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Critique du film
CRAWLSPACE 2012

 

Depuis la sortie de FOU A TUER en 1986, le titre original CRAWLSPACE semble pulluler pour décrire des films de genre où l'on voit à l'écran «un espace où l'on rampe». Cet avatar de science-fiction australienne n'échappe donc pas à la règle du titre maintes fois utilisé mais qui tente de s'en affranchir en offrant un concept différent.

Un groupe de militaires d'élite intervient dans une base souterraine secrète de l'armée en Australie. Leur mission : éliminer un groupe de scientifiques contaminés. En arrivant, ils découvrent un amas de corps et une survivante, Eve (Amber Clayton) n'ayant aucun souvenir de qui elle est. Allant à l'encontre des ordres et de sa troupe d'élite, le chef (David Whiteley) décide d'épargner Eve. Elle ressemble surtout, à s'y méprendre, à sa femme décédée. Le groupe constate alors que la base abrite un projet bien plus dangereux, Eve possédant un pouvoir psychique hors du commun.

Justin Dix, réalisateur et scénariste australien, n'est pas un novice. Venu des effets spéciaux, il a participé à ceux des droïdes de STAR WARS : L'ATTAQUE DES CLONES et STAR WARS : LA REVANCHE DES SITH mais il a aussi supervisé ceux de THE LOVED ONES et travaillé sur le remake de LONG WEEKEND, ce qui permet d'ailleurs de retrouver Jamie Blanks à la co-composition de la partition musicale de ce CRAWLSPACE. Comme parcours, on a vu pire. Et pour CRAWLSPACE, il est appuyé par le non moins novice Greg McLean, réalisateur de WOLF CREEK et SOLITAIRE (ROGUE), qui produit le film via sa société Wolf Creek Films.

Le problème majeur de CRAWLSPACE ne tient pas tant à sa mise en images. Techniquement, le film tient la route. Justin Dix se dote d'une photographie solide aux éclairages complexes. Hormis un plan d'ouverture aérien de trois hélicoptères, le film se déroule à 95% sous terre, cela permet au directeur photo de s'en donner à coeur joie. Le choix du format Scope est ingénieux et robuste : filmer dans ce format alors que l'action se passe dans des espaces réduits, il fallait oser. Et il s'agit plutôt d'une réussite sur les 84 minutes du métrage. Les tensions dans le groupe sont mises en images au plus près des visages et des corps, apportant un étouffement graduel de chacun. Jusqu'à se poser dans les conduits d'aération les plus étroits et montrer une mort particulièrement atroce. Claustrophobes s'abstenir.

Les effets spéciaux ne portent pas non plus la responsabilité des soucis du film. Qu'il s'agisse d'effets numériques (on aura tout de même une petite réserve sur le plan final), mécaniques ou de maquillages, on se situe dans la moyenne haute. Ce qui réserve des surprises inattendues, comme l'apparition de ce monstre simiesque tendance Yeti en plein milieu des couloirs. On poussera même à pointer qu'on assiste au meilleur moment du film, tant la scène paraît décalée. Mais la menace est bien réelle et l'attaque brutale magistralement mise en boite.

Le scénario donne le change en ménageant des rebondissements réguliers. Toutes les dix minutes ou presque, ce que le spectateur pense avoir compris s'effondre au profit d'une autre théorie. Perspective intéressante et casse-gueule pour la crédibilité de l'entreprise, mais qui tient la route. En fait, aidé par un rythme solide et une mise en scène qui a du punch, on ne s'ennuie pas spécialement à la vision de CRAWLSPACE. Justin Dix met du cœur à l'ouvrage et il serait hypocrite de ne pas dire qu'à certains moments, le virage opéré par le scénario ne nous aura pas surpris. D'autant qu'il semble esquisser des questions existentielles sur l'origine de la mémoire, qu'est-ce qu'être vivant ?, comment espérer vivre ? Pour aussitôt les oblitérer à grands coups d'esbrouffe. Dommage.

Le problème, c'est que pendant le film, on se dit qu'on a déjà vu ça ailleurs sous un autre emballage. Le film a beau suivre un chemin qui rappelle quelques films de science-fiction australiens passés, genre REACTION EN CHAINE d'Ian Barry, qui mélangeait quelque peu les genres, son scénario demeure un démarquage-patchwork de plusieurs influences dont il a du mal à se défaire. Et le manque d'originalité du produit ne fait qu'éclater aux yeux. Les militaires qui pourchassent des créatures et envoyés en mission dans des couloirs rappellent ALIENS. Le nombre de métrages de films de genre ayant pour héroïne une «Eve» signifie deux choses :
1/ la parabole biblique est juste une énormité reprise encore et toujours par des scénaristes qui zooment sur des évidences.
2/ la race humaine va déguster.
Derrière cela, on peut coller des exemples comme EVE OF DESTRUCTION de Duncan Gibbins ou plus récemment LA MUTANTE 2, entre autres. On ajoutera SCANNERS, RESIDENT EVIL et, la revoilà, une cuillerée de LA MUTANTE. Secouez pendant quelques séances de brainstorming et voici: CRAWLSPACE prêt à être livré.

Dès le premier tiers du film, on aura ainsi compris les emprunts effectués ça et là. Si bien que même si le film s'avère plaisant à suivre, une petite voix derrière la nuque murmure «tiens, déjà-vu» pendant la quasi totalité du film. CRAWLSPACE reste donc un spectacle pas franchement déplaisant, ambitieux dans ses propos mais totalement dispensable.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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