Header Critique : Shang-Chi et la Légende des dix Anneaux (Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings)

Critique du film
SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX 2021

SHANG-CHI AND THE LEGEND OF THE TEN RINGS 

Shang-Chi, jeune immigré chinois installé à San Francisco, se la coule douce avec ses amis, vivotant de petits jobs sans se soucier de l'avenir. Sa vie va basculer lorsqu'il reçoit une carte postale de sa sœur dont il est séparée depuis des années et qui vit à Macao. En effet, le même jour, une bande de malfaiteurs l'agressent et lui volent un médaillon de jade offert par sa défunte mère. Shang-Chi part alors pour l'Asie, décidé à se confronter aux spectres de son passé. Et parmi eux, à son père, Xu Wenwu, dirigeant d'une confrérie malfaisante rayonnant depuis la Chine...

Si on nous avait dit il y a plus de vingt ans que Tony Leung et Michelle Yeoh se croiseraient dans les aventures d'un héros Marvel, produites à coup de millions de dollars par Walt Disney, l'aurions-nous cru ? C'est pourtant ce qui se passe avec SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX !

Apogée commerciale du cycle entamé par IRON MAN en 2008, AVENGERS: ENDGAME de 2019 pose la question d'un nouveau départ pour cette série. Avec l'éclosion du service de streaming Disney + et l'irruption de Covid 19, cette nouvelle phase démarre de façon chaotique. BLACK WIDOW, dédié à la Veuve Noire et se déroulant avant AVENGERS: INFINITY WAR, sort simultanément sur Disney + et en salles aux USA en 2021. Il donne lieu à un accueil critique tiède et, plus inquiétant, à un échec commercial en salle.

SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX arrive deux mois après, avec cette fois-ci un décalage de six semaines entre la sortie salle américaine et la diffusion streaming (la règle était de onze semaines avant le Covid). Cet abandon des sorties simultanées était initialement prévu par Disney pour 2022, mais les échecs de ses BLACK WIDOW et JUNGLE CRUISE font vite changer d'avis la firme d'Oncle Walt !

Quel que soit la manière dont on prend le problème, les sorties simultanées en streaming et en salles sont des échecs commerciaux annoncés, ne serait-ce que parce que les films se retrouvent fatalement sur tous les réseaux de streaming illégaux et en très bonne qualité le jour même de leur sortie ! En procédant ainsi, les services de streaming ne font que scier la branche sur laquelle ils sont assis.

Avec SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX et d'autres titres, le public américain n'est pas la priorité de Disney. Il cherche à conquérir l'énorme box-office chinois, à la bonne santé insolente en 2021. Ces films Disney ne sont pourtant pas des grands succès sur ce front, la dictature communiste s'avérant aussi protectionniste que patriotiquement chatouilleuse quant à la représentation de son pays par Hollywood.

Ainsi, la version en prises de vues réelles de MULAN est un échec public et critique en Chine. Tandis que sa sortie directe en streaming (avec supplément payant pour ce métrage) aux USA s'embourbe dans des polémiques quant à l'attitude jugée complaisante de Disney face à la politique esclavagiste et répressive chinoise. Malgré des chiffres de visionnage importants aux USA, les sommes récoltées avec les suppléments Disney + s'avèrent en fin de compte bien insuffisantes pour amortir le métrage. Le film d'animation RAYA ET LE DERNIER DRAGON, dédié au folklore de l'Asie du Sud-Est, connaît lui aussi une carrière très mitigée en terme de recettes, malgré un accueil critique positif.

SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX se trouve donc dans une situation délicate, sortant alors que les salles rouvrent peu à peu dans le monde entier. Pourtant, au moment auquel nous rédigeons ces lignes, il n'est pas encore établi que le gouvernement chinois accepte de le laisser sortir sur son territoire. Ce film doit aussi prouver que Marvel a encore de l'avenir dans le cadre des salles de cinéma, et ne se trouve pas condamné à une exploitation sur les seuls petits écrans, canal au prestige et à la notoriété inférieurs, faisant l'impasse sur les milliards que brasse encore le marché des salles.

Qui plus est, Shang-Chi n'est pas un poids lourd de l'univers Marvel. Il apparaît sur papier en 1973, alors que Bruce Lee triomphe sur les écrans du monde entier, ouvrant grandes les portes du marché international au cinéma de Hong Kong. Opportuniste, l'éditeur Marvel crée alors quelques super-héros portés sur le Kung Fu, dont Iron Fist et Shang-Chi. Les fascicules américains dédiés à ce personnage chroniquent dans leurs pages l'actualité du cinéma d'action, voire donnent aux lecteurs quelques conseils pour s'entraîner aux arts martiaux dans leurs chambrettes ! Shang-Chi n'en reste pas moins un personnage relativement méconnu par rapport à des célébrités comme Spider-Man ou Iron Man.

En vue de son passage sur le grand écran, Marvel Studios confie la réalisation de SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX à Destin Daniel Cretton, jeune réalisateur issu du cinéma indépendant américain, ayant connu quelques succès critiques comme STATES OF GRACE et LE CHÂTEAU DE VERRE (tous deux avec Brie Larson), sans toutefois trouver d'écho réel auprès du public. Pour le rôle de Shang-Chi, il est aussi fait le choix de la jeunesse avec Simu Liu, comédien canadien jusque là relégué à des apparitions sur le petit écran. Outre les deux Stars du cinéma chinois mentionnées en début d'article, nous retrouvons le Britannique Ben Kingsley qui reprend son incarnation très particulière du Mandarin vue dans IRON MAN 3 !

A l'instar de son comics d'origine, SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX  met l'accent sur l'action dès ses premiers plans, multipliant des scènes variées, renvoyant à des souvenirs du cinéma de Hong Kong, de Chine ou de Taïwan. Bataille rangée entre armées médiévales, bagarre de rue sans merci, affrontement acrobatique parmi des échafaudages précaires, compétition illégale et sans règle, kung fu méditatif enseigné par une mentor pleine de sagesse... Les figures classiques du genre sont énumérées sur un bon rythme. Nous retrouvons même une scène d'affrontement tournant à la danse de séduction. Rien qui n'ait déjà été vu auparavant et en mieux, certes, mais SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX et ses acteurs mettent du cœur à l'ouvrage pour ne pas décevoir le public et ouvrir de nouveaux horizons cinématographiques à l'univers Marvel. Par exemple, un combat énergique dans un bus de San Francisco constitue un moment fort du métrage, ne recourant aux trucages numériques qu'avec une relative parcimonie.

Assez curieusement pour une production souhaitant séduire le public chinois, SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX met en scène un méchant asiatique facile à rapprocher de clichés racistes : Xu Wenwu, c'est son nom, incarné avec classe et sobriété par Tony Leung. Rappelons que dans le comics, Shang-Chi est le fils de Fu Manchu, création de l'écrivain anglais Sax Rohmer et incarnation de la hantise du « péril jaune » vu d'Occident !

Dans le film, Xu Wenwu, père de Shang-Chi, dirige comme Fu Manchu une organisation criminelle, tirant dans l'ombre les ficelles du banditisme international et de la politique mondiale afin de servir ses seuls intérêts. Il a encore des points communs avec le Mandarin (ne serait-ce que ses dix anneaux magiques !), méchant asiatique de l'écurie Marvel né dans les années soixante et associé initialement à des histoires à l'anti-communisme flagrant ! Il est d'ailleurs possible de voir en Xu Wenwu le véritable Mandarin, bien qu'il balaie ce sobriquet comme ridicule !

Xu Wenwu constitue l'échine humaine du métrage. A la mort tragique de son épouse, il s'enferme dans la violence et le gangstérisme. Il devient un homme froid qui transforme son fils en une machine à tuer pour des projets maléfiques. Pourtant, son amour pour sa femme ne l'a jamais quitté, ce qui fait de lui un personnage touchant, faisant le mal presque malgré lui en plusieurs circonstances.

L'action se déroulant en Chine, elle donne lieu à un livre d'images dépaysantes, arpentant aussi bien la modernité urbaine et clinquante de Macao, avec ses gratte-ciels et se faune bigarrée, qu'une nature montagnarde ou parcourue de forêts de bambous. Voire même une Chine idéalisée, rêvée qui à la manière d'un Shangri-La bucolique, se niche dans une vallée mystérieuse à l'accès connu des seuls initiés. Nous retrouvons alors le bestiaire magique chinois avec ses lions géants et ses dragons, ces derniers donnant lieu à des moments d'action spectaculaire réussis, se déployant avec énergie et envergure sur grand écran.

Et pourtant, malgré toutes ses qualités, SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX ne parvient pas à se dépêtrer des faiblesses frappant une partie des films Marvel Studios les plus récents, à savoir les CAPTAIN MARVEL, BLACK WIDOW et autres BLACK PANTHER. Il souffre d'intrusions d'un humour envahissant, contre-productif qui, loin d'apporter la touche de « fun » espéré, ne fait que nuire au déroulé du récit. Ainsi le retour bouffon du Mandarin à la sauce Ben Kingsley ralentit ce métrage qui ne progresse déjà que laborieusement, embourbé dans des flash-backs sur-explicatifs et larmoyants. Katy, l'amie rigolote, de Shang-Chi, tape sur les nerfs du spectateur, ne semblant là que pour égrainer des vannes arrivant à contre-temps de l'émotion, gênant l'immersion. Sans compter que les dites vannes ne sont que rarement drôles...

Enfin, le recours aux trucages numériques, inévitables dans une production Marvel Studios, ne se fait pas toujours avec réussite et bon goût. De nombreux décors souffrent d'un rendu très numérique, plastifié, déréalisé et sans âme (la forêt de bambou). Quand ils ne sont pas affligés d'un mauvais goût artistique flagrant : difficile de ne pas rapprocher le village idyllique caché de celui d'un KUNG FU PANDA 3 tant ses textures et rendus sont artificiels et sucrés !

Enfin, si Xu Wenwu constitue un méchant charismatique mémorable, Shang-Chi lui-même reste un personnage léger, superficiel. Énergique et sympathique certes, mais sans l'envergure d'un grand héros de cinéma. Pour le moment en tout cas...

En fin de compte, SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX ne réussit qu'à moitié sa mission. Certes, il casse un peu le moule des derniers films Marvel, offrant de nouveaux personnages, de nouveaux horizons, de nouvelles manières d'aborder les séquences d'action. Mais faute d'une mise en scène inspirée et originale, d'une narration resserrée et énergique, d'un ton homogène et moins superficiel, il reste imparfait, inégal, n'offrant pas une vraie réussite à Marvel. Quand bien même paradoxalement, il lui ouvre des perspectives prometteuses.

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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