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Critique du film et du DVD Zone 1
LE COLLECTIONNEUR 2002

 

Pas si courant que cela, un thriller canadien en langue française. Le producteur Christian Larouche décide d'acheter les droits du roman de Chrystine Brouillet, Le Collectionneur, puis d'en confier la réalisation à Jean Beaudin et ce, sur un coup de tête. Et c'est tout autant une surprise, aussi, de retrouver Jean Beaudin aux manettes d'un thriller car le cinéaste est peu habitué aux films commerciaux. Il a en effet réalisé des films plus confidentiels comme BEING AT HOME WITH CLAUDE ou encore LE MATOU. Il est également l'auteur d'un curieux film fantastique Canadien en 1972, LE DIABLE EST PARMI NOUS.

En prenant quelques libertés avec le livre, le film raconte l'histoire de la détective Maud Graham (Maud Guérin), femme indépendante, aux prises avec ce qu'elle comprend être un tueur en série qui découpe ses victimes pour en prélever un membre. Les corps mutilés s'entassent et son enquête vient se croiser avec l'amitié qu'elle porte à un jeune prostitué de 16 ans (Lawrence Arcouette) à qui elle offre régulièrement l'hospitalité. Mais également à un jeune fugueur (Charles-André Bourassa) qu'elle installe chez elle. Frisant l'illégalité, n'a-t-elle cependant pas précipité sa fin en accordant son amitié à ces deux jeunes ?

Le thème du film n'est pas nouveau. De RESURRECTION de Russel Mulcahy à BODY PUZZLE de Lamberto Bava, les collectionneurs de morceaux humains ont déjà été traités au cinéma. La différence ici se situe en termes de richesse des personnages et le choix délibéré de ne pas montrer les meurtres. Ce qui n'implique cependant pas que le film est dénué de toute image choquante. En effet, nombre de cadavres mutilés ne sont pas épargnés au spectateur et la caméra ne lésine pas sur les détails de jambes coupées et poitrines en lambeaux.

Concernant l'histoire du tueur en série, le scénario ne s'embarrasse pas de suspens et la détective arrive avec une trop grande facilité à la conclusion de la présence d'un tel tueur. Le reste demeure habituel jusqu'à la découverte de la névrose du tueur et ses motivations, qui auront été à peine dévoilées dans la scène d'ouverture. Du reste, le suspense ne se base pas sur l'identité du tueur, un maître du déguisement, mais sur son dessein final. Le scénario ne répugne cependant pas à perdre le spectateur, notamment dans la découverte d'un atelier regorgeant de sculptures macabres représentant des corps mutilés.

La grande originalité reste de montrer une femme détective, indépendante, libre et un peu en rupture avec sa notion de justice et de liberté individuelle. On pense à l'univers de l'écrivaine écossaise Val McDermid pour le décorum. Mais Maud Graham reste une sorte de pendant féminin au personnage incarné par Morgan Freeman dans un autre LE COLLECTIONNEUR (KISS THE GIRLS) datant de 1997 et LE MASQUE DE L'ARAIGNEE. Le co-scénariste et réalisateur Jean Beaudin a gardé du livre éponyme une Maud Graham intacte. Pas de transformation en jeune femme plus belle et aux pare-chocs aguicheurs, ceci afin de ne pas céder à un produit commercial trop évident (aux dires du producteur). Ensuite, son amitié avec le jeune prostitué, joué de manière très convaincante par le jeune Lawrence Arcouette, s'éloigne des clichés habituels sur le monde de prostitution adolescente. Le spectateur assiste à des scènes très dures, notamment celle où elle le découvre en train de se faire tabasser dans un parc. Croyant bien faire en intervenant, elle se fait rabrouer par le jeune en se faisant indiquer qu'elle ne l'a pas sauvé mais en fait manquer 100 dollars («piasses» en argot québécois) pour une pipe et des coups sur la figure. Cette détective, ce jeune à la dérive et le fugueur ont tous des personnalités sur un fil de rasoir entre les notions de bien et de mal. Leurs relations fugaces sont toujours émaillées de passions, de violence qui donne au film une tonalité inhabituelle dans un thriller.

En effet, ce type de film, habituellement de paternité américaine –je n'ose évoquer ici le catastrophique exemple français SIX PACK de sinistre mémoire- , se concentre sur une psychologie sommaire et des scènes d'action. Il n'en est rien ici, tant l'action semble être reléguée parfois au second plan. Ce qui privilégie la profondeur des caractères de chaque personnage et leurs interactions. Mais quelque fois au détriment du rythme qui s'affaisse en cours de route. Les scènes du commissariat sont ainsi totalement ratées, les coups de colère de Maud Graham et ses compagnons deviennent artificiels et plaqués sur l'action. De ce fait, la crédibilité de l'histoire en prend un sacré coup. Les dialogues n'aident pas non plus en restant collés à certains clichés habituels : «Vous êtes malade !» «Vous êtes fou !», ça commence à fatiguer quand on entend toujours cela d'une victime à son bourreau.

Le scénario offre aussi quelques incohérences. Par exemple le tueur demandant ainsi à la détective de se rendre seule dans son antre. Elle se retrouve malgré elle accompagnée de quelqu'un et ils n'hésitent à faire énormément de bruit à leur arrivée, au risque de se faire surprendre. Incompréhensible à la vue du soin apporté à la construction logique du récit.

Ceci dit, le film se rattrape en donnant une dernière partie remarquable en suspense et en scènes dérangeantes. L'affrontement psychologique et physique entre les quatre derniers protagonistes se déroule sur près de trente minutes en huis clos. La caméra utilise moult angles de prises de vues et la photographie joue sur les effets de lumières/ombres de manière très nuancée pour susciter la sensation d'enfermement. L'interprétation survoltée et fascinante de Luc Picard dans le rôle du tueur apporte un gage de folie nécessaire à la réussite de ce final.

Les bonus ont l'avantage d'être légion dans cette édition. Tout d'abord sur le premier disque, la présence d'une fin alternative qui n'apporte cependant pas grand-chose. Le commentaire du réalisateur se trouve sur la troisième piste sonore du film. Précis au début, regorgeant d'anecdotes de tournages, le commentaire s'étiole pour faire place à de longues plages de silence. Quelques informations sur la mise en scène qui se cale aux décors présents et sur la capacité d'un réalisateur à s'adapter aux éléments en présence (notamment sur les scènes entre le tueur et le fugueur, vers la fin) mais le tout reste bien en surface.

Sur le deuxième disque, un Making of de 92 minutes ! Il s'agit d'un vrai travail de reportage sur le processus de création, laissant intervenir tous les participants, des acteurs au monteur en passant par l'enregistrement de la trame sonore à l'auditorium de Radio Canada. Passionnant de bout en bout, un vrai compagnon au film. L'entrevue avec les deux producteurs vire rapidement au satisfecit personnel de Christian Larouche mais reste riche en informations, le temps de faire la part des choses entre le discours du producteur et celui du créateur du film… à croire que le réalisateur n'est qu'accessoire au film ! Ainsi retrouve-t-on un court-métrage (réussi et drôle) HIT AND RUN qu'il a produit mais qui n'entretient aucun rapport avec LE COLLECTIONNEUR.

Une surprise, cependant, une enquête interactive sur la résolution d'un meurtre. Le spectateur, grâce à sa télécommande, peut interroger les suspects, avoir accès aux indices, etc. et découvrir le meurtrier. Une fois le coupable découvert, l'on a accès à un code secret permettant de participer à un concours pour le gain du livre du film. Ingénieux mais la date limite est à ce jour dépassée. Pour le reste, une galerie de photos du film et la présence de diverses bandes annonces (françaises et parfois anglaises) complètent la liste des bonus : une véritable édition collector digne de ce nom.

Nous avons droit au film en version Widescreen 2.35 avec transfert 16/9. Tout du moins en apparence puisque l'image délivrée est très étrange. Les personnages sont écrasés et le cadre paraît un peu trop fin pour être honnête. Apparemment, le disque contient en réalité un transfert 4/3 au format cinéma mais l'option 16/9 se déclenche tout de même ce qui pourra être perturbant ! En fait, si vous disposez d'un diffuseur 16/9, il suffira simplement d'utiliser l'option permettant de regarder un film 4/3 au format cinéma pour retrouver une image qui semble largement plus correcte (toutes les photos illustrant ce texte ont été traitées en ce sens). Pour le reste, on a droit à une compression honnête, sans aspérités avec cependant un passage d'une couche à l'autre plus qu'évidente (un arrêt sur image inattendu en pleine action !). A noter que les Allemands ont sortis une édition DVD qui a le désavantage de proposer le film en version raccourcie d'une dizaine de minutes mais aussi un recadrage en 1.78. Pour le coup, du vrai 16/9 mais en respectant pas le format cinéma. Enfin, les Japonais ont aussi leur propre édition DVD avec un transfert au bon format mais 4/3 (autant dire comme sur le DVD canadien).

Capture du DVD
sans retouche

Côté sonore, le mixage en 5.1 reste discret, surtout orienté vers les voix centrale, gauche et droite. Les voix arrière n'offrent que peu d'intérêt et semblent même avoir été oubliées par instants par le mixage. Quelques sons d'ambiance mais même la musique reste calée à l'avant. La piste en simple stéréo, bien claire, demeure cependant moins intéressante.

Pour le spectateur français, quelques expressions seront difficiles à comprendre tant l'argot prend quelquefois le dessus. Ce qui n'empêche en rien la compréhension du film, bien sûr. Ceci dit, l'inverse étant souvent vérifié, tant notre argot rend délicat la vision de certains films au Québec. Ce qui n'empêche que LE COLLECTIONNEUR demeure un exemple certes imparfait mais élégant de tentative de thriller québécois/francophone et doté d'une dernière demi-heure efficace.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
55 ans
1233 news
395 critiques Film & Vidéo
On aime
Un thriller psychologique réussi
Une édition remarquablement complète
On n'aime pas
Des scènes de dialogues peu crédibles
Un film trop long
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L'édition vidéo
LE COLLECTIONNEUR DVD Zone 1 (Canada)
Editeur
Christal Films
Support
2 DVD
Origine
Canada (Zone 1)
Date de Sortie
Durée
2h05
Image
2.35 (4/3)
Audio
Francais Dolby Digital 5.1
Francais Dolby Digital Stéréo Surround
Sous-titrage
  • Anglais
  • Supplements
    • Commentaire audio de Jean Beaudin
    • Making Of (92mn)
    • Interviews de Christian Larouche et Ginette Petit (38mn)
    • Fin alternative
      • Bandes-annonces
      • Version cinéma
      • Version télé
      • Teaser français
      • Teaser anglais
    • Galerie de photos
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