Header Critique : SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L'ÉVENTREUR (A STUDY IN TERROR)

Critique du film
SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L'ÉVENTREUR 1965

A STUDY IN TERROR 

En 1888, des prostituées sont mystérieusement assassinées dans le quartier londonien de Whitechapel. Le détective Sherlock Holmes reçoit une étrange trousse d'outils chirurgicaux...

Lorsque sort SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L'ÉVENTREUR en 1965, le limier de Baker Street a déjà été remis au goût du jour par la Hammer, avec LE CHIEN DES BASKERVILLE de 1959 : Peter Cushing y interprète le célèbre détective sous la direction de Terence Fisher. Ce dernier ne s'arrête pas là et dirige en 1962 SHERLOCK HOLMES ET LE COLLIER DE LA MORT, avec cette fois-ci Christopher Lee dans le rôle-titre.

Parallèlement, Robert S. Baker et Monty Berman réalisent en 1959 un JACK L'ÉVENTREUR sanglant. Le moment s'avère donc propice à un affrontement entre ces figures de la culture populaire britannique. Henry E. Lester, producteur de SHERLOCK HOLMES ET LE COLLIER DE LA MORT, s'associe alors avec deux autres producteurs britanniques tournés vers la série B : Herman Cohen (CRIMES AU MUSEE DES HORREURS, KONGA) et le studio Compton (qui propose REPULSION de Roman Polanski la même année). Ils aboutissent au métrage SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L'ÉVENTREUR, dans lequel l'enquêteur est incarné par l'acteur canadien John Neville. La réalisation est confiée à James Hill.

Dès le début de SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L'ÉVENTREUR, nous apprécions l'ambiance gothique. Malgré un budget serré, James Hill restitue le pavé humide de Whitechapel et la brume londonienne. Rien ne manque. Les calèches traversent bruyamment le brouillard, les tavernes sont malfamées à souhait et les policiers londoniens arpentent inlassablement des quartiers nocturnes où traînent marins et prostituées.

Parmi les films gothiques anglais d'alors, SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L'ÉVENTREUR se distingue en dénonçant l'injustice sociale et la misère régnant dans les quartiers pauvres de Londres. Et ce au travers de l'exalté docteur Murray (incarné par le grand acteur Anthony Quayle), un médecin qui dédie sa vie à l'aide des misérables. Il est soutenu par sa nièce Sally, interprétée par une jeune actrice promise à un grand avenir : Judi Dench !

Holmes lui-même se révolte contre l'abandon des quartiers populaires : "Un gouvernement qui tolère la misère de Whitechapel ne mérite pas d'être aidé !" répond-il quand le premier ministre sollicite son assistance pour arrêter Jack l'éventreur.

De son côté, le tueur promène sa grande silhouette sombre et sa sacoche de cuir dans les rues désertes, attendant l'occasion d'agresser une fille isolée. Les meurtres sont violents et remarquablement filmés : une main gantée de noir brandit dans la nuit une lame effilée, les proies sont égorgées sans ménagement.

Ponctué par quelques bagarres et poursuites nerveuses, le récit est rigoureux et très bien mené. Les nombreux suspects sont soigneusement décrits. A travers leur histoire, SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L'ÉVENTREUR raconte un drame social où la transgression des frontières séparant les classes entraîne une terrible tragédie. Ainsi, une famille noble se déchire pour protéger l'honneur de son nom et la réputation de la noblesse anglaise. Pourtant, les cœurs les plus durs ne seront pas forcément ceux qu'on croit. Et si on ment beaucoup dans cette histoire, c'est souvent pour protéger ceux qu'on aime.

Il faut encore saluer la très grande qualité de l'interprétation : l'inspecteur Lestrade est parfaitement ahuri et le docteur Watson se montre tout à fait savoureux. Quant à John Neville, il incarne un Sherlock Holmes parfait, à l'intelligence vivace, à la curiosité toujours en éveil, mais aussi capable d'une empathie et d'une humanité inattendues chez ce personnage. Nous verrons son self-control se fissurer un instant, lorsqu'il ramène au vieux duc son fils disparu.

SHERLOCK HOLMES CONTRE JACK L'ÉVENTREUR est une des toutes meilleures transpositions cinématographiques du détective créé par Sir Conan Doyle et un grand classique de l'horreur gothique british des années soixante. Son interprétation parfaite et sa narration impeccable font juste regretter qu'il n'y ait pas eu plus de moyens financiers mis en œuvre.

Henry E. Lester produit ensuite un troisième et dernier film dédié à Sherlock Holmes avec LA VIE PRIVEE DE SHERLOCK HOLMES de 1970, signé Billy Wilder. En 1979, MEURTRE PAR DÉCRET de Bob Clark propose aussi un affrontement entre Holmes et l'éventreur : il s'agit encore d'une réussite du cinéma gothique, méritant largement une redécouverte enthousiaste.

Le réalisateur James Hill a quant à lui continué à travailler pour le cinéma populaire anglais ainsi que pour de nombreuses séries TV british réputées, comme «CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR», «LE SAINT» ou «AMICALEMENT VÔTRE».

Rédacteur : Emmanuel Denis
Photo Emmanuel Denis
Un parcours de cinéphile ma foi bien classique pour le petit Manolito, des fonds de culottes usés dans les cinémas de l'ouest parisiens à s'émerveiller devant les classiques de son temps, les Indiana Jones, Tron, Le Dragon du lac de feu, Le Secret de la pyramide... et surtout les Star Wars ! Premier Ecran fantastique à neuf ans pour Le retour du Jedi, premier Mad Movies avec Maximum Overdrive en couverture à treize ans, les vidéo clubs de quartier, les enregistrements de Canal +... Et un enthousiasme et une passion pour le cinéma fantastique sous toutes ses formes, dans toute sa diversité. S'il fallait faire mienne une maxime en la matière, je reprendrais (de mémoire !) une citation de Roman Polanski : «les personnes qui aiment vraiment le cinéma aiment le fantastique» !
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