Header Critique : HERCULE L'INVINCIBLE (ERCOLE L'INVINCIBILE)

Critique du film et du DVD Zone 2
HERCULE L'INVINCIBLE 1964

ERCOLE L'INVINCIBILE 

Il n'y a donc pas que Persée qui soit invincible, tel qu'Alberto de Martino le proclamait en 1963 - ou encore Samson. Il y a aussi HERCULE L'INVINCIBLE! Sorti le 11 aout 1965 en France, le film a depuis trouvé son chemin le sortant de l'oubli en diffusion TV sur les chaines câble et satellite. Mais il s'agit d'une première pour une sortie DVD sur le territoire français, via l'éditeur Artus Films.

La princesse Teica (Spela Rozin) est sauvée d'une attaque de lion par le valeureux Hercule (Dan Vadis). Le roi Tideo (Ugo Sasso) décide d'offrir la main de sa fille à Hercule s'il débarrasse son pays d'un dragon, pour en ramener une dent qui exauce les voeux. Pendant son absence, le village de Teica est pillé et les habitants emmenés par les sbires de la reine Etel (Carla Calò) pour avoir leur coeur dévoré. Hercule s'adjoint l'aide d'un survivant nommé Babar et part à la rescousse.

Le film connut des diverses fortunes lors de son exploitation, s'appelant aussi HERCULES AGAINST THE ELEPHANTS' EMPIRE, ou par ailleurs modifié aux USA et sorti à la télévision sous le titre SONS OF HERCULES : IN THE LAND OF DARKNESS, comme faisant partie d'une série TV SON OF HERCULES. Ou Hercule/Dan Vadis devient Argoles, fils d'Hercule, dans un film se trouvant amputé de quelques minutes, adjoint d'autres scènes, recadré, redoublé pour la circonstance et co-signé par Lewis Mann. A noter qu'en France, la VF l'affuble du nom d'Ursus (et que le titre est HERCULE L'INVINCIBLE), tandis que la Version italienne le nomme bel et bien Hercule. Vous suivez toujours?

Le réalisateur et producteur Alvaro Mancori tourna, comme beaucoup de ses congénères italiens, sous un pseudo américanisé. Pas le moindre qu'Al World pour le coup, sans souci d'ego apparemment. D'autant plus pratique qu'il était propriétaire des studios Elios où le film a été élaboré? tout comme des grottes de Solone dans lesquelles furent tournées plusieurs séquences du film (comme beaucoup films par ailleurs!). Il devint par la suite le patron des studios Elios, terrain apprécié des auteurs de westerns spaghetti, mais également de productions comme LES RENDEZ-VOUS DE SATAN, entre autres perles. A noter aussi que l'un des producteurs n'est pas au générique du film : il s'agit de Mario Siciliano, qui versera à l'orée des années 80 dans le cinéma pornographique. Le film ne remportera qu'un succès à minima: 101 millions de lire en Italie à sa sortie en mars 1964 -soit environ 350 000 entrées-, très très loin des réussites du genre. Il fut mieux accueilli en France, même si les longs métrages d'hommes musclés en jupette s'avéraient clairement en perte de vitesse, générant 445 226 entrées au long de sa carrière en salles.

Dans l'orgie de noms anglicisés au générique, il faut pointer quelques éléments. Hormis Alvaro Mancori, le scénario est signé de deux autres noms. Tout d'abord Kirk Meyer, qui cache en fait le réalisateur Antonio Leonviola (MACISTE L'HOMME LE PLUS FORT DU MONDE, MACISTE CONTRE LE CYCLOPE). On trouve en outre une certaine Pat Kein, qui demeure le pseudonyme de la scénariste/réalisatrice Sofia Scandurra. Rare femme de métier dans le genre, elle oeuvra derrière le scénario de TARZAN LE ROI DE LA FORCE BRUTALE, mais également réalisatrice seconde équipe non seulement du film présent mais aussi des GLADIATRICES et assistante réal de Dario Argento pour CINQ JOURS A MILAN. En parlant de Dario Argento, le monteur derrière le pseudo de Franck Boberston n'est autre que Franco Fraticelli, monteur entre autres de SUSPIRIA. Le Péplum menait alors à tout! Quant au directeur de la photo, le « Claude Haroy » utilisé pourrait très bien cacher à la fois Alvaro Mancori, tout comme son bras droit (et frère) Guglielmo Mancori - puisque Sofia Scandurra se souvient que les deux alternaient derrière la caméra.

Le film se situe dans une moyenne péplumistique, même s'il appartient à la frange descendante. Tourné aux environs de Rome, HERCULE L'INVINCIBLE suit rigoureusement les règles du genre. On a droit à un musculeux à la force (ahah) herculéenne, une séquence dansée, des périls (lion, éléphants, ours) affrontés à main nue, un méchant bien vicieux (ici deux pour le prix d'un), un amour à défendre, un faire-valoir plus ou moins comique - ici en mode surpuissance comique pré-Vitalesque. On sent d'ailleurs que Mancori, après s'être fait les dents sur la photo de deux Maciste, saisit particulièrement la veine comique du genre Péplum. Mais tout demeure coché dans bonnes cases du genre. On a bien sûr droit à du TechniScope pour tenter de faire illusion. Hercule est «le» mythe d l'homme fort italien, résistant à tous et réussissant à conquérir la belle en perdition tout en gagnant ses galons de maitre à dominer les peuples. Mancori ne manque à aucun de ses devoirs envers la recette à suivre à la lettre, sans risquer de s'en éloigner.

Dès qu'un genre passe par la case recyclage de scènes passées ou de comique-troupier/parodie, il arrive en fin de vie. On pourrait presque dire qu'HERCULE L'INVINCIBLE en possède les stigmates annonciateurs. Tout d'abord, le combat contre le dragon, qui donne un cachet « riche » à la production, est en fait repris des TRAVAUX d'HERCULE de Pietro Francisci. Tout comme celle de la danse des jeunes femmes a été « empruntée » à LA REINE DES AMAZONES de Vittorio Salà, avec la musique refaite au passage. En fait, les amateurs éclairés pourront déceler ça et là divers éléments de scénario émergent d'autres péplums. Le genre étant tellement propre au mode de fonctionnement du cinéma populaire italien de l'époque, reprenant déjà à son compte les recettes du cinéma US, que ce résultat n'est guère surprenant. On dira qu'il s'agit aussi de ce qui fait une partie de son charme. Désuet, certes, mais un charme néanmoins inextinguible.

Un autre charme reste cette appropriation des mythes mythologiques, pour les tordre à loisir afin d'en obtenir positivement n'importe quoi. Pourvu que s'esquisse une ombre d'originalité, et qu'importe si la représentation à l'écran n'a que peu de rapport avec les aventures -ici- d'Hercule. Bien évidemment, quasiment aucune des aventures décrites dans le film de Mancori ne correspond à la mythologie d'Hercule. On mettra entre parenthèse la bataille avec le lion, qui ne s'apparent en rien à celui de Némée. Mais il ne s'agit en rien d'un reproche, tant la volonté du film reste l'évasion hors du réel. Et la production déploie une énergie peu commune à projeter le spectateur dans des moments oscillant entre gothique (les scènes de grottes, au bord de l'épouvante), voire de effets spéciaux optiques surprenants pour l'accès au repaire de la Reine, tout comme les miniatures utilisées et de superbes effets du village de Tecla. Etonnant pour un film de ce calibre budgétaire. Un autre élément engageant : la partition étonnamment spectaculaire de Francesco de Masi qui ajoute un lustre inespéré à l'ensemble et le dynamise au mieux.

S'y ajoutent une belle scène d'écartèlement où Hercule résiste à deux éléphants qui tentent de lui arracher les bras, des combats souterrains assez réussis? même si on sent que le budget relativement bas n'arrive pas à masquer la pauvreté de profondeur des décors, le manque de dynamisme dans la mise en scène du suspense et une direction d'acteurs anémique reposant essentiellement sur le métier des acteurs/actrices du genre. Du genre de Carla Calò (déjà la Sybille dans LA VENGEANCE D'HERCULE ou l'oracle dans LE TRIOMPHE DE MACISTE), abonnée aux reines perverses et autres vilaines garces. Et qui savait très bien y faire.

Le film reste puéril, sans grand intérêt mais ses attributs parfois spectaculaires le rend attachant à plus d'un titre. Pas franchement inspiré mais pas non plus rebutant. Les allergiques au genre ne seront pas convaincus pour autant, mais les nostalgiques du cinéma populaire 60's y trouveront très certainement leur compte. S'en moquer reste facile, mais l'apprécier à sa juste valeur un sport de combat appréciable pour tout amateur de bis.

Menu habituel de la collection Peplum de chez Artus avec accès au film, versions et bonus. On retrouve le film au format 2.35:1, avec 16/9e et d'une durée complète de 82mn06. Les accès par chapitre ont disparu, le film reste néanmoins découpé en dix pour ce faire. Une copie relativement propre, aux couleurs extérieures naturelles et un rendu gothique des plus attrayants pour les scènes souterraines. Pas de trace notable de griffures et autres poussières tout comme celles de compression.

Deux versions, italienne et française : en Dolby Digital mono encodé sur deux canaux. Avec des sous-titres français amovibles. La piste française révèle une répartition sonore sur les canaux gauche et droite, qui donnent une meilleure sensation audio que sa consoeur italienne : musique et effets sonores sont plus clairs, dégagés des dialogues eux aussi sans souffle. Très agréable à l'oreille, le travail de Francesco de Masi prend une belle ampleur. La version originale donne l'impression d'un bloc monophonique central dont il est parfois difficile d'entendre la musique. Même s'il faut reconnaitre que cela devait plus correspondre à l'expérience cinéma d'origine que le travail sur la piste française ici présenté. A chacun donc, selon sa sensibilité, de choisir!

On commence par une passionnant entretien avec Howard Ross (en italien avec sous-titres français) qui raconte avec beaucoup de verve, d'humour et de dérision son passage de sportif en quête de titres de M. Univers à travers son impressionnant physique à celui d'acteur. Où il avoue que globalement tous les héros de péplums ne savaient pas jouer! Malgré son tout petit rôle dans le film présent, quelques anecdotes utiles. Utiles, car témoin d'un passé cinématographique comme on en entendra plus beaucoup actuellement. Pas de langue de bois, quelques souvenirs de tournages et des commentaires bienveillants sur les acteurs et actrices qui ont traversé sa longue carrière. Très recommandé.

Michel Eloy, un des grands spécialistes du genre, intervient ensuite pour faire un point sur les faux péplums mythologiques. Naviguant entre des connaissances éminentes du genre, avec quelques approximations, il traverse avec érudition les différents croisements des genres et des héros.

Enfin, c'est Alain Petit qui complète l'ensemble des interviews avec sa vision encyclopédique du film, parlant également de l'éventuelle participation de Mario Bava pour certains effets spéciaux, une théorie tout à fait plausible. Et quelques petites erreurs malgré tout, notamment sur les frères et soeur Rassimov qui sont bien italiens, nés à Trieste (et non pas « venant des Pays de l'Est »).

Un diaporama des différentes affiches et photos du film clos l'édition, avec 2 bandes annonces et & extrait de film de la collection « Peplum » de l'éditeur? mais sans les films annonces promis.

Au final, une édition réussie avec adjonction de suppléments inattendus (Howard Ross est un gros plus!) qui font de ce HERCULE L'INVINCIBLE un DVD recommandé.

Remerciements à l'équipe de Boxofficestory.com

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
55 ans
1233 news
395 critiques Film & Vidéo
On aime
Un spectacle bis à l'ancienne
L'interview d'Howard Ross
De jolis effets optiques
On n'aime pas
Un péplum très générique parfois mou
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L'édition vidéo
ERCOLE L'INVINCIBILE DVD Zone 2 (France)
Editeur
Artus
Support
DVD (Double couche)
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h25
Image
2.35 (16/9)
Audio
Italian Dolby Digital Mono
Francais Dolby Digital Mono
Sous-titrage
  • Français
  • Supplements
    • Les Muscles et le sourire : Entretien avec Howard Ross (VO Stf - 19mn41)
    • Les Faux Peplums Mythologiques : Entretien avec Michel Eloy (20mn45)
    • Ursus, le fils d'Hercule : entretien avec Alain Petit (25mn40)
    • Diaporama photos et affiche (1mn40)
      • Films annonce
      • ERCOLE L'INVINCIBILE (VO - Scope 2mn45)
      • HERCULE CONTRE LES FILS DU SOLEIL (VF - Scope - 3mn55)
      • LE GRAND DEFI (extrait VF - 1mn12)
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