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Critique du film
6 PLOTS 2012

 

Après avoir subi une cargaison de morts-vivants et des déluges de crises de couple en perdition, on a quelque peu tendance à demander à voir autre chose... N'importe quoi. Et lorsque s'annonce 6 PLOTS, un thriller horrifique australien avec des teenagers en folie sur fond de voyeurisme sur internet, on se dit que c'est toujours bon à prendre. Le film sortant de plus dans les salles de cinéma dans son pays d'origine, précisément le 13 septembre 2012, c'est qu'il y a, en théorie, un certain potentiel et qu'il s'agit d'un métrage différent des kilos de DTV qu'on a pu subir jusqu'ici. Le changement, c'est donc maintenant, dans la troisième salle de cinéma à gauche en sortant de l'ascenseur, après 35 marches d'escalier.

A la suite d'une soirée bien arrosée, six adolescents se retrouvent chacun prisonnier d'un endroit clos aux quatre coins d'une ville australienne. Une caméra les observe et transmet les images sur internet. La jeune Brie (Alice Darling) se trouve prise au piège d'un maniaque qui a programmé leur mort prochaine. Elle doit respecter deux règles afin de sauver ses camarades et déjouer le piège mortel qui se rapproche d'elle.

Les première scènes du film donnent le ton : on a beau se trouver en Australie, les adolescents qui se rendent à l'école sont interchangeables. Les jolies jeunes filles en vogue émanent d'une énième imitation de MEAN GIRLS. Les garçons sont soit athlètes, soit des geeks. Les filles se lancent des vannes vachardes à n'en plus finir tandis que le skater branché coupe la foule massée autour de l'entrée du lycée. Et il y a l'inévitable, la jeune fille coincée entre tout le monde et qui sera bien sûr l'héroïne du récit. Si on a pas déjà vu ça cent fois...

Vient ensuite la présentation des victimes potentielles, aux traits de caractère archi-connus. L'incontournable asthmatique, la chaudasse, l'expert informatique... Bon, on n'en rajoute pas trop, mais vous l'aurez déjà compris, il s'agit strictement de la même formule que la palanquée de slashers qu'on absorbe depuis presque 20 ans. Sur le même schéma, STITCHES prouvait déjà à quel point il copiait la formule bien usée aux Etats-Unis. En Australie, on en est donc à peu près au même point. Concrètement, on fait un peu la tête devant cet avatar ringard alignant des scènes proprettes que le cinéma bis ricain a engendré depuis des décennies.

Puis l'argument des «6 histoires» débarque. A savoir chaque victime enfermée dans une sorte de cercueil, avec chacune voyant la mort s'approcher selon un mécanisme qui lui est propre. Ainsi le nageur champion de l'école va-t-il périr noyé progressivement ? L'expert en informatique électrocuté ? Au fur et à mesure que l'on comprend les pièges dans lesquels les adolescents sont tombés, les influences de 6 PLOTS surgissent rapidement. Une sorte d'avatar cool de Jigsaw de la série SAW, mêlé de SCREAM et de télé-réalité à la MY LITTLE EYE. A la différence ici qu'une émoticône détournée avertie via MMS et autre SMS de l'imminence d'une mort ou d'une menace. Une certaine ironie plane sur les relations entre chaque ado et le scénariste s'amuse un peu avec les jeux de dupes. Même si secrètement on pense que les têtes à claques qu'on nous a balancé depuis le début du film doivent impérativement disparaître de l'écran – et ceci le plus vite possible.

On assiste de ce fait à un thriller post-SCREAM académique, adapté pour la génération Facebook-Tweeter du XXIème siècle. SCREAM 4 avait déjà tenté un upgrade de la sorte. 6 PLOTS tente d'emprunter un autre chemin, avec des bonheurs plus ou moins divers. Le premier quart sombrait dans un pathétique cliché de lycée anglo-saxon, mais le pitch, bien que faisandé, laisse augurer moult galanteries. Le tout filmé puis relié au web, et visionné par des milliers d'adolescents croyant avoir affaire à un jeu. Là aussi, guère de nouveauté. Mais on doit quand même avouer à Leigh Sheehan une certaine ingéniosité dans la mise en place du suspens passée la première mort.

Il ne faudra pas s'attarder sur la logique et le réalisme de la situation. En effet, l'action est supposée se dérouler en quasi temps réel mais l'intrigue laisse apparaître trop de trous dans le scénario pour qu'on puisse réellement adhérer au concept. Surtout qu'en faisant bien attention, le tueur apparaît comme une évidence dès le premier quart du film. Si on se laisse aller à la course contre la montre que joue Brie, sans se douter qu'elle est elle-même espionnée, on ne peut que déplorer le manque de suspense autour de l'identité du maniaque. Sans compter qu'il ait pu avoir le temps d'installer en aussi peu de temps toute sa mécanique meurtrière. Une autre chose quelque peu gênante : ses motivations demeurent vraiment nébuleuses malgré les explications apportées en fin de métrage.

D'autre part, on sent que les auteurs évacuent rapidement tout débordement sanglant. Si 6 PLOTS se trouve à la croisée des myriades de torture-porn et de slashers sans nom, le résultat à l'écran est dépourvu de scènes sanguinolentes. La production a résolument tourné sa boussole en direction des 13/17 ans. Et pour que le film soit vu par un maximum de jeunes peu exigeants en la matière, exit les scènes choquantes et le sang. On trépigne de l'absence de tout débordement. Le film en aurait eu grandement besoin afin de le sortir de l'ornière de la médiocrité. 6 PLOTS apparaît alors comme totalement inoffensif de ce côté-là. Tous les rebondissements finaux, par ailleurs très bien filmés et entretenant un suspens de bon aloi, ne compensent pas le caractère éminemment générique de l'ensemble.

Car malgré la complexification apportée par une technologie envahissant le quotidien des adolescents d'aujourd'hui, le scénario ne démontre à aucun moment une quelconque originalité par rapport à cela. La technologie n'apporte rien au récit, hormis le fait de se reposer sur un nouvel outil pour délivrer encore et toujours les mêmes scènes de mise à mort. Et n'améliore en rien les ressorts dramatiques qui s'usent à vitesse grand V. Les adolescents australiens restent donc aussi débiles à l'écran que leurs congénères américains ou anglais et connaîtront une mort similaire, prévisible ou presque.

6 PLOTS s'avère cependant rondement mené sur ses 86 minutes et ne dure pas inutilement. Hormis un premier quart d'heure pénible, on suit l'intrigue avec détachement mais sans grand ennui. Tourné en RED, techniquement, le film tient bien la route et l'utilisation d'un format Scope s'avère utile, Leigh Sheehan sachant mettre à profit la profondeur de champ pour installer quelques scènes d'angoisse bienvenues. Malgré cela, 6 PLOTS ressemble à des dizaines de copies de SCREAM. Moins stressant, plus hype que jamais et tout de suite démodé, le film fonce vers la consommation courante et immédiate. Une chance de sortie en DTV chez nous vu son postulat de base néo-slasher et ses héros branchouilles-jeunes, mais rien de plus à attendre d'un film destiné à tromper l'ennui d'un samedi après-midi pluvieux.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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