Header Critique : ETRANGLEUR DE BOSTON, L' (THE BOSTON STRANGLER)

Critique du film et du DVD Zone 2
L'ETRANGLEUR DE BOSTON 1968

THE BOSTON STRANGLER 

A partir de 1960, l'année de PSYCHOSE et LE VOYEUR, les films mettant en scène des tueurs détraqués sont à la mode. Tout le monde y va de son psychopathe, que ce soit la Hammer (PARANOÏAQUE...), l'Italie (LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP de Mario Bava...), la France (LE VAMPIRE DE DÜSSELDORF de Robert Hossein...), l'Allemagne (LE FANTÔME DE SOHO...)... Le producteur Robert Fryer et le réalisateur Richard Fleischer (qui venait d'enchaîner LE VOYAGE FANTASTIQUE et L'EXTRAVAGANT DR. DOLITTLE) décident alors de transposer au cinéma l'histoire d'un vrai maniaque, Albert DeSalvo, présumé être "l'étrangleur de Boston", assassin de treize femmes entre 1962 et 1964.

Basé sur un livre du biographe Gerold Frank, on confie l'écriture de ce film à Terence Rattigan, un célèbre dramaturge anglais, mais celui-ci livre un scénario de comédie qui déçoit ses commanditaires, lesquels lui retirent le projet pour le confier à Edward Anhalt. En guise de vedettes, le film réunit Henry Fonda, alors encore une immense star (la même année que L'ÉTRANGLEUR DE BOSTON, il joue dans quatre autres films, dont IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L'OUEST) et Tony Curtis. Ce dernier, dont la carrière était sur la pente descendante, particulièrement depuis le milieu des années 1960, s'éloigne ainsi de ses rôles de jeunes premiers et de bons vivants (SPARTACUS, CERTAINS L'AIMENT CHAUD...) avec lesquels il avait bâti sa réputation.

En 1962, la police tente d'élucider une série de crimes se déroulant à Boston, crimes commis par un sadique qui brutalise et étrangle des vieilles dames. Suite à la psychose qui s'abat sur la ville et l'absence de résultat de l'enquête, il est décidé de créer un bureau spécialement dédié à cette affaire, bureau dont on confie la direction à John S. Bottomly. Malgré la mobilisation des forces de police, rien n'y fait, Albert DeSalvo, l'étrangleur de Boston, continue à tuer impunément...

D'autres classiques du genre avaient déjà été inspirés par des faits divers célèbres, comme les crimes de Jack l'éventreur, LE VAMPIRE DE DÜSSELDORF ou encore Ed Gein, modèle du Norman Bates de PSYCHOSE, mais L'ÉTRANGLEUR DE BOSTON pousse le bouchon plus loin en transposant une affaire très récente (les crimes ont été commis entre 1962 et 1964, et le procès de DeSalvo s'est ouvert en 1967) et en adoptant un ton réaliste, s'éloignant du cinéma d'épouvante. Toutefois, et contrairement à ce que pourrait laisser penser les textes placés au début et à la fin du métrage, le scénario ne transpose pas cette affaire avec une exactitude irréprochable.

Ainsi, DeSalvo n'a pas été repéré après une tentative d'assassinat raté. Il avait cessé par lui-même ses assassinats au début 1964, se "contentant" de ne plus être qu'un brutal violeur en série durant les neuf mois suivants. Puis, il a été arrêté pour agression en 1965, et a avoué à son voisin de cellule être l'"étrangleur de Boston". Par conséquent, il a bien été interrogé par Bottomly au cours de l'année 1965, dans des interrogatoires qui ont établi qu'il était bien le tueur. Toutefois ces échanges, suite à un accord entre les enquêteurs et DeSalvo, ne pouvaient pas être utilisés comme preuve contre lui, ce qui ne l'empêche pas d'être condamné à la prison à vie pour de nombreux viols. Il meurt poignardé dans sa cellule en 1973.

Une grande part de l'originalité de L'ÉTRANGLEUR DE BOSTON provient de son approche documentaire d'un tel thriller : la caméra portée à l'épaule est abondamment utilisée, le film n'a pas de véritable musique originale en tant que telle, de nombreux extraits (réels ou fabriqués) d'actualités télévisés sont insérés dans le métrage... Enfin, le film ne rechigne devant aucun détail salace (la description des "pervers sexuels", ou assimilés comme tels par la police) ou sordide (les divers objets utilisés par DeSalvo pour violer ses victimes).

L'usage fréquent du split screen, technique consistant à séparer l'écran en plusieurs "écrans" juxtaposés, fait la célébrité de L'ÉTRANGLEUR DE BOSTON. Ayant découvert cette technique à l'Exposition Universelle de Montréal, en 1967, Fleischer l'emploie essentiellement dans les scènes à suspens, comme les découvertes des cadavres, les agressions ou les poursuites. Proposant une alternative au montage classique, elle modifie la notion de montage classique en ce qu'elle permet au spectateur de "faire son montage" lui-même, en faisant passer son regard d'un cadre à l'autre. Si ce procédé un peu artificiel paraît en contradiction avec l'aspect réaliste de L'ÉTRANGLEUR DE BOSTON, il se justifie, pourtant, par son choix de jouer sur la diversité des points de vue.

A trois occasions, le métrage change diamétralement de point de vue : on suit d'abord les policiers et leurs techniques d'enquête classiques ; puis on adopte le point de vue de Bottomly, un fonctionnaire dont la spécialité est bien éloignée du crime, mais auquel on confie pourtant cette affaire ; enfin, le métrage se place aux côté de DeSalvo. Cette notion est encore approfondie lorsqu'on nous révèle que ce dernier est en fait victime d'un dédoublement de personnalité aggravé. Alors que la police cherche en vain le tueur parmi les détraqués et les marginaux, la troisième partie du film (celle dédiée à DeSalvo) s'ouvre sur un plan-séquence nous révélant que le tueur est un bon père de famille, entouré de sa femme et de ses enfants, et un bon américain, ému par les funérailles de John F. Kennedy diffusées à la télévision.

Ces changements de ton amènent toutefois des faiblesses dans la structure du film. Si l'enquête policière privilégie la peinture d'une ville en pleine psychose, peuplée de personnages insolites, elle tend un peu à traîner sur des détails amusants (la scène du médium, qui repose sur une anecdote authentique), ce qui ralentit l'action, tout en rendant avec exactitude les difficultés de la police. Les séquences consacrées à l'assassin, de leurs côtés, souffrent d'une certaine lourdeur démonstrative dans la description de ses maux psychologiques, lourdeur heureusement allégée par l'interprétation époustouflante du tandem Fonda-Curtis et une mise une scène extrêmement inventive.

Par l'ambition de sa forme et la modernité de son ton, L'ÉTRANGLEUR DE BOSTON est un film à part dans la grande famille des descendants de M LE MAUDIT. Il connaît un gros succès à sa sortie, et relance notamment la carrière de Tony Curtis. En DVD, il sort d'abord en Europe, et notamment en France où il est distribué par la FOX. Un DVD américain (zone 1, NTSC), au contenu a priori proche, devrait sortir en septembre.

Sur ce DVD français, L'ÉTRANGLEUR DE BOSTON est restitué avec son cadrage 2.35 d'origine (avec 16/9), dans un transfert qui n'est pas toujours impeccable. On remarque facilement un léger souci de fixité, quelques contrastes manquant de profondeur ou une granulation parfois forte, même sur des plans non truqués. En plus, la compression peut être sensible, particulièrement dans les noirs. Tout cela n'est pas dramatique, et le film reste largement regardable, notamment grâce à de belles couleurs et à une copie dans un état globalement excellent.

La bande-son peut-être consultée dans ses doublages français, italien, allemand et espagnol, en mono d'origine, avec des qualités acceptables. La piste originale anglaise est proposée dans un remix stéréo, la plupart des effets consistant à répartir les sources virtuelles en fonction du placement des cadres sur l'écran au cours des séquences de split screen. Le résultat est très intéressant, mais il est dommage que les timbres sonnent un peu trop "durs". Les plus puristes regretteront l'absence de la piste originale anglaise mono.

Dénué de supplément, ce DVD n'est peut-être pas totalement à la hauteur de ce qu'on aurait pu attendre pour ce classique du thriller, mais il permet de consulter L'ÉTRANGLEUR DE BOSTON dans de bonnes conditions techniques, et à un prix de lancement raisonnable.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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L'édition vidéo
THE BOSTON STRANGLER DVD Zone 2 (France)
Editeur
Support
DVD (Double couche)
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h50
Image
2.35 (16/9)
Audio
English Dolby Digital Stéréo
Francais Dolby Digital Mono
German Dolby Digital Mono
Italian Dolby Digital Mono
Spanish Dolby Digital Mono
Sous-titrage
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