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Critique du film
CARGO 2009

 

La science-fiction serait-elle sur le chemin du retour sur nos écrans ? Après PANDORUM, MOON a également été présenté en compétition au festival de Gérardmer 2010. Voici maintenant CARGO, premier long-métrage du suisse Ivan Engler. Son pays d'origine n'est pourtant pas réputé comme étant un terreau du film de genre, à fortiori de la science fiction. Quelques exceptions comme GRAUZONE, le curieux DIE SCHWARZE SPINNE de Mark Rissi et en bout de chemin, les productions d'Erwin C. Dietrich… D'où notre curiosité aiguisée à l'annonce de la projection, d'autant plus que le film semble avoit du mal à se frayer un chemin sur les écrans. A ce jour, CARGO ne possède à son actif qu'une sortie en Suisse Alémanique alors que les droits ont été achetés par Optimum pour le Royaume Uni. Mais aucune date de sortie ni en Suisse Romande et encore moins sur le territoire français n'est prévue à ce jour.

Au 23e siècle, la Terre est devenue inhabitable. Le seul rêve des terriens est de rejoindre Rhea, une planète idyllique et colonisée. Le docteur Laura Portmann (Anna-Katharina Schwabroh) espère ainsi rejoindre sa sœur sur Rhea. Elle s'engage pour cela sur le vaisseau-cargo Kassandra, en route pour la station 42. Mais Laura sort l'équipage de son état d'hibernation. Elle a la sensation de ne pas être seule à bord. Une mission de reconnaissance dans les caissons de fret est organisée.

Selon les déclarations du réalisateur, CARGO a mis dix ans pour voir le jour. Dix ans, c'est long et forcément, même si l'idée était couchée sur le papier, il y a des pavés comme MATRIX qui sont passés par là entre-temps. Mais il y a aussi comme une odeur d'EVENT HORIZON. Et encore plus proche, la science-fiction à connotation claustrophobe à laquelle PANDORUM se raccroche. Force est de reconnaître que CARGO a un peu de mal à passer, tant il semble pétri de références/d'inspirations qui ont jalonné le film de science-fiction depuis une bonne décade. Et il faudrait également mettre SOLARIS de côté. Pas évident d'occulter tout cela.

La principale force de CARGO demeure son aspect visuel. Doté de spectaculaires effets spéciaux, même si quelques scories sont devinables ça et là, il existe une vraie force de création, celle d'un univers cohérent qui sait apporter un sens du grandiose. Maintenant, s'il faut rapprocher CARGO d'oeuvre récentes en matière de science-fiction (la comparaison avec MOON est inévitable), le film manque cruellement d'originalité et d'un budget conséquent pour faire ressortir un véritable souffle novateur dans le genre. Restent quelques scènes à la tension palpable, où la mise en scène excelle à mettre en rapport l'humain dans sa position dans l'univers et dans le vaisseau. Celle des gigantesques caissons de fret qui se déplacent latéralement au milieu des humains explorant cet espace confiné vaut largement le détour. Sensations de danger imminent assurées.

Les thèmes développés s'attachent à concaténer des attentes et inquiétudes bien ancrées dans le présent : écologie, terrorisme, respect de l'individu, la recherche du bonheur à tout prix, la manipulation des masses…. Transposés dans le futur de manière crédible, ils donnent à la vie future sur notre Terre une sensation de pessimisme généralisé. On retrouve d'ailleurs cette velléité de transposition dans MOON, où une foultitude de sujets actuels se retrouvaient catapultés dans un décorum spatial, propre à des paraboles humaines des plus sombres. La comparaison s'arrête là, CARGO prenant finalement plus le chemin d'un thriller politico-spatial qu'autre chose.

L'autre souci tient de la résolution du métrage. Après un déroulement aux trois quarts en état d'apesanteur, prenant le temps de développer son récit, de tisser les relations entre chaque intervenant, de mettre en valeur décors et effets spéciaux... le film part droit dans le thriller paranoïaque et se précipite dans son dernier quart. Duel digne d'un slasher de dernière zone, personnages expédiés ad patres sans raison particulière. On reste surpris de la rapidité d'exécution, un peu comme si le réalisateur était pressé d'en finir, ne sachant pas très bien quoi faire de ses héros. Qu'il s'agisse de la partie thriller ou du coté science-fiction, tout est précipité, devient démonstratif et un peu pompeux. Car quiconque possède un minimum de connaissances en matière de science-fiction, CARGO arrive à une destination courue d'avance. La scène finale dans l'espace est également un non sens en terme de mise en scène, car les directions suivies par les personnages semblent être prise en dépit du bon sens après l'allumage du réacteur… on mettra cela sur le dos des maladresses dues au syndrome d'un premier long-métrage.

En conclusion, CARGO garde le mérite d'être le premier film de science-fiction suisse à grand spectacle. En cela, il reste un événement. Mais, au regard des autres productions, le film aura du mal à exister en terme d'impact et d'originalité, tant il emprunte un chemin, des idées et une narration maintes fois éprouvés. La qualité de la technique utilisée malgré un budget que l'on sent bas met les bouchées doubles, couplée à une élégance des décors mis en scènes de manière astucieuse. On passera ainsi sur un final plus que bancal pour rester sur une impression d'un essai honorable qui aurait du bénéficier d'une écriture plus rigoureuse. Quant à son destin en nos contrées, il demeure tout aussi mystérieux que Rhea elle-même…

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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