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Critique du film
EX MACHINA 2014

 

A la suite d'un tirage au sort, un jeune programmeur nommé Caleb (Domnhall Gleeson) est invité à passer une semaine avec Nathan, le patron hyper secret de sa boite (Oscar Isaac). Ceci dans sa demeure nichée au creux d'une montagne. Il s'agit en fait d'effectuer un test avec Ava (Alicia Vikander), une créature dotée d'une intelligence artificielle, afin de déterminer son niveau d'humanité.

EX-MACHINA arrive en terrain déjà bien pratiqué. Le sujet de l'intelligence artificielle taraude pas mal de cinéastes depuis quelques décades. L'opus gnangnan de Steven Spielberg en tête, A.I., mais également un long-métrage présenté à un précédent Festival de Gérardmer, EVA, ou encore l'opus intéressant TEKNOLUST avec Tilda Swinton voire I, ROBOT, BLADE RUNNER. Le scénariste-réalisateur Alex Garland n'en est pas non plus à son coup d'essai avec des oeuvres comme NEVER LET ME GO (sur les clones) ou encore DREDD sur un futur pas si lointain. Ayant participé aux scénarii de LA PLAGE, 28 JOURS PLUS TARD et SUNSHINE, ce n'est donc pas un hasard de voir son film produit par DNA, la boite s'occupant des films de Danny Boyle... Maintenant, qu'est-ce qu'EX-MACHINA apporte de plus au sujet ?

Un environnement d'une froideur extrême, où rien ne semble laissé au hasard. Une science-fiction très ancrée dans notre réel. Nathan se terre en Alaska, dans une demeure high-tech très eco-friendly, bourrée de systèmes de sécurité. Une architecture intérieure épurée, aux influences très scandinaves. Intérieurs glaciaux, lignes architecturales design pour esprits en voie de paranoïa. Nathan aime le contrôle de son milieu, le contrôle de ses employés, le contrôle de sa création. Il renvoie aux créateurs sempiternellement revisités depuis des décades au cinéma comme en littérature... Victor Frankenstein n'est pas très loin. L'auteur lui oppose Caleb, un être malingre, intelligent, bricoleur de génie, qui va donc faire passer le Test de Turing (nommé d'Alan Turing, l'homme qui perça le code de la machine Enigma). Son insécurité n'a d'égale que le niveau de manipulation de Nathan. Enfin Ava, incarnée de manière sensuelle par Alicia Vikander, dont les effets spéciaux numériques appliquent de manière quasi parfaite l'équilibre entre humanité et robotique.

Les deux premiers tiers du film construisent une atmosphère de claustrophobie graduelle assez réussie. Nathan apparait comme un patron à l'ego surdimensionné, impressionnant tout en se comportant de manière oppressive et odieuse. Sa relation avec son employée de maison (la danseuse Sonoya Mizuno) est teintée de rapport de soumission (à la fois sexuelle et comportementale). Il enferme au propre comme au figuré Ava, qui tente à la fois de se libérer de sa prison physique comme intellectuelle. Mais la construction en «session» avec Ava (pas moins de 7... comme les 7 jours de la création divine ?) et la rapide notion de Nathan qui se prend pour Dieu raccourcissent les ambitions du film. Il commence en effet a capoter dans le dernier tiers, tournant plus en rond plutôt qu'autre chose. Il faut en effet se poser la question du but du film lorsque le spectateur possède déjà une longueur d'avance sur le sujet.

L'approche très organique du propos, ses plans travaillés, son cadre soigné et pétri de références technologico-fumeuses mettent un écran de fumée pendant une heure. Le film possède un propos d'une intelligence rare, mais trop pour son propre goût. Le danger de l'intelligence artificielle, déjà agité par Stephen Hawking, est qu'il prenne le pas sur son créateur, l'homme. Nathan possède un potentiel de créativité, de haut de degré de conscience qui ne trouve sa résonance que dans son arrogance. Le film se veut dérangeant, avec un climax de violence amené de manière posée, lente, à l'image du rythme développé. On ne saurait reprocher l'homogénéité de l'ensemble… mais pour un personnage aussi intelligent que Nathan, qui a réussi à créer Ava, à prévoir une sécurité aussi extrême… comment diable peut-il se laisser avoir par des coupures d'électricité aussi banales ? Le besoin de recourir à un tel imbroglio pour passer ce test de Turing reste lui aussi nébuleux malgré l'explication finale de Nathan. Tout a pour ça ?

Ce qui se résume aussi de par l'explication du titre même, contenant à la fois une illustration classiques : le « dieu venant de la machine » pourrait-on presque dire allait au fait d'un élément inattendu qui vienne régler une situation narrative le «deus ex machina». Une approche très littéraire vient compléter la structure choisie de manière précautionneuse par Alex Garland. Tout est soigneusement mis en place, dialogues comme objets et acteurs. Avec une emphase toute particulière sur le corps féminin dénudé, d'ailleurs. Le propos n'apporte au final pas grand chose de neuf si ce n'est sa mise en image. Handicapé par des références continues sur le sujet, du féminisme larvé des FEMMES DE STEPFORD à METROPOLIS et qui ne mène nulle part quant aux questions posées initialement.

EX-MACHINA devrait ravir la génération techno-Oculus-geek autant que la critique amatrice de brillance intellectuelle, chacun sera ravi du buzz cérébral que le film pourrait générer... mais on se demande bien comment le public va vouloir suivre ces 108 minutes magnifiquement filmées mais terriblement vaines à force de vouloir être branchées.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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