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 FILM INFOS

 Titre original

 ALIEN : COVENANT

 Année

 2017

 Nationalité

 Etats-Unis

 Réalisation

 Ridley Scott

 Scénario

 Michael Green
 John Logan
 Jack Paglen

 Acteurs

 Michael Fassbender
 Katherine Waterston
 James Franco
 Noomi Rapace
 Guy Pearce
 Billy Crudup
 Carmen Ejogo
 Danny McBride
 Demián Bichir
 Callie Hernandez
 Jussie Smollett
 Amy Seimetz
 Goran D. Kleut
 Uli Latukefu
 Benjamin Rigby
 Alexander England
 Tess Haubrich
 Matt Scaletti
 Nathaniel Dean

 

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 Teaser

 

 POSTERS

 
 ALIEN : COVENANT

 

MPRIS

Scott, qui fut un ralisateur brillant et original, dcline plus rapidement qu'aucun autre des anciens metteurs en scne de premier plan. Son dernier film est encore un scnario morbide et plein d'invraisemblances dont le hros est un tueur psychopathe et homosexuel. ALIEN: COVENANT a quelque chose de dplaisant. Scott tente dsesprment de nous blouir avec des tours de force techniques et des coups de poing dans l'estomac. Je crains que cela ne soit plus suffisant. Il ne parat plus avoir grand-chose dire?

Photo : ALIEN : COVENANT

Ces quelques lignes assassines rsument peu prs l'opinion gnrale sur le dernier film de Ridley Scott. Elles sont signes Herman G. Weiberg, correspondant amricain pour les Cahiers du cinma? Sauf que Weiberg est mort depuis longtemps. Ce texte a t crit en 1951 et concerne? L'Inconnu du Nord-Express d'Alfred Hitchcock. Nous nous sommes permis de remplacer simplement le nom de Hitchcock par celui de son homologue britannique et, bien sr, le nom du film incrimin. Le propos d'origine est cit dans le remarquable ouvrage d'Antoine de Baecque, La cinphilie (Antoine de Baecque, La cinphilie, Pluriel/Hachette Littrature, 2003, p. 107; le propos de Herman G. Weiberg, est extrait des Cahiers du cinma n6, novembre 1951.). Il sert de preuve charge dans ce qu'il nomme L'affaire Hitchcock, c'est--dire ce moment hroque o les jeunes-Turcs des Cahiers jaunes (Rohmer, Truffaut, Godard, Rivette, Chabrol) durent lutter contre vents et mares pour faire reconnatre l'auteur de SUEURS FROIDES, que l'immense majorit critique considrait alors comme un technicien cynique, doubl d'un money-maker avis (on peut inverser les adjectifs).

Ainsi donc, c'tait possible: on pouvait, en 1951, au moment o Hitchcock atteignait sa plnitude d'artiste, crire des choses pareilles, parler de dclin. On sait ce qu'il en est aujourd'hui. Qui oserait parler ainsi de cet auteur? C'est pourquoi je voudrais en appeler plus de mfiance concernant les critiques acerbes qui tombent rgulirement sur les derniers travaux de Scott et, par contrecoup, sur ses admirateurs.

Avant toute chose, ne jamais oublier que Scott possde une formation de peintre et de graphiste. C'est donc par la forme qu'il s'exprime. Pour lui, l'cran est une toile remplir (ou vider, comme c'est le cas depuis PROMETHEUS en 2012, c'est--dire depuis son association avec le froid chef oprateur Dariusz Wolski, dans une srie de films secs, sur fond de dsert). S'il dessine l'avance tous les plans de son film,ce n'est pas seulement pour communiquer avec son quipe : en ralit, le peintre-graphiste-cinaste ne peut s'empcher de voir le rsultat fini sur la toile de son imaginaire. C'est donc la mise en scne, la matire filmique (le mouvement des corps dans le cadre, les couleurs, l'enchainement des plans, la composition gnrale que forment ceux-ci sur deux heures de projection) qu'il faut juger, et non le scnario et ses incohrences. Aurait-on ide de juger un tableau de Van Goghuniquement sur le thme du mobilier domestique ? Ainsi, l'originalit (ou non) du scnario de l'nime-pisode-de-la-franchise-ALIEN, ne doit pas tre l'enjeu du cinphile. Ce qui compte, c'est de voir comment le cinaste prend ce sujetbateau, impos (comme un peintre s'impose de peindre un vase ou un nu), et le triture, le transforme en une matire personnelle. Disons-le d'emble : pour Scott, il s'est agi de pervertir, de l'intrieur, la sempiternelle demande de la Fox: refaire ALIEN (celui de 1979, savoir, en dollars constants, le plus gros succs de la franchise), encore et encore.

Photo : ALIEN : COVENANT

Pour bien apprcier le travail de Scott sur cet pisode, il faut ainsi dfinir l'impression formelle que le film procure sur notre rtine (et, partant, sur notre esprit), car l est le message. Quelle impression, au sens d'empreinte, ce film laisse-t-il en nous, durant les deux heures de projection ? Celle d'un voyage dans la profondeur, impression accentue videmment par le noir spatial, mais pas seulement: c'est une sensation de lente exploration dans une cavit dnude. Cette cavit, c'est bien sr celle du vaisseau Covenant, fouill de long en large, mais galement la plante exsangue, sans vie, o la camra se love en contre-plonge, ainsi que la ncropole nocturne o nous attend patiemment l'androde David.

Cette solitude glace que l'on ressent tout au long de ALIEN : COVENANT correspond tout d'abord une vision raliste de nos explorations futures. En effet, Scott a toujours t un raliste, mme et surtout quand il imagine l'avenir: avec lui, l'espace sera toujours vide et froid; les exoplantes, mme si elles ont de l'oxygne comme ici, seront certainement invivables. Mais cet isolement inquitant et insondable correspond aussi celui, plus symbolique, de l'esprit. Plus prcisment, il s'agit ici d'un esprit malade, celui de David (Michael Fassbender), personnage complexe qui est notre rfrent visuel (et donc thmatique) pendant deux heures: Scott, ce n'est pas innocent, le place constamment au centre de l'image.Par sa singularit, par son individualit et son calme (en opposition totale l'quipage motif, dsordonn, affol, reprsentant la race humaine), David ouvre le film posment, froidement, il le renouvle en son milieu, avec rsolution (voir son apparition mutique et dtermine sur la plante), puis il le conclut, aussi froidement et posment qu'au dbut. Son empreinte rigide et rpte sur l'cran cre une sensation kafkaenne de boucle, accentue par la prsence d'un autre androde son image, Walter. Effet de miroir (voir leur position symtrique dans la scne de la flte ou lors de leur affrontement final), reflet narcissique, qui amnent, bien sr, une fusion.

En artiste purement visuel, Scott a ainsi construit tout son film sur les motifs du double et de la solitude, motifs aptes traduire, in fine, sa vision pessimiste, nihiliste, du futur de l'Humanit.

ABME

Ainsi, lui est venue l'esprit une ouverture qui synthtise remarquablement ces deux motifs, plaant le mtrage sous le signe de la nvrose et du vertige: avant de commencer l'histoire du vaisseau Covenant, nous faisons en effet une boucle vers le pass, bien avant PROMETHEUS, en assistant la naissance de l'androde David. Ce dernier s'veille dans une pice aseptise et immacule, voquant lointainement un hpital psychiatrique malgr son luxe, le tout sous la surveillance de son crateur Peter Weyland (Guy Pearce). Troubls, nous assistons une mise en abme trange : Scott commence sa suite de PROMETHEUS en se plaant paradoxalement avant PROMETHEUS,faisant presque de ce dernier film un murmure, un flashforward dans un coin de notre tte ! Il fait galement un clin d'œil son chef-d'œuvre BLADE RUNNER (insert sur l'œil effar de l'androde, dcouvrant le paysage terrestre), au premier ALIEN (rveil ouat des voyageurs dans une pice blanche), ses spots publicitaires bourgeois pour le parfum Channel n5 (ennui et solitude de l'lite sur fond de mobilier design) et la campagne virale de PROMETHEUS en 2012, ralise par son fils (fabrication et naissance de David, Peter Weyland dans la force de l'ge); autant d'images enfouies, voire non vues par le grand public. Des images d'initis pour une squence d'initiation, o Weyland teste l'intelligence artificielle et la culture de sa progniture. Voir ce moment o l'androde devine son prnom en dcouvrant, dans l'arrire-fond de cette salle blanche et vide, kubrickienne, la statue du David de Michel-Ange. Une statue magnifique mais froide, intimidante, qui annonce bien sr les surhommes de PROMETHEUS et donne d'emble l'androde des ides mgalomanes de supriorit, de perfection, en concordance totale avec l'esprit fasciste et/ou wagnrien de son pre Peter Weyland. Outre qu'elle souligne le snobisme de ce dernier, son l'amour de l'Art plus que des tres (dfaut qu'il transmettra son fils et que Scott, en lve des Beaux-Arts, ne connat que trop bien), la prsence de cette statue lgendaire suggre avec un humour typiquement britannique, proche de l'absurde, que Michel-Ange (et les sculpteurs grecs bien avant lui) a pu tre influenc, pendant la cration de son chef-d'œuvre, par une sorte d'inconscient collectif, l'empreinte immmoriale de ces anctres, de ces dieux venus nous visiter sur Terre il y a des millnaires. Notons que, autre rfrence dans la rfrence, cette statue est galement un clin d'œil de Scott son quipe artistique de PROMETHEUS (notamment son dcorateur et vieux compre Arthur Max), sachant que c'est cette sculpture qui avait influenc le cinaste pour imaginer le look des ingnieurs.

Photo : ALIEN : COVENANT

En outre, il faut insister sur les premires images que voit l'androde: non pas, comme le rpliquant de BLADE RUNNER, une Los Angeles dcadente, embrase, mais un superbe lac de montagne, la puret, l'azur, soit, quasiment, les images du happy-end impos Scott par les producteurs, lors de la sortie du film en 1982! Or, on le sait, pour le cinaste, ces images heureuses taient fausses, mensongres, en porte--faux avec le reste de sa dystopie, tout comme sont fausses et mensongres les premires images que Weyland donne David: en 2050 (c'est peu prs l'anne o se droule la squence), cette nature merveilleuse ne doit certainement plus exister. David est un tre artificiel et enferm qui, cause de son Big Brother de pre, n'a jamais accs la ralit: il ne voit que des images, un cran de cinma, et se perd dans ses chimres. Une mise en abme de plus, mais cette fois par rapport nous, spectateurs impuissants,qui le regardons regarder? un filmen cran large! Cela annonce et explique le fait que, dans PROMETHEUS, David passe son temps libre visionner en boucle LAWRENCE D'ARABIE : car, comme nous, c'est un cinphile. Mais un cinphile mgalomane. L'œuvre de David Lean (esprons qu'il ne l'ait pas choisie pour le prnom de son metteur en scne!) est la fois son film prfr et son guideexistentiel : l'histoire d'un solitaire blond et misanthrope, ivre de pouvoir et obsd par ce qu'il appelle la propret du dsert, c'est--dire, au fond, dans son esprit tortur, l'absence totale d'hommes... En poussant le jeu des rfrences jusqu' l'absurde (mais encore une fois l'ironie britannique de Scott, la mme que celle de son compatriote Hitchcock, nous y autorise), on peut supposer que David a vu? le premier ALIEN de 1979! Car, en effet, si ce robot cinphile vit dans un monde o le classique de Lean existe, alors pourquoi le classique de Scott n'y existerait pas? Ainsi, ayant vu le premier film, il veut en reproduire le scnario: attirer de pauvres voyageurs vers sa plante perdue, fabriquer un œuf d'Alien, le tester sur Oram (Billy Crudup) pour reproduire le calvaire de Kane (John Hurt) et faire s'affronter la fin, au cœur du vaisseau, le nouveau Xnomorphe et la nouvelle Ripley (Daniels/Katherine Waterston). Notons d'ailleurs qu'il regarde toute la scne? sur un cran! ]...

Le mpris de David pour les tres humains est bien sr explicit dans le dialogue (Je suis immortel, pas vous), mais l encore, observons surtout la mise en scne de cette ouverture et voyons avec quelle ironie Scott filme cet esclavepar rapport son matre : au tout dbut de la squence, le pathtique Peter Weyland entre dans le champ en conqurant, mais il se retrouve vite amoindri, son insu, que ce soit dans les champs-contrechamps qui le mettent rgulirement au fond de l'image ou bien dans ce plan large, remarquable par sa brivet (la fameuse dcouverte de la statue par David), o Scott tablit la chane impitoyable de la Cration : l'imposante statue ( la fois rappel et annonce des Ingnieurs) gauche, David exactement au centre (ce sera, on l'a dit, sa position dans tout le film), et Weyland droite, lgrement plus petit, dsavantag par un effet pervers de perspective? et par le sens de lecture occidental. Par cette construction purement visuelle, Scott nous fait comprendre que l'tre humain, simple erreur de cration aux yeux des Ingnieurs, sera bientt effac par sa propre crature: l'IA; et, par sa position centrale, l'IA va sans doute supplanter les Ingnieurs (ce que confirme le gnocide impitoyable auquel se livre plus tard David).

Cette ide de chane vertigineuse, de choc des perspectives, est inscrit dans l'image, tout au long du film (ainsi de ces minuscules tres humains perdus dans une fort aux troncs monumentaux ou une cit gigantesque). Et ces carts de perspective sont annoncs, comme programms, par cette squence blanche o la taille des plans (et donc des objets qui y figurent) change constamment. A ce titre, seul l'esprit d'un graphiste-peintre pouvait imaginer cette remarquable transition, entre le gros plan nigmatique de David, sur fond blanchtre, et le plan large tnbreux, le plus large qu'on puisse faire, sur le gouffre infini de l'espace, immense toile noire sur laquelle glisse, presque imperceptible en haut de l'image, un petit pointill lumineux: le fragile vaisseau Covenant. Et pour continuer son jeu vertigineux de mise en abme, Scott place en fond sonore, sur ce choc pascalien entre l'infiniment grand et l'infiniment petit, la musique lancinante et sinistre de Jerry Goldsmith pour le film de 1979, voulant sans doute souligner, outre sa volont de remake pervers, que cette fragile colonie humaine se prcipite, comme toutes les autres de la saga, vers un sort funeste, par la faute d'une corporation que l'on devine fasciste. La Compagnie de Weyland cherche en effet s'emparer du pouvoir de la Cration des fins de domination industrielle, militaire et gntique. Mtaphore vidente des nations europennes (pas seulement l'Allemagne) de la fin du XIXe sicle et du dbut du XXe sicle. Et ces cruels dominants ne parviennent, au final, qu' ouvrir la bote de Pandore: dans la saga de science-fiction ALIEN, c'est la future fin de l'humanit; dans notre ralit, ce sont bien sr les deux guerres mondiales (suite logique de la mgalomanie industrielle du XIXe sicle) ou tout simplement la mort des empires glorieux travers les ges (voir la rfrence visuelle Pompi dans le temple des Ingnieurs et la citation du pome de Shelley, Osymandias).

A la fin de PROMETHEUS, influenc sans doute par l'intgrale de Nietzsche incorpore dans sa mmoire, David tue indirectement son Pre/Dieu devenu inutile, en le laissant entre les mains furieuses du Surhomme.Il s'en affranchit avec plaisir, devenant enfin le matre, un dieu lui aussi, mais il garde les traces de son ducation: il est le fils, l'hritier de l'esprit malade de Weyland et, la toute dernire image d'ALIEN : COVENANT, il s'enfonce calmement dans la profondeur aseptise du dcor, les mains derrire le dos, sr de son pouvoir auprs d'tres qu'il juge infrieurs (les colons cryogniss), exactement comme Weyland, au dbut de la squence blanche, arpentait l'espace en prdateur, dans le dos de son bb. Evidemment, avec la musique de Wagner, inspiratrice des nazis, la boucle est boucle.

Photo : ALIEN : COVENANT

Enfant de la Seconde guerre mondiale et du chaos (il est n en 1937), Britannique de surcrot, Scott ne pouvait qu'tre sensible cette thmatique et vouloir dnoncer, de film en film, les horreurs du fascisme. Ce n'est pas un hasard s'il a tenu produire pour la tlvision la clbre uchronie de Philip K. Dick, Le Maitre du haut chteau (1962). Derrire l'ironie qui consiste laisser, dans un monde parallle, la victoire aux fascistes, il ne faut pas se leurrer: il s'agit bien, pour Scott comme pour Dick (mme gnration, mme hantise), de dnoncer ce type de socit.

SOLITUDE

Le motif visuel de la solitude, dont nous parlions plus haut, et qui est inscrit dans chaque plan d'ALIEN : COVENANT, du dbut la fin, ne fait que renforcer cette thmatique de la damnation humaine. Cette obsession de Scott pour la solitude, explore de film en film, depuis ses dbuts il y a quarante ans, renvoie forcment une conception personnelle de l'existence. Nous ne parlons pas ici de la solitude hroque de Christophe Colomb, de Thelma et Louise ou de Robin des Bois (mme si, pour Scott, le choix de ces hros anticonformistes n'est pas un hasard), mais bien de la solitude maladive, morose, presque autiste (la fameuse incommunicabilit), des personnages de DUELLISTES, ALIEN, BLADE RUNNER, KINGDOM OF HEAVEN, LES ASSOCIES, AMERICAN GANGSTER, jusqu'aux dmons solitaires et raffins, maladroitement en qute d'amour, de LEGEND et HANNIBAL, deux films malfiques auxquels renvoient en priorit ALIEN : COVENANT.

Tragdie de la solitude treignant toute crature face au mystre du Crateur, ALIEN : COVENANT est pour Scott un hommage vident au Frankenstein ou le Promthe moderne de Mary Shelley (1818), mais c'est aussi et surtout une variation sur l'une des œuvres inspiratrices du Romantisme britannique(auquel appartient les Shelley et dont Scott est le lointain hritier cinmatographique) : le grandiose Paradis perdu (1667) de John Milton. David est bien le Luciferdu futur : ds sa naissance, il est nimb de blanc et sige ct de son Crateur (Weyland), pour aussitt le remettre en doute, et, lors de sa rapparition au milieu du film, il porte la lumire aux humains (ce qui signifie Lucifer en latin), pour mieux les perdre. Ce mythe judo-chrtien de l'Ange dchu trouve sans doute son inspiration dans le mythe grec de? Promthe, le titan qui dfia Zeus, le dieu des dieux. Il lui vola le Feu sacr pour le transmettre aux hommes, nous donnant ainsi un certain pouvoir, mais nous confrant aussi son orgueil, sa rbellion. Promthe fut bien sr sadiquement chti pour ce vol, tortur dans une solitude ternelle, comme Lucifer, le plus dou des anges, fut banni en Enfer par Dieu pour avoir os remettre en question son pouvoir.

Photo : ALIEN : COVENANT

Pour David, et dans l'œil fou du crateur de LEGEND, la ncropole des Ingnieurs devient donc Pandmonium, l'antre de Satan, dans une srie d'images tnbreuses inspires par les fresques noires de John Martin et Gustave Dor. Cette cit malfique d'ALIEN : COVENANT est bien le centre du film, son creuset, occasionnant une vritable exploration de l'Enfer (saisissante image de la tte dcapite, gisant dans la fontaine). Mais les extrmits du rcit sont galement places sous le signe de la dsolation: dans le premier tiers, c'est la naissance amre de David, l'veil douloureux du Covenant et l'exploration dsastreuse de la plante morte ; dans le dernier tiers, le combat dsespr de Daniels contre le Xnomorphe et la mort annonce des hiberns. Dans cette partie centrale surgit galement une rfrence L'Ile des morts (1886) de Bcklin (rfrence peu courante pour un blockbuster, vous en conviendrez). Ce tableau est d'ailleurs reproduit au dtail prs dans le film, grande chelle, en nature? morte. Il est probable que ce dcor ne soit pas l'œuvre des Ingnieurs mais de David, amateur d'art misanthrope, l'instar d'Hannibal Lecter, et tout aussi maniaque que lui: il a sans doute construit le tombeau d'Elizabeth Shaw en hommage Bcklin, par pur got du Beau? et pour s'occuper tout au long de ces dix ans de solitude!...

Cet isolement forc, qui renvoie celui de Robinson Cruso (autre rfrence l'imaginaire bourgeois de la fin du XVIIIe sicle et du XIXe, dont le film est rempli) claire d'ailleurs d'un jour nouveau la prcdente incursion de Scott dans le futur: SEUL SUR MARS. Jusqu' prsent, on pouvait juger ce dernier film comme un lot d'optimisme aprs une srie de film amers (CARTEL, EXODUS), hants par la mort du frre, du double artistique, Tony Scott. Mais bien y regarder, que raconte SEUL SUR MARS, si ce n'est le sauvetage fantasmatique, impossible dans la ralit, d'un tre cher dj pass dans l'au-del, dans le monde des Morts? Pour Scott, la plante rouge apparat bel et bien, encore une fois, comme une variation des enfers ( la remarqueque lui fit un journaliste pendant la promotion du film : Pour une fois, il n'y a pas de monstre dans Seul sur Mars, Ridley Scott rpondit savoureusement: La plante EST le monstre.]. Avec ce film faussement positif, le cinaste, moderne Orphe, russit donc, pour une seule et unique fois, ramener son frre, prisonnier de l'Autre Monde, comme Jack (Tom Cruise) parvenait ramener Lili (Mia Sara) de Pandmonium. Mais au prix de quelles souffranceset pour quel phmre rsultat?...

Toutes ces rfrences artistiques et mythologiques, qui innervent en profondeur ALIEN : COVENANT, ne sont pas gratuites: elles refltent compltement la perception schizophrne du personnage principal, David, partag entre son statut de domestique et ses capacits intellectuelles suprieures, un cerveau (artificiel) dchir, ne supportant pas la ralit, c'est--dire la servilit mdiocre qu'on lui impose, et prfrant s'enivrer dans la puret de l'art. Nul doute que Scott, lve des Beaux-arts, esclave consentant des botiens d'Hollywood, s'est dangereusement identifi avec cet artiste solitaire et nvros, tout en dnonant sa cruaut et sa folie des grandeurs.

Claude Monnier

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