Une maladie nommée Maze a provoqué une invasion de «zombies». Les infectés devenus extrêmement violents ont ainsi contaminé une partie de la population. Heureusement, les scientifiques ont réussi à trouver un remède qui a guéri 75% des infectés. Ces derniers sont alors petit à petit réinsérés dans la société. THE CURED démarre au moment où la société retrouve un semblant de stabilité.

Les morts-vivants et autres zombies traînent depuis longtemps au cinéma. Les innovations dans le domaine sont assez rares par rapport au nombre de métrages existants. Ils sont encore plus rares, les réalisateurs à s’être posé la question de l’état du monde après l’apocalypse. Un élément de réponse était donné à la fin de SHAUN OF THE DEAD. Celle-ci était plus ou moins reprise dans FIDO. Dans un autre registre, WARM BODIES nous proposait une «relecture» de Shakespeare en version zombie. La série britannique IN THE FLESH évoquait la réinsertion des infectés au sein de la société et les problèmes que cela pourrait engendrer. THE CURED en est l’héritier puisque le point de départ est assez proche. Mais le réalisateur et scénariste David Freyne place son intrigue en Irlande ce qui donne au film d’autres nuances.

Il apparait difficile d’ignorer que la maladie du film porte le même nom que celui de la prison où étaient enfermés les nationalistes irlandais durant une trentaine d’années. Dans le film, les infectés sont gardés en cellule puis tout au long de leur guérison résident dans un camp d’internement. La présence militaire est très présente dans les rues. Un groupuscule, carrément nommé «Résistants», comme les militants pouvaient se qualifier eux-mêmes, s’organise. L’analogie avec la période sombre vécue en Irlande du Nord est assez évidente. A partir de là, THE CURED peut être clairement pris comme une métaphore des fractures sociales irlandaises.
En rejoignant sa famille, le héros du film porte un lourd passif. Son passé violent lui reste en mémoire comme un traumatisme. Il est alors partagé entre son aspiration à un apaisement auprès de sa propre famille et sa fidélité envers la «famille» des anciens infectés. THE CURED évoque de manière détournée l’endoctrinement dans un groupuscule. Déchiré entre sa loyauté et la moralité, le personnage principal est confronté à un dilemme insoluble. Le point de bascule s’opérera dans une prise de conscience intérieure. Le film n’est pas pour autant manichéen. Le «mentor» du héros n’a aucun remords par rapport à ses actes et semble agir par ambition personnelle. Les militaires sont décrits comme brutaux et participants à des exactions. L’univers de THE CURED présente une société désunie et partagée sur diverses questions concernant le statut des victimes ou des coupables, des résistants ou des terroristes, des protecteurs ou des oppresseurs…
C’est aussi l’occasion, de manière sous-jacente, de se demander si le recours à la violence est justifiable. David Freyne nous présente aussi divers personnages confrontés à des situations difficiles : la difficulté de vivre avec du sang sur les mains, l’absence de vérité concernant la mort d’un proche, des relations amoureuses et des familles brisées, la discrimination… THE CURED se sert du cadre d’une histoire de «morts-vivants» pour évoquer des problèmes purement humains non résolus après une période sombre et violente. Particulièrement lorsque les blessures et les fractures n’ont pas été complétement guéries. La dernière partie du film mène directement à cette conclusion. Les événements du passé vont marquer l’innocence des générations à venir.

Si vous vous attendez à voir débarquer des hordes de «zombies», vous risquez d’être déçu. Hormis la dernière partie du film, THE CURED s’inscrit plus dans le domaine du drame social. Certains passages comme les manifestations manquent un peu d’ampleur. De même, quelques décors font pauvres. Mais ces défauts s’oublient sans peine grâce à l’intrigue et à ses personnages, en particulier le héros interprété par Sam Keeley. Au générique, on trouve aussi Ellen Page (devenue entre-temps Elliot Page), Paula Malcomson, Tom Vaughan-Lawlor et Stuart Graham.
Depuis son premier long-métrage, THE CURED, David Freyne a réalisé d’autres films. Et le cinéaste n’a clairement pas envie qu’on l’enferme dans une case particulière. Son film suivant, LE PLAN D’AMBER, quitte le cinéma Fantastique et l’Horreur. Il s’agit d’une tendre et triste histoire d’homosexualité. On y retrouve d’ailleurs Art Campion en professeur de math, une nouvelle fois dans un rôle secondaire. Pour son troisième film, David Freyne change de registre et revient au Fantastique avec POUR L'ÉTERNITÉ. Cette comédie romantique passée un peu inaperçue donnait aux spectateurs matière à réflexion. Si David Freyne ne donne pas l’impression de suivre une voie clairement définie, son cinéma questionne sur divers aspects de nos sociétés et de notre humanité. En cela, on peut dire qu’en trois longs-métrages, ce cinéaste irlandais donne envie de suivre ses prochains films.