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Critique du film
LA HORDE 2009

 

Lors d'une expédition punitive visant à venger la mort de l'un des leurs, un groupe de flics se trouve pris au piège dans un immeuble de la banlieue nord parisienne. Tout d'abord par le gang qui vient de les faire prisonniers, puis ensuite par des zombies qui assiègent le lieu. Chacun va devoir s'allier afin de tenter de s'en sortir.

Nouvel avatar du film de genre français, LA HORDE est le premier long-métrage co-réalisé par Yannick Dahan et Benjamin Rocher. Après les spectaculaires déceptions de MUTANTS ou encore d'HUMAINS, LA HORDE cristallise de nombreuses attentes. Tout d'abord de la part de ses producteurs et de son distributeur, même si le film est déjà vendu à l'étranger, car les résultats des sorties cinéma de films de genre français sur notre territoire s'achevent de manière générale par des échecs cinglants. Ensuite par le public visé désespérant de voir débouler une petite perle et qui à chaque nouvelle sortie du genre se demande à quelle sauce il va devoir déguster le plat que les plus téméraires vont aller voir en salles. Mais aussi par les suivants, les métrages qui tentent aussi leur chance et qui se questionnent sur l'éventuel devenir de leur sortie comme pour LA MEUTE après autant de déconvenues sur les écrans.

Le scénario mélange tant bien que mal des influences franco-françaises de «banlieue-terre de violence», du zombie qui apparaît dans la société et provoque le chaos (voir l'œuvre de George Romero et tout ce qui suit), du gore qui tache (se référer aux italianneries des 70's)… bref, un compendium référentiel légèrement outrancier. LA HORDE est un film de fanboy(z) assumé, pour se faire plaisir et faire plaisir à l'audience ciblée. Car il est clair qu'un public plus large sera difficilement conquis. Voir les scènes purement gratuites où, entre autres, Claude Perron défonce une zombie à grand coup de réfrigérateur. Jouissive (et assez longue), elle a déclenché l'effervescence et des applaudissements nourris et mérités lors de sa présentation au festival de Gérardmer 2010. Un peu à l'instar de l'éjection d'un oeil de son orbite dans EVIL DEAD 2 diffusé en son temps au Festival du Rex. Un film de fan pour des fans. Maintenant, tout cela fait-il un bon film ?

La qualité principale demeure son énergie tout au long du métrage. Il fallait bien cela afin de masquer la faiblesse des enjeux et un scénario à l'argument rabaché. Force est de constater qu'un montage serré (NB : la copie présentée au Festival de Gérardmer est visiblement un nouveau montage par rapport à celui présenté dans les festivals précédents) adossé à une caméra sachant mettre adroitement l'action en avant, LA HORDE n'ennuie pas vraiment. Les cinéastes cèdent à la pratique de la caméra tremblottante en fin de parcours, mais le spectateur l'aura évité pendant les trois quarts du métrage, heureusement. Il n'empêche que LA HORDE tombe dans le panneau du film de couloir (voir ABANDONNED ou encore MUTANTS récemment…), le cadre se baladant inévitablement le long des corridors de ce énième huis clos horrifique.

Rien de cryptique dans le scénario non plus. Simplicité, linéarité et… clichés. Si l'argument d'affrontement entre flics et gangs violents rappelle les polars français bisseux des 80's tendance LA BASTON ou L'ARBALETE, la narration se dirige rapidement vers un huis clos avec zombies. Un peu comme si le MEAN GUNS d'Albert Pyun rencontrait LA NUIT DES MORTS VIVANTS, tendance XXIème siècle. On pourra reprocher un symbolisme parfois lourdingue (la seule héroïne féminine se nomme Aurore –cf le final au petit matin !- et porte en elle la même chose qu'Hélène de Fougerolles dans MUTANTS). Puis de suivre un tracé plus que balisé. C'est peut-être ce que les auteurs ont envie de faire et c'est ce qui se vend le mieux à ce jour, mais l'originalité a été étranglée à la naissance. Les efforts du scénario quant aux références à la situation d'origine des personnages de Bola et Adewale en passant par la catharsis d'Aurore et les imbroglios sentimentaux, la guerre d'Indochine et on se prend la main sont trop anecdotiques pour apporter une quelconque épaisseur au film.

Les plus cinéphiles y verront quelques hommages parsemés ça et là, en dehors des influences évidentes, par exemple, aux TONTONS FLINGUEURS. LA HORDE, c'est un peu cela aussi : des fulgurances réussies, des scènes au bon tempo, au montage qui fait mouche… noyées dans une diarrhée verbale. Une autre superbe scène: Jean-Pierre Martins entouré par une foule impressionnante de morts-vivants sur le toit d'une voiture. Une idée de plan, une force et une dynamique cinématographique qu'il aurait été agréables de retrouver plus souvent.

LA HORDE se caractérise enfin par des dialogues d'une stupidité crasse absolument ahurissante ! On ne sait plus s'il s'agit de premier ou de 36ème degré, si les personnages sont caricaturaux volontairement ou non… ceci dit, la direction d'acteurs frisant le zéro pointé et le surjeu avoué, on se dit que la question ne se pose même plus. LA HORDE sent la franche virilité, le gros flingue, le jus de couilles et la bière. La frontière est si ténue entre tout cela qu'on se demande si on assiste pas à une des comédies horrifiques les plus hétéro-beauf de ces dernières années… où à un concentré d'homosexualité refoulée en plein écran pendant 97 minutes ? Honnêtement, le film ressemble à un gigantesque concours de celui qui a la plus grosse. Passe encore l'inévitable symbolique de chaque protagoniste avec son flingue/mitraillette/hache… Les personnages masculins passent leur temps à s'insulter, se palper, se mettre des coups, à se jauger et à dénigrer toute présence féminine où à la rabaisser. Comment considérer la mise en scène des personnages féminins du film ? Claude Perron est «lindahamiltonisée» à fond. Une femme avec des couilles, quoi. Et de chacun de lui reprocher, par exemple, sa fonction de détonateur de ce qui se passe du fait d'avoir couché ailleurs, etc... Comment appréhender la scène d'avilissement du zombie féminin par les membres du gang, objet sexuel morbide avec désir d'enculade mortifère… un peu comme PORNO HOLOCAUST à l'envers. La comparaison est hardie mais l'exploitation du corps mort-vivant et l'excitation du désir semble similaire. Sauf que d'Amato y allait franco. Mais, attention, LA HORDE est loin de l'incompétence manifeste de Joe d'Amato sur ce coup-là.

La palme revient aux acteurs qui tentent de surpasser le voisin dans la médiocrité. Jean-Pierre Martins est très loin de son interprétation de Marcel Cerdan et Aurélien Recoing n'a jamais été aussi mauvais. La subtilité de son jeu, même dans la violence, faisant la richesse de films comme L'EMPLOI DU TEMPS ou L'ENNEMI NATUREL se trouve ici fracassé sur l'autel de l'exagération permanente comme mode d'expression. Dommage. La palme revenant à Doudou Masta, affublé des pires lignes de dialogues et les débitant de manière somptueusement amateur. A force de vouloir trop se la jouer «bad-ass», il passe à côté de son rôle, tout comme de sa relation avec son frère dont on en vient à se contrefoutre. Cette direction d'acteurs «hénaurme» finit par occulter le reste.

Economiquement parlant, le film possède un indéniable potentiel mais le sujet et le traitement devraient plutôt constituer un handicap lors de sa carrière en salles mais il pourra sûrement se rattraper avec son exploitation vidéo afin de gagner en audience. De là à savoir s'il sera apprécié, il reste au public de se prononcer sur le long terme… Au final, si le métrage laisse peu de répit au spectateur, LA HORDE est loin d'être sauvage. Peut-être serait-il temps de faire office d'originalité dans le choix du sujet et de son écriture ? Si certains de nos voisins européens y arrivent, pourquoi pas nous ? (Comme dirait Michel Berny). Autant dire que le métrage qui va sortir le film de genre français de l'ornière réservée aux stricts fans n'est pas encore arrivé.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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