Header Critique : NICK FURY

Critique du film et du DVD Zone 2
NICK FURY 1998

 

Alors qu'il était à la retraite et brisait tranquillement des cailloux dans une grotte, Nick Fury est rappelé par le président des Etats Unis. La raison ? Hydra, une organisation terroriste, vient de prendre d'assaut une base militaire, tuer un ancien ami de Fury et libérer le tortionnaire nazi Wolfgang Von Strucker. Une libération qui, à priori, n'apporte pas grand chose puisque ledit criminel est mort et congelé depuis plusieurs années... C'est bien sûr sans compter sur sa fille, "Viper", qui compte bien briser la chaîne du froid et faire renaître l'organisation créée par son odieux paternel.

Issu de l'imagination fertile de Stan Lee et Jack Kirby, le personnage de Nicholas Joseph Fury fait une première apparition en 1963 dans le Comics «Sgt Fury and his Howling Commandos» de la Marvel. L'œuvre nous présente alors l'homme entouré de son commando nommé en France «Les hurleurs». Deux ans plus tard, Fury revient sur le devant de la scène pour ne plus jamais vraiment la quitter… Né en banlieue New-yorkaise à Hell's Kitchen (tout comme Daredevil) en 1910, Nick Fury se fait essentiellement remarquer durant la seconde guerre mondiale pour ses actions coup-de-poing. Lors de ses opérations, il sera amené à rencontrer de manière très régulière des personnages aussi célèbres que Wolverine et Captain America mais devra aussi affronter de véritables monstres tels que le nazi Wolfgang Von Strucker, Crâne Rouge et même le Comte Dracula ! Fury se fera ensuite remarquer au Vietnam avant de prendre la direction du S.H.I.E.L.D. dans les années 80. Les deux événements marquants de cette période seront alors sa romance avec la Comtesse Valentina Allegra de Fontaine et sa lutte sans fin contre l'organisation terroriste nommée Hydra.

Nick Fury est un personnage assez particulier dans l'univers Marvel puisqu'il connaîtra deux vies bien distinctes. La première, que l'on vient d'évoquer, appartient à l'univers classique de la Marvel alors que la seconde appartient à l'univers dit «Ultimate». L'alternative «Ultimate» se propose en fait de redorer le blason des anciens héros en revisitant les mythes et en apportant une version modernisée de leurs univers d'origine. Cette cure de jouvence sera offerte à une foule de super héros parmi lesquels Spiderman, Daredevil ou encore les X-Men (qui héritent alors des uniformes noirs vus dans les films). Reste que Nick Fury est le seul, lors de ce changement, a devenir afro-américain alors qu'il était, au départ, caucasien ! Cette nouvelle vision du personnage de Fury n'est pas un hasard et dès sa création en 2001, il prend les traits de l'acteur Samuel Jackson (avec sa permission) sous le crayon de Mike Allred. C'est donc fort logiquement qu'un film devrait voir le jour et qu'une apparition de Jackson en Nick Fury est annoncée dans le prochain IRON MAN de Jon Favreau...

Avec un background aussi riche et de telles perspectives d'avenir, Nick Fury est sans aucun doute l'un des personnages phare de Marvel Comics. On peut dès lors s'étonner que, pour sa première adaptation à l'écran, la firme ne lui réserve en 1998 qu'une timide sortie vidéo sans véritable star à l'affiche… Un constat d'autant plus surprenant que la même année, la Marvel et la New Line misent beaucoup sur un héros de seconde zone via le personnage de BLADE. Les vampires auraient-ils une meilleure cote que les musculeux aux tempes grisonnantes ? Sans aucun doute et ce n'est pas le succès de la trilogie BLADE qui fera mentir ce postulat… Et cette réussite, le diurnambule la doit en partie à un homme : David S. Goyer, qui sera entre autres scénariste de la trilogie BLADE et réalisateur du troisième opus de la saga… Goyer semble aujourd'hui avoir une carrière dédiée aux super-héros avec lesquels il se montre généralement très respectueux. Il débuta dans cette voie en 1996 avec le script de THE CROW : LA CITE DES ANGES avant d'enchaîner en 1998 sur le DARK CITY de Alex Proyas, très orienté Comics lui aussi. La même année, Goyer s'occupera donc du cas BLADE mais aussi du NICK FURY dont il est ici question.

Fidèle à lui-même, David S. Goyer s'imprègne du matériau d'origine et nous propose une aventure contemporaine extrêmement fidèle au Nick Fury «classique» tel que décrit précédemment. Le scénario du métrage reprend donc globalement une partie des péripéties vécues par le héros durant les années 80. Goyer prend par ailleurs grand soin d'intégrer à son récit une foule de détails (clins d'œil au passé, période nazi, personnages rapidement nommés, etc...) que les fans de l'homme au bandeau seront sans aucun doute heureux de dénicher. Nous retrouverons par ailleurs l'organisation Hydra ainsi que l'un des «méchants» les plus charismatiques de la saga en la personne de Wolfgang Von Strucker. Du côté «alliés», le scénariste laisse une place importante au personnage de la Comtesse Valentina Allegra de Fontaine mais aussi à Timothy Aloysius 'Dum-Dum' Dugan, fidèle ami de Fury depuis ses débuts dans l'armée…

Si la trame scénaristique rédigée par un David S. Goyer inspiré laisse présager du meilleur, un rapide coup d'œil au casting risque cependant d'en effrayer plus d'un ! Alors que BLADE eut droit au félin Wesley Snipes pour son adaptation «live», Nick Fury devra donc se contenter des épaules de David Hasselhoff… Aïe. Après avoir discuté avec sa voiture durant cinq ans pour les besoins de K-2000 et couru mollement plus de onze ans sur les plages de ALERTE A MALIBU, l'acteur ne brilla guère sur petit comme sur grand écran. Son jeu limité et son charisme discutable eurent raison d'une carrière qui lorgne dorénavant du côté de l'auto-dérision (plutôt bien vue du reste). Voir le personnage de Nick Fury interprété par celui qui fit ses armes dans STARCRASH a donc de quoi laisser perplexe. La vision du métrage le confirme bien évidemment : Hasselhoff n'était manifestement pas l'homme de la situation ! Bien qu'il mâchouille le cigare avec conviction et s'avère aussi ronchon que l'exige son personnage, la prestation reste d'un très bas niveau, même pour un produit destiné au marché de la vidéo. Fidèle à ses habitudes, l'homme bombe le torse de manière excessive et bande au mieux sa flasque musculature, tentant ainsi de passer pour le sex-symbol qu'il fût (peut être) jadis…

David Hasselhoff nous ressort donc la douteuse panoplie de play-boy dont il usait déjà dans la série ALERTE A MALIBU. La recette peut paraître bien grotesque du point de vue du spectateur mais il semble qu'elle fonctionne toujours, comme en témoignent les personnages féminins du métrage qui n'ont d'yeux que pour lui… Ce sera tout d'abord le cas de Lisa Rinna qui, dotée d'une bouche sponsorisée par Michelin, accompagnera notre héros dans ses folles aventures. L'ex-pom-pom-girl devenue actrice nous livre donc ici un personnage de Valentina de Fontaine aussi peu crédible en femme forte qu'en ex-compagne aimante... Le constat sera identique en ce qui concerne Tracy Waterhouse qui hérite du rôle de Kate Neville, personnage capable de lire (difficilement) dans les pensées. Mais la palme de l'incompétence sera sans le moindre doute décrochée par Sandra Hess, lamentable interprète de Viper, la fille Von Strucker. Voir la belle simuler l'orgasme lorsqu'elle tue, à la manière de Famke Janssen dans GOLDENEYE, provoquera à coup sûr fous rires et crampes abdominales. Il en sera de même lorsqu'elle opte pour un air sadique ou tente de faire preuve d'une certaine autorité. L'actrice cumule les mimiques grotesques et accentue ses expressions au point qu'on la dirait sortie d'un cartoon ou d'une énième suite à AUSTIN POWERS… Mais plus globalement, c'est l'ensemble des prestations du film qui pèche, sent le surjeu et la mauvaise direction d'acteur à plein nez…

Cet «amateurisme», nous le retrouverons par ailleurs au niveau de la mise en scène, malheureusement bien plate pour un métrage dit «d'action». Alors que le Nick Fury du Comics est généralement enclin à gérer les conflits en faisant usage d'une violence souvent excessive (tout comme son ami le Punisher), son alter-ego filmique nous apparaît comme bien mou. Nous l'avons dit, David Hasselhoff est un véritable problème mais ne l'accablons pas car l'homme se trouve ici grandement desservit par un réalisateur tout simplement incapable de placer sa caméra. Rod Hardy, cinéaste australien quasi-exclusivement télévisuel, semble systématiquement à la recherche de l'angle qui va tuer la crédibilité des séquences qu'il filme. Le bonhomme prend donc grand soin de nous montrer que les coups ne portent pas, s'attarde sur des doublures fort mal choisies et s'endort pendant que ses acteurs grimaces en (très) gros plan. Nous n'aurons à noter aucune trouvaille, aucune idée et, plus grave encore, aucun mouvement de caméra ! Cette dernière demeure fixe et se contente, 90 minutes durant, de zoomer ou suivre maladroitement des acteurs filmés systématiquement à hauteur d'homme… En cela, NICK FURY a vraiment des allures de métrage fauché mis en scène par un authentique tâcheron.

Un constat d'autant plus regrettable que le film compte en réalité quelques idées amusantes comme un œil explosif, un robot sosie de Hasselhoff (en bien plus costaud !) et une station volante réalisée en images de synthèse… A côté de cela, l'œuvre pourra paraître déroutante pour les spectateurs ne connaissant pas le Comics Nick Fury. A titre d'exemple, on évoque le nazisme, les faits de gloire de Fury durant la seconde guerre mondiale et ce alors que le film se déroule de nos jours. Un rapide calcul nous permet dès lors de déduire que le héros a près de 90 ans lors de cette aventure ! En réalité, le Comics apporte une réponse à cela : Alors qu'il se trouvait en France et fut blessé au combat, Fury fut recueilli et soigné par un chercheur qui lui inocula un sérum (le «Infinity formula») ralentissant considérablement son vieillissement… Cette anecdote pourra bien évidemment être qualifiée de «détail» par certains mais en réalité, c'est l'absence de nombreuses précisions de ce genre qui fait de NICK FURY un film assez souvent bancal et maladroit. Le spectateur se questionne, cherche à comprendre et ne trouvera en réalité aucune réponse, à moins bien sûr qu'il ne se décide à ouvrir la version papier du mythe… Bien qu'intéressant et très respectueux du matériau d'origine, NICK FURY s'avèrera donc être une véritable déception pour ceux qui attendraient, légitimement, un métrage d'action fortement burné. En autorisant l'usage de cette franchise dans de telles conditions, la Marvel a sans aucun doute tué le personnage de Nick Fury dans sa version dite «classique». Nous en avons du reste la preuve puisque aucune séquelle ne verra le jour en dix ans et ce malgré un final plus qu'ouvert. Suite à cette expérience, la Marvel aurait sans doute pu apprendre de ses erreurs. La sortie récente en vidéo d'un MAN THING bâclé confirme malheureusement que ce n'est pas le cas…

NICK FURY a bénéficié d'une sortie DVD assez furtive sur le territoire français via l'éditeur Opening. Il faut dire que la qualité n'est guère au rendez-vous et que la galette s'avère tout simplement vide de supplément. Nous n'aurons donc droit qu'à une horrible page fixe nous invitant à choisir entre le démarrage du film et un accès par chapitre… Quel cruel dilemme ! Le métrage nous est présenté au ratio 1.33 encodé en 4/3. A priori, nous avons bien là le format d'origine du métrage. Un tel format, couplé à des couleurs plutôt fades, contribue bien évidemment à renforcer l'aspect télévisuel du film… Au-delà de cela, la copie est correcte et les seuls défauts que nous pourrons noter semblent être des saletés (gouttes, tâches, etc...) d'origine. Le nettoyage des objectifs ne semblait pas être une priorité lors du tournage ! Nous noterons par ailleurs une très légère tendance à la rémanence qui ne s'avère cependant pas pénalisante…

Sur le plan sonore, nous parlerons au singulier puisque seul le doublage français est ici disponible. Proposé en stéréo, cette piste audio s'avère plate mais parfaitement claire et permettra au spectateur de profiter de dialogues par instant surréalistes. Pour imager notre propos, nous évoquerons un magnifique revolver futuriste dont on nous dit qu'il est «à reconnaissance thermale» ! A priori, le mot «thermique» semblait plus indiqué mais qui sait, peut-être s'agit-il là d'une arme relaxante proposant un soin des mains grâce à des eaux riches en minéraux… Peut être…

Rédacteur : Xavier Desbarats
Photo Xavier Desbarats
Biberonné au cinéma d'action des années 80, traumatisé par les dents du jeune Spielberg et nourri en chemin par une horde de Kickboxers et de Geishas, Xavier Desbarats ne pourra que porter les stigmates d'une jeunesse dédiée au cinéma de divertissement. Pour lui, la puberté n'aura été qu'une occasion de rendre hommage à la pilosité de Chuck Norris. Aussi, ne soyons pas surpris si le bougre consacre depuis 2006 ses chroniques DeViDeadiennes à des métrages Bis de tous horizons, des animaux morfales ou des nanas dévêtues armées de katanas. Pardonnez-lui, il sait très bien ce qu'il fait...
46 ans
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Un scénario très respectueux du matériau d’origine
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Une réalisation bâclée
Des acteurs incroyablement mauvais
Un aspect très fauché
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L'édition vidéo
NICK FURY : AGENT OF SHIELD DVD Zone 2 (France)
Editeur
Support
DVD (Simple couche)
Origine
France (Zone 2)
Date de Sortie
Durée
1h30
Image
1.33 (4/3)
Audio
Francais Dolby Digital Stéréo
Sous-titrage
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