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Critique du film
ETERNELS, LES 2020

ETERNALS 

La réalisatrice chinoise Chloé Zhao effectue ses études d'audiovisuel en Grande-Bretagne, puis aux États-Unis, avant d'y tourner LES CHANSONS QUE MES FRÈRES M'ONT APPRISES consacré au parcours d'amérindiens contemporains. Elle poursuit ce sillon avec THE RIDER, très beau film mêlant documentaire et fiction pour dépeindre le quotidien de cow-boys d'aujourd'hui. En 2020, la consécration est complète avec NOMADLAND, racontant le parcours d'une femme sans logement, toujours dans l'Amérique d'aujourd'hui : ce métrage recueille le Lion d'Or à Venise, le Golden Globe du Meilleur Long Métrage et l'Oscar du Meilleur Film !

En parallèle à ce titre, Chloé Zhao se retrouve aux manettes d'un projet totalement différent : LES ÉTERNELS du studio Marvel. Après la fin du cycle amorcé par IRON MAN en 2008 et clos par AVENGERS: ENDGAME en 2019, cette firme doit rebondir. La pause qu'elle effectue alors coïncide avec l'épidémie de Covid-19, accompagnée de l'apparition de nouveaux services de streaming pour le petit écran, dont Disney +, qui bousculent la distribution de films de cinéma.

De ces circonstances chaotiques émerge BLACK WIDOW, premier long-métrage consacré à la Veuve Noire, arrivé trop tard chronologiquement (le personnage disparaît dans le film antérieur AVENGERS: ENDGAME) et sociologiquement (Disney ayant longtemps avancé qu'un long-métrage dédié à une super-héroïne serait voué à l'échec commercial – ce qu'a démenti WONDER WOMAN en 2017). Distribué simultanément en salle et en streaming sur le marché américain, ce film très moyen connaît un relatif échec commercial.

Arrive SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX, sorti avec 10 semaines d'avance sur son passage en streaming, ce qui lui permet une carrière correcte au box-office américain, bien que loin des triomphes antérieurs de titres comparables comme CAPTAIN MARVEL ou BLACK PANTHER.

Arrive donc LES ÉTERNELS, gros projet et nouveau film de groupe, marchant sur les traces intimidantes de X-MEN, LES GARDIENS DE LA GALAXIE et autres THE AVENGERS. Il réunit une équipe d'acteurs comprenant des vedettes comme Angelina Jolie ou Salma Hayek, ainsi que des célébrités du petit écran comme les exilés de « GAME OF THRONES » Richard Madden et, dans un petit rôle, Kit Harington. Outre d'autres comédiens habitués aux seconds rôles et à la télévision, comme Gemma Chan ou Kumail Nanjiani, nous trouvons Don Lee, vedette du cinéma coréen dont nous nous rappelons les performances mémorables dans DERNIER TRAIN POUR BUSAN ou LE GANGSTER, LE FLIC ET L'ASSASSIN !

Extraterrestres venus de la planète Olympia, les Éternels arpentent la Terre depuis des millénaires. Envoyés par les puissants Célestes, leur mission consiste à neutraliser les Déviants, super-prédateurs d'outre-espace susceptibles d'annihiler l'humanité. Une fois ceux-ci détruits, nos super-héros se séparent dans l'attente de leur prochaine mission. De nos jours, ils constatent le retour inattendu des Déviants...

Depuis plus de vingt ans, les studios adaptant des Comics Marvel ont déjà écumé les plus célèbres super-héros de cet éditeur. Les Iron Man, Spider-Man, X-Man, Thor, Captain America et autres 4 Fantastiques se sont vus servis plus qu'à leur tour. Arrivent ensuite des personnages de notoriété moindre, comme Black Panther, voire carrément mineure pour les lecteurs français avec Shang-Chi ou maintenant les Éternels. Les aventures de ces super-héros cosmiques, signées Jack Kirby, datent de la seconde moitié des années soixante-dix et sont fugitivement diffusées en France les années suivantes. Ils refont surface sous d'autres plumes plus tard, notamment sous celles prestigieuses de Neil Gaiman et John Romita Jr.

En créant les Éternels, Kirby reprend des éléments ayant fait ses succès chez Marvel dans les années soixante. D'une part, cette saga spatiale grandiose se joue à l'échelle cosmique, comme à l'apogée des « 4 fantastiques » lorsque se croisaient Galactus et autres Inhumains. D'autre part, il y rattache son goût marqué pour les mythologies, goût particulièrement exploité dans les aventures de « Thor » et de sa saga cousine « Tales of Asgard ». Si les Éternels sont des extraterrestres, ils se trouvent aussi liés aux mythes terriens anciens. Leurs noms renvoient à des légendes et divinités que leurs exploits ont inspiré : Sersi est devenue la sorcière Circé de l'Odyssée, la guerrière Thena la déesse grecque Athéna, le colosse Gilgamesh incorpore la panthéon mésopotamien, l'homme volant Ikaris inspire Icare, Phastos qui maîtrise les sciences et les inventions sera Héphaïstos...

LES ÉTERNELS raconte ses événements sur plusieurs milliers d'années d'histoire humaine. Sa narration, loin d'être linéaire et simple, nous fait voyager dans le temps et le cosmos, déroulant ses péripéties à Babylone, en Inde ou dans le royaume des Aztèques. Les Éternels y incarnent l'archétype du héros tueur de monstres, du chevalier pourfendeur de Dragons. Cette mythologie ample se déploie en profondeur. Son récit est trompeur. Même les Éternels se fourvoient quant à leur place dans l'ordre des choses. Adoptant le décor intersidéral des aventures d'un Surfeur d'Argent, LES ÉTERNELS rappelle qu'à l'échelle de l'Univers, la naissance et la fin de l'humanité sont négligeables, ne constituant qu'un seul des multiples engrenages d'un cycle la dépassant. Ce qui renvoie de nouveau aux aventures de Galactus et de son héraut susmentionné. Et aussi, de manière transversale, à MATRIX !

Pour illustrer son propos, LES ÉTERNELS égraine des séquences cosmiques grandioses, parfois lisibles uniquement sur un très grand écran de cinéma comme les entrevues entre les Éternels et les gigantesques Célestes. La vision sidérale et sidérante de la naissance d'un Céleste constitue un plan de cinéma hors du commun. Autres éléments démontrant un métrage taillé pour le grand écran : ses séquences d'action le plus souvent nocturnes donnent tout leur effet uniquement dans les salles obscures.

Si la saga des Avengers se déroule surtout dans un monde scientifique et contemporain, en particulier au travers de personnages comme Hulk, Iron Man et de tout ce qui tourne autour du S.H.I.E.L.D., LES ÉTERNELS  adopte une atmosphère plus méditative, moins citadine. Aucune scène majeure ne se déroule dans une grande ville américaine. Le décor le plus urbain est le pittoresque Camden Market de Londres, saisi dans la nuit et la brume. Le reste de l'action nous emmène dans des lieux naturels sauvages, comme la jungle amazonienne ou le Far-West américain.

Par ses thèmes, ses personnages de demi-dieux, les lieux qu'il explore, son ton apaisé mais aussi mélancolique, LES ÉTERNELS marie spectacle de grande envergure et regard humain. Film de groupe, il met en scène des personnages peu ou pas connus du grand public. Il prend le temps d'exposer chacun d'entre eux, ses motivations, ses plans. Certains ressentent de l'empathie pour l'humanité comme Phastos ou Sersi. D'autres, comme Sprite, la jalousent. Quelques uns préfèrent vivre à sa marge comme Gilgamesh ou Thena. Tandis que certains comme Kingo, devenu vedette de cinéma, s'y trouvent comme un poisson dans l'eau ! D'autres enfin portent le lourd secret du dessein réel des Célestes pour les  Éternels...

Les scènes d'action ne sont pas envahissantes, il n'y en a en fait que deux vraiment majeures, la première constituant un combat nocturne au fond de la jungle avec les terribles Déviants, monstres servis par des effets spéciaux réussis. Elle illustre avec créativité les divers super-pouvoirs de nos demi-dieux spatiaux. La seconde, dénouement grandiose du récit, se déroule aux abords d'une île volcanique sur fond de cataclysme planétaire, pour un spectacle là aussi ample, relativement original et ne perdant jamais de vue l'élément humain et les motivations de chacun de ses participants.

Avec tous ces points positifs, sa direction d'acteurs réussie, son envergure convaincante, LES ÉTERNELS constitue un beau retour en forme pour le cinéma Marvel. Cependant, il n'échappe pas à certains de ses défauts, à commencer par l'introduction parfois forcée d'éléments humoristiques, comme le valet de Kingo, vecteur de gags et de répliques pas toujours bien amenées – sans pour autant glisser aussi loin qu'un SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX constamment parasité par le personnage de la meilleure amie du héros. Quant à la durée de plus de deux heures et demi, elle s'avère justifiée à la fois par le rythme posé du métrage et par sa densité en personnages et en événements. Mais elle se fait aussi parfois sentir.

Ces réserves sont toutefois relatives et ne retirent que peu à la réussite réelle que constitue LES ÉTERNELS, spectacle cosmique, tragique, à l'ampleur spectaculaire et galactique, mais aussi au ton humain et mystique. Il constitue une vraie singularité, un souffle de renouvellement et de fraîcheur bienvenu dans l'univers du cinéma de super-héros.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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