Header Critique : SUCKER PUNCH

Critique du film
SUCKER PUNCH 2011

 

Il faut croire qu'après son fantastique WATCHMEN, Zack Snyder avait besoin de se défouler, de partir dans le n'importe quoi, bref de se faire plaisir. Et c'est exactement ce que l'on ressent à la vision de son nouveau bébé, SUCKER PUNCH, un film qui ne fait pas du tout, mais alors pas du tout, l'unanimité.

Baby Doll est une jeune fille dont on ne sait pas trop l'âge (grosso merdo on va dire dans les 16 ans), qui vit avec sa sœur dans une grande maison où la chanson «Sweet Dreams» tourne en boucle et où il pleut tout le temps. Comme leur mère vient de passer l'arme à gauche, elles se retrouvent entre les mains de leur affreux beau-père qui, parce qu'il ne figure pas sur le testament, décide de se farcir les gamines. Forcément, Baby Doll n'est pas super d'accord, d'autant qu'il commence par la petite sœur. Elle se rebelle, en vient aux mains et manque de bol, la benjamine meurt dans son action. Pas con, le beau-père lui fait porter le chapeau et la fait interner dans un établissement psychiatrique pour jeunes filles à problèmes, où il graisse la patte de l'infirmier en chef pour la lobotomiser quelques jours plus tard. Livrée à elle-même, elle se rapproche de quatre patientes et met au point une évasion avant l'opération qui la transformera en légume. A partir de là, c'est un peu n'importe quoi dans le traitement, puisque pour mener à bien son projet, cette horde sauvage à nichons devra combattre des dragons, des samouraïs armés de sulfateuses, des cyborgs, et tout un tas d'autres trucs qui n'ont rien à faire là.

Alors ouais, forcément, quand on lit ça, on se dit un truc du genre «De quoi ?», mais c'est aussi valable quand on regarde le film, puisque toute l'histoire se passe dans une succession de dimensions fantasmatiques, elles-mêmes dans une autre dimension fantasmatique. La justification de tout ce bordel, Snyder la trouve dans le personnage de la psy polonaise incarnée par Carla Gugino, dont la thérapie prend ses racines dans l'incarnation du traumatisme sur une scène, avec costumes et musique dédiée. En gros dès que le gros interrupteur de la chaîne est tourné, la chanson se lance et la patiente passe dans son délire où elle prend les armes pour claquer la tronche à son problème. Et c'est impressionnant !

On le sait depuis L'ARMEE DES MORTS, mais encore plus depuis 300, Snyder est un esthète, un chercheur de l'image, un prospecteur du plan qui tue, et du ralenti. SUCKER PUNCH, c'est ça sur une une heure quarante. Entre l'intro sur fond de «Sweet Dreams» donc, qui est en fait un long clip de six minutes, la présentation de l'institut, les combats dantesques et ce putain de plan-séquence hallucinant dans un train, le réalisateur expérimente, teste son public, la technologie, rien ne semble impossible et le résultat décroche le plus souvent la rétine. Un amoncellement de sensations cinégéniques à faire pâlir d'envie un James Cameron et ses chats bleus crétinoïdes avec le budget café d'AVATAR. En bon gros ride, SUCKER PUNCH est un amas de références diverses mais très ciblées : on a du comics, du manga, du jeu vidéo, du MMORPG, du rock qui tâche, de la techno qui bave, à tel point que le spectateur non-préparé ou fan du CŒUR DES HOMMES se sentira vite largué et ira purger son malaise devant le nouveau Benchetrit. Mais rapidement, une idée surgit : Et si Zack Snyder avait en fait réalisé une comédie musicale ? Et si les morceaux chantés habituels étaient remplacés par des scènes de combat qui débourrent ? Quelques indices tendent à confirmer cette hypothèse : l'actrice principale (mix de moche et de joli assez déroutant au début) chante le tiers des chansons du film, y'a l'autre kéké de Vanessa Hudgens qui a quitté les bancs de son HIGH SCHOOL MUSICAL, la construction du film alterne mécaniquement phases de dialogues et scènes fantasmatiques, les chorégraphies des combats sont clairement rythmées par rapport au morceau musical utilisé et il y a rarement un moment sans musique. Bref, c'est louche, et le pire c'est que ça marche. Et s'il fallait encore convaincre quelqu'un que SUCKER PUNCH se situe dans la même catégorie qu'un WEST SIDE STORY ou un CATS, il n'y aurait qu'à lui montrer le générique de fin. Bon, on est quand même dans le destroy, dans le truc qui fait bourdonner les tympans, mais il y a définitivement quelque chose.

Après, c'est sûr, quand on tente un machin pareil, il y a forcément des ratages. Genre, quelques effets spéciaux pas tip-top, une intrigue qui part un peu dans le vide dans sa seconde partie et quelques acteurs pas super crédibles. Mais il semble évident qu'il ne s'agit pas du Director's Cut et qu'on verra vraiment ce que le film a dans le ventre à sa sortie en DVD et Blu-ray.

Mais ce qui intrigue le plus dans le film, c'est le fond de son histoire. Si on nous annonce rapidement ce qui va se passer par la suite, c'est encore une fois tout le cheminement pour y arriver qui passionne. On est clairement dans un film thérapeutique pour geeks, sans volonté de forcément le sortir de sa condition, mais simplement avec pour finalité de lui faire prendre conscience qu'il possède néanmoins quelques armes et qu'il peut les utiliser pour arrêter de se sentir victime. Si 300 c'était quand même en grande partie du macho et du poil, SUCKER PUNCH se situe davantage du côté de la culotte et du féminisme. Pour son premier projet vraiment personnel (entendons par là qu'il n'est l'adaptation de rien), Snyder a fait un film de filles, avec une B.O. girly hardcore en diable. Le film est parsemé de symboles bien phalliques, surtout dans la première grosse séquence d'action, écho au pathos du personnage principal et dénonce quand même pas mal l'instrumentalisation de la femme, de par les personnages masculins du films tous absolument dégueux et pervers, mais aussi et surtout par le traitement du récit. Chaque héroïne répond à une idée de fantasme de gros geek : l'écolière avec un sabre qui montre son slip dès qu'elle lève la jambe, les danseuses de revues, la militaire sexy qui passe son temps à jouer avec sa sucette, la sniper sexy tout droit sortie d'AVALON. Bref, on est en terrain connu, celui des gros puceaux avides de japanime et de World Of Warcraft. Mais encore une fois, il n'y a aucun parti pris cynique ou moqueur de la part du réalisateur, il utilise ces codes pour emmener son public bien plus loin, délivrant dès le début le message de son film, qui sera repris dans une belle conclusion. On pourrait entrer de plain-pied dans une analyse en profondeur des thématiques du métrage, mais ce serait gâcher le spectacle et ça deviendrait rapidement très chiant. Non, ce qu'il faut retenir c'est que SUCKER PUNCH est loin d'être un film débile, malheureusement un peu trop autiste pour un large public, mais qui mérite que l'on s'y plonge parce que, franchement, le voyage en vaut la peine. C'est bien simple, si on est pris par le début on ne décrochera pas de tout le film et on sortira de la salle un peu groggy, avec ce sourire bien con, tellement caractéristique des films à spectacle qui fonctionnent. Et puis surtout, c'est quand même vachement bien foutu toute cette histoire, ça fait rêver et en même temps c'est super glauque (ça finit pas super bien) mais le message est suffisamment humble et intéressant pour se permettre d'y repenser par la suite, quitte à le revoir le lendemain (méthode testée et approuvée par votre serviteur).

Oh la la, on a pas parlé de Scott Glenn ! Quel plaisir de le revoir à l'écran dans un rôle assez petit mais tellement crucial, celui du Vieux Sage. C'est en gros lui qui guide les filles dans leur quête, qui leur présente leur mission et leur donne les conseils nécessaires à la victoire. Et en plus, il a l'air de s'amuser comme un môme le bougre.

Bref, SUCKER PUNCH c'est du bon, imparfait certes mais extrêmement généreux, et qui laisse augurer du meilleur pour le Superman que Snyder est en train de nous préparer.

Rédacteur : Christophe Foltzer
41 ans
10 critiques Film & Vidéo
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