Jared Harris) mène une expérience particulière sur Jane (Olivia Cooke). Retirée d'un asile psychiatrique, elle possède des accès de violence se personnalisant en une dénommée Evey. Ce que le professeur comprend être une énergie négative qu'il tente d'extirper afin de la guérir. Il charge un jeune caméraman (Sam Claflin) de filmer les scènes de travail avec son équipe. Sauf que l'expérience prend des proportions inattendues.

Nouvelle production de la toute ressuscitée Hammer Films, LES AMES SILENCIEUSES tente de marcher sur les traces glorieuses de son passé prestigieux. On sent les influences de récits à dominante satanique, du genre LES VIERGES DE SATAN, tout en creusant son sillon sur les récits 70's païens. Le choix du réalisateur John Pogue demeure assez curieux : auteur d'un EN QUARANTAINE 2 efficace mais assez sommaire. Mais surtout scénariste de trucs informes comme ROLLERBALL -le remake-, THE SKULLS et LE VAISSEAU DE L'ANGOISSE… donc pas vraiment un auteur chantre de la finesse. On se demande bien ce qu'il va pouvoir apporter d'original au récit. D'autant que le film rappelle bizarrement THE APPARITION de Todd Lincoln sorti en 2012.

La réponse se trouve assez facilement, puisque le film est une sorte de néo-found footage via une caméra 16mm. La différence étant que le spectateur découvre les événements à travers le film tourné par le jeune caméraman - donc déjà à la mode, le gars. Rejoignant ainsi la cohorte de films à la formule déjà bien usée jusqu'à la corde. Avec la mention « inspiré de faits réels » pour couronner le tout. Mais ce vecteur 16mm échoue lamentablement à recréer une ambiance typiquement granuleuse de ces années-là. Ce qui aurait pu être intéressant quant au passé prestigieux de la Hammer et son style visuel si particulier entre 1970 et 1974.

L'habillage a beau être différent, on se trouve face à une nième histoire de possession maquillée en projet scientifique. Un peu à la PROJET ATTICUS. Qui tente d'injecter (vainement) un peu de sang neuf dans la liste déjà trop longue de longs métrages à base de «found footage». Mais qui surtout ne dépasse pas la dose horrifique attendue afin de bien garder une classification leur permettant d'éviter un classement «R» pour son exploitation américaine. Nouvel exemple flagrant d'épouvante «light» qui pullule de trop. Trop démonstratif, trop prévisible, il reste à des années lumière en terme de qualité, de finesse de mise en scène et d'épouvante par rapport à LA MAISON DU DIABLE, mètre-étalon en la matière. Dont d'ailleurs le personnage de Coupland rappelle curieusement beaucoup celui du Professeur Markway joué par Richard Johnson dans le chef d'oeuvre de Robert Wise.

LES AMES SILENCIEUSES suit donc ce même chemin insignifiant de l'oeuvre déjà faite cent fois ailleurs - et en bien mieux. Le pire étant que quatre scénaristes patinent pour écrire ce conte de possession démoniaque. Car plus le film avance, plus la part d'explication rationnelle fait place à une résurgence de secte satanique-ta-mère. Et qui croyez vous aura le fin mot de l'histoire, hmmm? Tout en passant par un salmigondis mélangeant télékinésie, hypnose, torture auditive…La solution thérapeutique de Coupland vire à l'acharnement qu'il demeure difficile de saisir. Tout comme l'équipe réduite du Professeur, passant plus son temps à batifoler. Sans oublier que Coupland se tape aussi la jolie Kristina (Erin Richards, en mode blonde idiote) Le classicisme de la mise en en scène n'arrange en rien la perception d'un produit qui se veut sérieux, mais qui sent à plein nez l'opportunisme et l'enfoncement de portes ouvertes.

Qui plus est, Pogue se repose entièrement sur les effets sonores bruyants afin de provoquer un semblant de réaction de a part du spectateur. Il s'agit bien de la seule surprise que pourra créer le cinéaste. Si l'atmosphère des années 70 s'avère correctement élaborée, la volonté de gothique tombe totalement à côté de la plaque.

Le film reste prévisible d'un bout à l'autre, effet-Carrie compris. Impensable de voir sortir le film sur les écrans de cinémas, où son exploitation serait impossible. Il aurait eu parfaitement sa place en pleines années 70. Mais en 2015, sa carrière s'effectuera uniquement via le marché DVD/Blu Ray/VOD. N'ayant pas la carrure ni l'ambition d'une DAME EN NOIR, la Hammer devrait se poser des question sur leurs choix de sujets. Son échec américain et anglais, et un bouche à oreilles désastreux, auront eu raison de sa destinée française, le film ayant été filmé au premier semestre 2012.

Difficile de ressentir le moindre frisson sur une formule appliquée avec un certain soin, mais rigoureusement sans aucun intérêt. D'autant que le titre est inversement proportionnel au nombre de décibels que les auteurs nous assènent. Pour plus d'intelligence du propos et frémir d'angoisse, autant se refaire donc LA MAISON DU DIABLE ou dans une moindre mesure, LE DERNIER RITE.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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