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 GERARDMER 2007 : COMPTE RENDU ET PALMARES
   
News de DeVilDead Team publiée dans [Festival/Evénement]
le Mercredi 07 Février 2007

Grardmer 2007 s'achve sous 12 (la temprature de l'air, bien sr). Force est de reconnatre que si sur le papier la programmation tait allchante, autant sa vision sest rvle plutt mdiocre. Les distributeurs des majors, comme leur habitude, ne sont pas venus. Nous avons donc eu droit un festival de films distribus par Metropolitan Filmexport et Wild Side repartis bredouilles d'ailleurs -, ainsi que quelques distributeurs indpendants qui portent le flambeau des films de genre en France.

La slection des films aurait pu se dtailler en quatre catgories: Idiote aux cheveux longs , Je te slashe, tu me slashes par la barbichette , L'abandonne a l'ide comme dirait Johnny - ou encore Nulle par ailleurs. Avec des films qui cumulent les catgories. Explications.

Les idiotes cheveux longs avaient pignon sur rue, malgr un cru 2006 dj prouvant. SAKEBI (RETRIBUTION) de Kyoshi Kurosawa fut le plus effrayant et aurait pu aussi entrer dans la catgorie C'est ton destin: ferme ta gueule. S'il y a une vengeance oprer, c'est celle que le ralisateur inflige au spectateur! Pauvre en budget et en imagination, le film peine installer une quelconque atmosphre, si ce n'est celle d'un ennui prissable. On assiste hilares des pripties d'un fantme vengeur (qui manque de se manger un poteau) hantant son meurtrier, qui n'est autre qu'un flic enqutant sur ce qu'il a peut-tre commis. Puis sur une srie de noyades meurtrires dans des flaques/cuelles/bassines d'eau sale. Risible, ridicule, retourne d'o tu viens. Avec en prime un Twist Again Tokyo final qui peut s'appeler L'cuelle de la mort. Au secours.

SISTERS, de Douglas Buck, est une redite honteuse tendance Cronenberg 70's d'un Brian de Palma 70's sur des surs siamoises diaboliques. Il accouche d'un film schizophrne qui ne mne nulle part. La finalit chappe au spectateur, conscient d'assister un exercice cinphile de la part d'un ralisateur qui connat ses bases (en poussant trs trs fort, on y verra des rfrences CRASH ou encore THE BROOD et videmment l'original avec Margot Kidder). Le final modifi et la tentative parfois maladroite d'hommage (split screen revisit sauce MY LITTLE EYE ou, soyons fous, SLIVER). Chlo Sevigny semble drogue, Stephen Rea se croit dans TERREUR POINT COM 2 et seule Lou Doillon ne s'en sort pas si mal, sauf quand elle est couverte de sang. Avec ses longs cheveux choucrouts, a ne colle plus du tout. Prfrons-lui Scissor Sisters, tout aussi rfrentiel mais beaucoup plus fun. Et on peut danser dessus.

RE-CYCLE des frres Pang , parle de son hrone qui crit un livre sur le surnaturel et se voit hante par une autre idiote aux cheveux longs, et voyant que ce qu'elle crit se ralise. LECTURES DIABOLIQUES revisit et de l'autre ct du miroir, avant de plonger dans une vertigineuse vision plastique du monde des esprits. Une pluie d'effets en CGI, souvent magnifiques et une premire partie assez adroite. Hlas, l'hrone croise une enfant et l, c'est la catastrophe. Le film s'effondre dans une mivrerie confondante, avec par exemple une scne de cimetire qui se prend pour une pub Unicef sur fond de musique British Airways 80's. Sans compter un message douteux sur les bbs avorts qui sont en fait malheureux d'avoir t abandonns et on passe la fin, sirupeuse et vomitive dans sa dpiction des regrets maternels.

Dans la style L'abandonne a l'ide, il y a en premier lieu THE ABANDONNED de Nacho Cerda. Rput pour des courts-mtrages ambitieux, le film a l'ide de confier le premier rle une femme mre, chose peu courante, mme pour l'eau. Dans un pitch rappelant LE CONCILE DE PIERRE, le film mle adoption et maternit contrarie: elle tente de retrouver la trace de sa mre qui semble morte dans des circonstances mystrieuses en Russie. C'est un peu le spectateur qui se trouve abandonn, en fait. Nouveau syndrome du film de couloir, o l'hrone court et crie une bonne partie du film, le tout parsem de la nouvelle mode horripilante du cinma actuel. A savoir une camra pileptique qui s'agite sans que le spectateur ne dcle quoique ce soit. Une narration qui se sacrifie au profit des sons trop forts et des images tressautantes intervalles rguliers. Le film s'installe alors dans la catgorie C'est ton destin: ferme ta gueule, au fur mesure qu'elle tente d'chapper son doppelganger. Tout est pli depuis le premier tiers (ralisateur de court-mtrage oblige ?). Reste faire errer les personnages pendant 96 minutes au fond des bois, dans une maison dcrpie, pour se souvenir au final qu'on est dans un film d'horreur. Un scnario d'une facilit et d'une vacuit dconcertantes ne survit pas un visuel que l'on sent soign mais qui tourne vide (avide?). La forme du rcit ne fait pas tout.

Et en fait, la mdiocrit de THE RETURN d'Asif Kadeipa en vient surnager au dessus reste. Sarah Michelle Gellar livre un numro agrable au final, sortant de ses opus prcdents. Celui d'une femme en proie des visions et s'auto mutilant, retournant sur les lieux de son enfance. Une histoire relativement classique, solidement crite (le retour en question n'est pas seulement celui de l'hrone mais des collisions de trois personnages) et dot d'un photographie qui tonne de par son aspect glac. Un Scope gnreux, un ralisateur qui sait travailler son image et installer une ambiance particulire. Cependant, le rsultat ne s'lve jamais, peut tre par manque d'ambition, et ne fait jamais peur. Prfrant sans doute demeurer dans les affres d'un drame psychologique o AUDREY ROSE pointe le bout de son nez.

Et pour complter le tout, une mexi-connerie avec KILOMETRO 31, co produite avec l'Espagne. Comment dire tout en restant poli? Le film est d'une navet consternante et utilise des ressorts dramatiques uss jusqu' la corde, et qu'on avait pas vu depuis une bonne vingtaine d'annes. Encore des fantmes abandonns et qui se vengent sur les vivants en provoquant des accidents au kilomtre 31. Et d'une jumelle se sentant dmunie et qui tente de sauver sa sur en lucidant le mystre et du film de s'emptrer, de traner en longueur sur les atermoiements personnels des amants concurrents, du policier qui croit aux fantmes et est obsd par cette affaire, des portes qui claquent, des fantmes aux cheveux longs qui courent, des apparitions subites, des sursauts en pagaille, du CGI hurlant ASSEZ! Seul le plan final tonne, tout d'abord il signe la fin du film et c'est une bonne nouvelle, mais galement de par sa nature tnbreuse.

Ce n'est pas du Jean Yanne, mais a en a le got. Et pour Je te slashe, tu me slashes par la barbichette , nous avons IN 3 TAGEN BIST DU TOT. Une rsurgence autrichienne de slasher qui a le malheur d'arriver avec dix ans de retard. Lorgnant du ct de SOUVIENS TOI L'ETE DERNIER, le scnario pche par un manque total d'originalit. Les amateurs et connaisseurs du genre seront forcment dus. Il existe tout de mme un ancrage social enracin dans un quotidien morne d'une petite ville en bord de lac. Une atmosphre autrichienne trs bien rendue qui rompt avec les clichs amricains qu'on nous sert par grosse rasade dans les rayons de vido clubs. Une mise en scne adroite qui contient des plans versant dans le sublime. Le visuel est le meilleur atout du film, o mme le gore vient pointer le bout de son nez. Un ralisateur suivre, clairement.

MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, LE COMMENCEMENT de la fin. Un film dfouloir qui enchanta les spectateurs acquis la cause du film. Un film qui va arracher les slips et qui bourrine mort comme on a pu l'entendre. Mais qu'en ressort-il vraiment? Moi y'en a vouloir du sang! Manqu. Brutal, mais au contenu sanguinolent quasi-absent. Un massacre sans aucune personnalit, souffrant du mme mal que THE ABANDONNED, savoir une camra pileptique qui ne laisse aucune visibilit l'action. Bouger pour mieux masquer le vide scnaristique. Le shrif Hoyt (R. Lee Ermey, reprenant du service comme toute la famille de Leatherface) se voit affubl de punchlines la Freddy Krueger, dsamorant toute vellit de malaise. Leatherface, toujours jou par Andrew Bryniarski, n'a aucun charisme et n'effraye en rien. L'humour noir a quelques trononneuses de retard et fait tout tomber plat. Ce ne sont pas les jeunes acteurs au physique interchangeable et aux personnalits inintressantes qui y trouveront redire. Et jamais 1969 n'a ressembl 2007.

WILDERNESS est le second film de Michael Bassett aprs LA TRANCHEE. De manire inexplicable, et surtout aprs son bide britannique de l't pass, il sort chez nous. Rien de fantastique l aussi, juste un survival bien brutal au scnario incohrent et la limite du ridicule. Certains rebondissements laissent en effet perplexes. Commenant comme un DOG SOLDIERS 2, il se poursuit avec des pointes de sauvageries bienvenues, un gore parfois mchant mais de l le sortir en salles, on peut s'interroger sur la finalit et l'intrt de la chose.

CRY_WOLF fait office de vainqueur dans cette catgorie. Sans presque aucun plan sanglant, bas sur un scnario qui ressemble beaucoup d'autres (on y voit une goutte de slasher sur campus US mtin de GOSSIP), il voit son intrt rehauss du fait de la qualit plastique qui l'anime. Un Scope impeccable la photographie aux teintes automnales qui tonnent quant au produit propos. Tout comme des dialogues d'une surprenante qualit d'criture. Une image lche couple une histoire qui sait ce qu'elle est, qui joue avec les conventions du genre et qui tente malgr tout de surprendre. Le final rserve quelques petites surprises inattendues. C'est lisse, jamais vraiment surprenant mais se laisse voir sans dplaisir. Ce qui dans cette slection tenait du miracle.

Enfin, la catgorie Nulle part ailleurs a su rassembler les vainqueurs du palmars. Le canadien FIDO a pour lui l'avantage de la fracheur. Ce croisement adroit de PLEASANTVILLE avec des films de zombies surprend largement. Sous le couvert d'une reconstitution magnifique d'une petite ville amricaine des annes 50, on voit poindre un discours social et politique sous-jacent de l'ambiance clairement pro guerrire et intolrante de l'Amrique d'aujourd'hui. Un parallle pas si idiot, tant les annes 50 ont su gnrer ce mme type de paranoa. Reprenant ainsi les codes couleurs et comportementaux, sa porte n'en est que plus forte. Qu'il s'agisse du dynamitage de la structure familiale, de sa parabole sur les armes ou pour glorifier l'amour avec les zombies, FIDO se pose l. Avec en prime le sourire de Carrie-Anne Moss, le flingage de deux gosses et du gore foison. Mais que demande le peuple?

BLACK SHEEP tait ds les cinq premires minutes de sa projection d'ores et dj le Prix du Public. Ce n'est que justice, tant le film est jubilatoire. Ce n'est clairement pas un film pour blass. Mais cette histoire no-zlandaise gore de moutons garous doit tellement Peter Jackson premire mouture (sang, boyaux, pipi, caca) que cela en devient gnant. Les gags s'enchanent, les tripes s'envolent, les moutons dvorent, mais la caricature l'emporte sur le fond. Il devient vident que le ralisateur ne souhaite rien d'autre que de lcher son ide et advienne que pourra.

THE BOTHERSOME MAN (ou encore titr NORWAY OF LIFE) tranchait dans la slection officielle. Le film fantastique norvgien ne court pas les rues. Moins dfouloir que BLACK SHEEP, il n'emporta pas l'adhsion immdiate du public. Il s'agit nanmoins du meilleur film de la slection. Des compositions de plans admirables couples une ironie mordante sur la socit norvgienne (ou la ntre, au choix) en voie d'aseptisation extrme. Aprs son suicide, un homme se voit transport dans une ville o on lui confie un travail, un appartement. Bien que n'y comprenant rien, des petits dtails lui font comprendre que chacun suit sa vie de manire mcanique, que la nourriture n'a pas de got, tout comme le sexe. Chercher comprendre va le perdre. Bonheur superficiel et l'homme en proie au doute: cette mixture au propos noir se voit contrebalanc par un humour d'une mchancet extrme (voir la sanglante scne du mtro). Un bonheur qui embarrasse, tant tout sens humain a t vacu. Une parabole anormale qui tonne de par l'intelligence du propos et par son final obscur et dsespr, o seule l'ironie demeure. Et un rare film o le hros refuse la notion de prdestination. Un film sain, quoi.

On a aussi assist, un peu pein, l'hommage David Carradine. Aprs le cendrier d'Hideo Nakata en 2006, voici l'Aquarium (mais pas celui de Frdric Grousset) que M. Carradine, (mch?), a regard un peu hbt avant de repartir en coulisses. Et le public, rest assis en majeure partie pendant l'hommage, a pu profiter d'un extrait de KILL BILL 2 comme seul hommage. Pas de rtrospective, pas un seul film avec lui. Rien. Faire plusieurs milliers de kilomtres pour cela, c'en est presque gnant. Irvin Kershner, le prsident du jury, a eu aussi droit son aquarium mais a pu prononcer, sur un ton professoral, quelques paroles tout fait passionnantes. Un grand Monsieur.

Enfin, la slection Video a bnfici nouveau de la Palme de la pire projection du festival. Toujours le dos cass par les fauteuils 1953 du Paradiso, on a pu y voir des films dj sortis (FROSBITEN, THE WOODS) et d'autres en voie de l'tre. KAW en faisait partie. LES OISEAUX nouvelle mouture, avec des mchants corbeaux qui attaque la population d'un petite ville rurale US (mais tourn en Bulgarie) et qui picore non pas du pain dur mais les humains. Mlange d'effets mcaniques, de vrais oiseaux et d'effets numriques, il tient plutt bien la route de ce ct-l. Pour le reste, c'est un film d'attaque animale en pilotage automatique. Des dialogues atterrants (pauvre Rod Taylorqui explique linfluence de la vache folle sur les corbeaux mutants!) Jamais rien de vraiment surprenant, totalement balis. Hormis peut tre l'attaque d'un bus o les volatiles saisissent avec leurs pa-pattes des cailloux afin de les balancer sur le bus o survivent quelques protagonistes. Mdiocre, mais pas dshonorant. Grand moment de solitude festivalire: le film tait projet sans fonction 16/9, donc tout tir du haut vers le bas (et le lendemain il le fut mais totalement compress!). A la question du format, une timide rponse ultra technique survint le DVD n'a pas de menu, on ne peut rien changer. Soupir. Il en fut de mme pour BLOOD TRAILS et de la nuit court-mtrage du vendredi soir. Pathtique. Et personne pour lever le petit doigt et ventuellement, prendre en compte les desiderata des spectateurs: assister une projection correcte sans avoir mal au crne.

On le voit, la mdiocrit fut hlas de mise dans les films proposs. Des reprises intressantes sur grand cran (LA COLLINE A DES YEUX l'original, KING KONG), quelques heureuses surprises, mais bien peu au regard de ce qu'il a fallu avaler comme kilomtres de cellulod. Les stars en berne, la Star Ac' qui a fait hurler quelques teenagers venus pour et des spectateurs malgr tout prsents au rendez-vous, dans un Grardmer dprimant sans sa couverture neigeuse.

Francis Barbier

Palmars 2007
Grand Prix : DEN BRYNSOMME MANNEN (NORWAY OF LIFE) de Jens Lien (Norvge)
Prix du Jury (ex-aecquo) : BLACK SHEEP de Jonathan King (Nouvelle-Zlande) et FIDO d'Andrew Currie (Canada)
Prix de la Meilleure Musique de Film : FIDO d'Andrew Currie (Canada)
Prix de la Critique Internationale : DEN BRYNSOMME MANNEN (NORWAY OF LIFE) de Jens Lien (Norvge)
Prix du Jury Jeunes : DEN BRYNSOMME MANNEN (NORWAY OF LIFE) de Jens Lien (Norvge)
Prix du Public : BLACK SHEEP de Jonathan King (Nouvelle-Zlande)
Prix du Jury SciFi : DEN BRYNSOMME MANNEN (NORWAY OF LIFE) de Jens Lien (Norvge)
Grand Prix du Court-Mtrage : ECHO de Yann Gozlan (France)
Prix du Meilleur Indit Vido : ALIEN APOCALYPSE de Josh Becker (Etats-Unis)

A noter que KAW et ALIEN APOCALYPSE sortiront dans le courant de l'anne chez Free Dolphin respectivement le 1er aot 2007 et le 22 mai 2007. Free Dolphin a d'ailleurs ouvert rcemment son site ici : http://www.freedolphin.fr

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