Header Critique : RETURN OF GODZILLA, THE (GOJIRA)

Critique du film et du DVD Zone 2
THE RETURN OF GODZILLA 1984

GOJIRA 

Après le naufrage d'un navire, le seul survivant est mis au secret par le gouvernement japonais. Un journaliste enquête sur cette histoire alors qu'un sous-marin nucléaire russe vient à disparaître…

La Toho délaisse le personnage de Godzilla à l'issue des MONSTRES DU CONTINENT PERDU. Les tentatives pour transformer Godzilla en héros dans des films à destination d'un public jeune se soldent par des échecs commerciaux, alors que les recettes étaient justement le but de ces changements. Ce ne sont pas GODZILLA CONTRE MECANIK MONSTER et LES MONSTRES DU CONTINENT PERDU, qui essaient de retrouver un côté plus sérieux par rapport aux aventures de GODZILLA 80, qui changeront cette donne ! Le monstre géant atomique ne rapporte pas autant que la Toho l'espère et les idées de génie manquent cruellement pour donner une suite à la série ! Ce qui provoque la fin de la première période de Godzilla, qui aura duré entre 1954 et 1975.

Pourtant, il ne faut pas croire que le fantôme de Godzilla ne continue pas de hanter la Toho ou même les Etats-Unis, jusqu'au grand retour du personnage sur les écrans japonais en 1984. Durant toute cette période, des titres sont pourtant annoncés par la Toho tels un SPACE GODZILLA, qui se concrétisera au moins sous son titre dans les années 90, ou un GODZILLA VS THE DEVIL qui aurait placé le diable face à Godzilla, ni plus ni moins. Des idées sans suite comme les propositions des Américains auprès des Japonais en vue de produire THE RESURRECTION OF GODZILLA ou GODZILLA VS GARGANTUA. Aucun de ces projets ne se concrétisera et Tomoyuki Tanaka, producteur de la série depuis les débuts, cherche tout de même le bon sujet en vue de raviver la flamme atomique !

Pendant ce temps, la Toho cède tout de même la licence de Godzilla à la Marvel Comics qui entreprend l'adaptation sous forme de bande dessinée du monstre géant. Toutefois, en dehors de Godzilla, aucun autre personnage connu des films japonais ne vient faire son apparition, tout simplement parce que la Marvel n'a obtenu que les droits du personnage principal ! A partir de 1977, les aventures de Godzilla paraissent donc dans les kiosques américains avec parfois l'apparition de super héros connus. Néanmoins, cette adaptation dessinée prend fin sous l'impulsion de la Toho alors que de toute façon le titre ne fait pas tellement recette pour Marvel. Dans le même temps, les studios Hanna Barbera produisent une adaptation sous forme de dessin animé pour la chaîne de télévision NBC. Le personnage y est profondément modifié et cette série prend fin assez rapidement.

Persistants, ce sont toujours les Américains qui tentent de ramener à la vie le personnage. Au début des années 80, la mode est alors aux films en 3D. Steve Miner qui vient de terminer MEURTRES EN TROIS DIMENSIONS, seconde suite de VENDREDI 13, se lance dans l'idée de produire et réaliser un GODZILLA : KING OF THE MONSTERS IN 3D. Un projet pour lequel il engage Fred Dekker lequel accouche d'un scénario aux intentions éloignés du personnage d'origine, puisque le scénariste expliquait lui-même ne pas connaître Godzilla plus que cela. Le réalisateur ne s'arrête pas là puisqu'il fait aussi travailler William Stout sur le design et approche Rick Baker pour réaliser les effets spéciaux, ce dernier ayant réalisé quelques années plus tôt le costume du KING KONG de John Guillermin. La Toho donne son feu vert tout comme le producteur Henry Saperstein. Mais le projet déraille lorsque Steve Miner annonce les besoins de 25 à 30 millions de dollars ce qui paraît une somme inconcevable pour les investisseurs américains qui voient dans Godzilla un produit enfantin ! L'idée d'un Godzilla américain se voit ainsi enterrée jusqu'à de nouveaux soubresauts au début des années 90.

L'idée qu'attendait, Tomoyuki Tanaka n'est pas exceptionnellement lumineuse, puisque pour relancer la franchise, il n'aura suffit que d'un seul événement n'ayant à vrai dire rien à voir avec le scénario du film. En effet, c'est à l'occasion du trentième anniversaire de la naissance du personnage que la machine est relancée pour un film qui sera nommé sobrement GODZILLA. Pour marquer le coup, la production désire rappeler les personnalités associées au succès du film original. Inoshiro Honda est contacté pour prendre le contrôle du film mais le réalisateur japonais décline l'offre car il travaille alors sur des projets d'Akira Kurosawa mais aussi un peu en raison des conflits rencontrés sur le tournage des MONSTRES DU CONTINENT PERDU. De la même façon, dans l'idée de ramener les forces du monstre géant original, le compositeur Akira Ifukube est appelé pour réaliser la musique du film. Sceptique quant au sérieux de l'entreprise, il refuse avec une boutade prétextant qu'il ne compose pas de musique pour des monstres de 80 mètres de haut. Le changement de taille de Godzilla fait partie des innovations du film. La hauteur du monstre géant passe de 50 à 80 mètres. Un choix dicté par le profond changement dans l'architecture des villes japonaises durant les trente années écoulées. La Toho débloque un budget de 6 millions de dollars pour un lancement dans les salles japonaises à la fin de l'année 1984.

Profitant de la date anniversaire, GODZILLA retourne très largement aux sources du film original. La décontraction et la légéreté sont mis au rencard et l'on retrouve un monstre géant qui symbolise la menace nucléaire dans tout ce qu'elle a de plus dangereux et menaçant. Le réalisateur Kohji Hashimoto prend la même direction de mise en scène que celle utilisée par Inoshiro Honda en 1954. Le nouveau film a ainsi tout d'un remake avec cette approche souvent documentaire dans la façon où les faits sont relatés. Mais en trente ans, le monde a évolué et ce nouveau Godzilla ne pouvait seulement se placer à une échelle japonaise car un monstre géant susciterait forcement les réactions des autres puissances mondiales. Godzilla représente toujours la menace atomique mais il faut à présent compter sur la possibilité de bêtes incidents nucléaires. Le film ne juge pas l'Union Soviétique ni les Etats-Unis avec d'un côté les bons et les méchants, le scénario de Shuichi Nagahara aurait plutôt tendance à mettre les deux camps dans le même sac. Les uns et les autres ne voient à vrai dire aucun inconvénient à atomiser le Japon, plus pour tester leurs propres arsenaux en condition réelle que pour sauver le pays du Soleil levant de la menace du monstre géant.

Il est intéressant de constater au passage que de nombreuses idées du Godzilla de 1984 ont été empruntées au scénario écrit par Fred Dekker pour le GODZILLA : KING OF THE MONSTERS IN 3D dont la Toho a sûrement eu la possibilité de jeter un œil ne serait-ce que pour en accepter le contenu au moment de la production avortée du film de Steve Miner. Une partie du fond politique ainsi que la présence d'une plate-forme nucléaire en orbite ou l'utilisation de projectiles anti-nucléaires au cadmium faisaient partie des ressorts dramatiques du script américain avant d'apparaître dans ce Godzilla. Les films catastrophe américains des années 70, particulièrement TREMBLEMENT DE TERRE, ont manifestement eu une influence sur le film comme certaines scènes le laissent supposer.

Et puisqu'on parle des Américains, les éventuels distributeurs pour les Etats-Unis seront refroidis par l'énorme somme d'argent que demande la Toho pour que le film puisse sortir dans les salles de cinéma américaines. Pendant ce temps, le film sort en Angleterre sous le titre de THE RETURN OF GODZILLA. Le même qui est d'ailleurs utilisé pour cette sortie française en DVD et qui est un bon moyen de différencier le film avec le GODZILLA original. Au bout d'un an, les tractations n'ont toujours pas abouti aux Etats-Unis et les gros studios ne s'intéressent plus au film (Paramount…). C'est finalement la New World qui en récupère les droits pour la misérable somme de 500.000 dollars (dix fois moins que ce que la Toho voulait obtenir à l'origine).

Les pontes de la New World qui sont à ce moment-là en mauvaise posture financière décident de risquer le tout pour le tout avec ce film. Ils engagent Lisa Tomei pour écrire une nouvelle version qui permettrait de donner une direction plus américaine au film, tout en y ajoutant le personnage interprété par Raymond Burr. Celui-ci avait été ajouté à la version américaine du premier Godzilla et il sera donc inclus une nouvelle fois dans le film. Le film est remonté et comprend de nouvelles séquences où l'on peut voir Raymond Burr suivre l'action à partir d'une salle de commandement aux Etats-Unis. Au passage, la musique est modifiée et inclut de nouveaux passages composés par Christopher Young. Enfin, le film est diffusé dans les salles précédé d'un court-métrage datant de 1969 : BAMBI MEETS GODZILLA. Re-titré GODZILLA 85, le film loupe l'anniversaire original ainsi que celui de la sortie américaine (1956) ce qui n'empêche pas la New World d'utiliser cet argument dans sa publicité. Ce sera une bonne affaire, non pas dans les salles de cinéma, mais lors de son exploitation vidéo puisque la cassette rapporte pas mal d'argent et permet à la New World de se renflouer temporairement tout en rapportant bien plus que ce qui était espéré ! En France, c'est directement en vidéo que sera exploité bien plus tard le film sous le titre du RETOUR DE GODZILLA. Ce qui s'avère gênant puisque la première suite au film original portait déjà ce titre.

En dehors de l'architecture du Japon et des conditions géopolitiques qui ont grandement évolué, il n'y a pas de profonds changements dans le film de Kohji Hashimoto par rapport à celui de Inoshiro Honda. THE RETURN OF GODZILLA démarre donc la seconde période de Godzilla qui prendra fin avec GODZILLA VS DESTOROYAH après GODZILLA VS BIOLLANTE, GODZILLA VS KING GHIDORAH, GODZILLA VS MECHAGODZILLA II, GODZILLA & MOSURA : THE BATTLE FOR EARTH et GODZILLA VS SPACE GODZILLA. Mais cette fois, Godzilla ne goûtera pas à un repos de longue durée et reviendra assez vite, une première fois avec le film américain de Roland Emmerich puis pour une troisième série qui débute avec un opportuniste GODZILLA MILLENIUM en 1999.

Durant les trente années écoulées, les techniques d'effets spéciaux se sont améliorées mais cela n'empêche pas la série de continuer à utiliser la technique du «suit-motion» (un homme dans un costume). Quoi que l'on puisse en penser, les séquences de destruction sont le plus souvent spectaculaires ! Couplé à un scénario qui se veut très sérieux, ce premier opus d'une nouvelle série de films est une réussite. Pourtant, s'il démarre une nouvelle série, ce Godzilla prend le parti d'ignorer tous les films qui l'ont précédé pour se relier essentiellement au métrage original. THE RETURN OF GODZILLA, bien que contenant quelques lenteurs, est un excellent point de départ et donne le ton pour les films qui vont suivre.

Même s'il existe une version américaine remontée et dont la musique a été modifiée, cette édition DVD de THE RETURN OF GODZILLA joue la carte du respect de l'œuvre originale. Le montage est bien celui de la version japonaise du film où Raymond Burr ne vient pas vaguement commenter l'action et les Russes ne déclenchent pas d'eux même le lancement d'un missile nucléaire. La copie du film qui est présentée sur le DVD est de bonne facture et dispose même du 16/9. Il y a tout de même quelques petits soucis, des contrastes pas toujours au point par exemple ou de rares fois où l'on peut voir apparaître des trames, mais rien qui ne soit à même de gâcher le plaisir de voir le film surtout que la compression est plutôt bien maîtrisée. La copie utilisée provient du Japon et les dialogues en anglais ou en russe sont agrémentés de sous-titrages japonais.

Annoncée en stéréo, la piste sonore originale en japonais est en surround. La bande-son y gagne en profondeur et quelques-unes des séquences les plus spectaculaires donnent lieu à des effets d'ambiance de bonne tenue. Cela reste toutefois un peu brut et sommaire si l'on essaye de comparer ce type de piste sonore avec une autre mixée en Dolby Digital 5.1 ou en DTS. Mais cela n'aurait rien de judicieux puisqu'il ne s'agit finalement ici que du reflet du mixage original.

Comme seul supplément, THE RETURN OF GODZILLA se voit adjoindre un autre film de la seconde série mettant en scène le monstre géant. Largement moins réussi, la présence d'un deuxième DVD avec GODZILLA VS SPACE GODZILLA vendu avec celui de THE RETURN OF GODZILLA est la possibilité de découvrir ce métrage à moindre frais. Les deux disques sont ainsi vendus environ au prix d'un seul film à l'intérieur d'un très joli digipack. Toutefois, cela ne remplace pas d'éventuels suppléments qui auraient permis au public français de découvrir un peu mieux Godzilla et sa seconde série de films.

Rédacteur : Christophe Lemonnier
Photo Christophe Lemonnier
Ancien journaliste professionnel dans le domaine de la presse spécialisée où il a oeuvré durant plus de 15 ans sous le pseudonyme "Arioch", il est cofondateur de DeVilDead, site d'information monté en l’an 2000. Faute de temps, en 2014, il a été obligé de s'éloigner du site pour n'y collaborer, à présent, que de manière très sporadique. Et, incognito, il a signé de nombreuses chroniques sous le pseudonyme de Antoine Rigaud ici-même.
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L'édition vidéo
GOJIRA DVD Zone 2 (France)
Editeur
Aventi
Support
2 DVD
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h46
Image
1.85 (16/9)
Audio
Japanese Dolby Digital Stéréo Surround
Sous-titrage
  • Français
  • Supplements
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