MEMORIES - Chronique/Critique/Review Film & DVD (http://www.devildead.com)

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 FILM INFOS

 Titre original

 MEMORIES

 Année

 1996

 Nationalité

 Japon

 Réalisation

 Kouji Morimoto
 Tensai Okamura
 Katsuhiro Otomo

 Scénario

 Katsuhiro Otomo
 Satoshi Kon

 Musique

 Takkyu Ishino
 Yôko Kanno
 Jun Miyake
 Hiroyuki Nagashima

 

 DVD INFOS

 

Editeur

Format Disque

Double Couche

Durée

114 minutes

Format Image

Format Sonore

Japanese

Sous-titrages

English
Francais
Spanish
Portuguese

 

 SUPPLEMENTS

 •Memories of Memories (29mn15)
 • Bande-Annonces
  • Cowboy Bebop : The Movie
  • Cyborg 009
  • Final Fantasy
  • Metropolis
  • Returner
  • Steamboy
  • Tokyo Godfathers

 

 ON AIME

• MAGNETIC ROSE
• Le parti pris audacieux de CANNON FODDER
• Une très bonne édition parée de sous-titres en français

 ON N'AIME PAS

• Le segment STINK BOMB, un peu faible comparé aux autres

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 MEMORIES

 

Une équipe spatiale reçoit un signal de détresse d’un vaisseau errant : un extrait de l’opéra «Madame Butterfly». Un jeune homme se transforme malgré lui en une arme biologique dévastatrice. Une étrange ville surplombée de canons géants a dédié son fonctionnement social à une guerre contre un ennemi invisible. Soit trois histoires, aux styles et ambitions propres, qui constituent l’anthologie MEMORIES.

Photo : MEMORIES

On reproche souvent au film à sketches son manque d’homogénéité. Qu’il soit un recueil de courts-métrages ou un projet à part entière, il oblige le spectateur à la vision par segmentation et comparaison, faisant naître fatalement l’inégalité. Mais si le format montre ses limites vis-à-vis du cinéma classique, il se montre bien plus pertinent dès lors qu’il est ramené au cinéma d’animation. D’une part parce qu’il permet un fractionnement des lourdes contingences de production, idéal pour faire débuter de nouveaux talents ou encore pour permettre aux réalisateurs confirmés de s’attaquer à des projets plus personnels. D’autre part parce que la disparité entre segments, renforcée par des styles graphiques marqués, ne devient plus pour le spectateur un handicap mais bel et bien source de richesse et de diversité (puisque l’animation devient un liant tacite).

MEMORIES s’inscrit dans ce contexte, sur le modèle de ROBOT CARNIVAL (qui réunissait neuf courts-métrages) et surtout de MANIE MANIE, une anthologie de trois histoires signées de la main de grands noms de l’animation : Yoshiaki Kawajiri (NINJA SCROLL, VAMPIRE HUNTER D), Rin Taro (KAMUI, METROPOLIS) et Katsuhiro Otomo (AKIRA et ROBOT CARNIVAL justement). C’est sous le parrainage de ce dernier (et du succès d’AKIRA) que naît MEMORIES, une nouvelle anthologie adaptée d’un recueil de nouvelles écrites par ses soins ("Her Memories" ou "Kanojo No Omoide") destinée à imposer ses collaborateurs à des postes plus importants tandis que le maître signera lui-même un sketch des plus atypiques.

Photo : MEMORIES

Premier segment, MAGNETIC ROSE est signé Koji Morimoto. Remarqué par le clip d’animation EXTRA pour le musicien électro Ken Ishii, Morimoto est repéré par Otomo pour la réalisation d’un épisode de ROBOT CARNIVAL. La collaboration entre les deux hommes se poursuit lorsque Otomo confère à Morimoto le poste d’assistant réalisateur sur AKIRA. MAGNETIC ROSE sera la prochaine réalisation de ce dernier, après un long passage par la pub (il réalisera plus tard l’un des meilleurs segments d’ANIMATRIX avec BEYOND). Au scénario, on retrouve un certain Satoshi Kon, futur réalisateur de PERFECT BLUE et du merveilleux MILLENIUM ACTRESS. Quant à la musique, c’est la surdouée Yoko Kanno (COWBOY BEBOP) qui prend en charge la superbe partition du film.

Photo : MEMORIES

Si MAGNETIC ROSE possède le même point de départ qu’ALIEN de Ridley Scott (et se permet même de reprendre la glissade de John Hurt ou certains bruitages informatiques en guise de clins d’œil), le film opère rapidement une tournure plus auteurisante qui le rapprocherait plus d’un 2001, L’ODYSSEE DE L’ESPACE de Stanley Kubrick ou encore de SOLARIS de Andrei Tarkovski. Car ce n’est pas un monstre que l’équipe de sauvetage va rencontrer mais une entité indéfinissable, l’âme d’une chanteuse d’opéra qui aurait corrompu une portion de l’univers à ses propres règles spatio-temporelles faites de souvenirs et de cauchemars.

Photo : MEMORIES

Les habitués du travail de Satoshi Kon ne seront pas surpris de découvrir une narration schizophrénique oscillant constamment entre le réel et les diverses strates de fantasmé induit par l’entité. A l’instar des personnages du film, le spectateur est entraîné dans un tourbillon de séquences à la fois poétiques et terrifiantes, dominé par la superbe silhouette de la chanteuse. Pour mettre en scène cette histoire, Morimoto ne joue pas uniquement la carte du grand spectacle mais aussi de l’introspection, sous-entendant que la clef des mystères de l’univers se situe bel et bien au plus profond de soi-même.

Photo : MEMORIES

MAGNETIC ROSE est ainsi une formidable réussite. Dans l’animation bien sûr, mais surtout dans sa faculté à dépasser ses pourtant grandes ambitions narratives et formelles. Obsédé par le son et la musique, Morimoto compose avec ce film son propre opéra cinématographique, dont la vision laisse pantois tant celle-ci est épidermique (et non directement intellectuelle comme ses modèles). MAGNETIC ROSE sort donc de son cadre de film d’animation et de sa durée moyenne pour s’imposer comme un authentique grand film. Bien entendu, c’est de loin le meilleur segment de MEMORIES.

Photo : MEMORIES

Sans transition aucune (ce qui justifie ainsi le terme d’anthologie plus que de film à sketches), le métrage laisse la place à STINK BOMB, le second segment signé par Tensai Okamura (animateur sur GHOST IN THE SHELL de Mamoru Oshii, il a depuis signé la réalisation de la série WOLF’S RAIN). En gage de qualité, l’animation est confiée au célèbre studio Madhouse (crée par les disciples d’Osamu Tezuka) sous la supervision de Yoshiaki Kawajiri. En résulte un segment impressionnant graphiquement (même si le style tire plus sur la bande dessinée que sur une volonté de réalisme), mais franchement pauvre au niveau narratif.

Photo : MEMORIES

STINK BOMB pourrait être pris comme une parodie d’AKIRA, lorsque l’armée japonaise tente d’arrêter avec moult fracas l’avancé du télépathe Tetsuo dans les rues de Tokyo. Les grands moyens sont déployés ici pour tenter de stopper un jeune benêt dégageant un gaz mortel après l’absorption d’une pilule top secrète. Malgré les nombreux morts, le ton est clairement à la comédie puisque le segment insiste énormément sur l’incompréhension du pauvre personnage principal devant tant d’acharnement guerrier, et ce jusqu’à une chute en forme de pied de nez.

Après la baffe infligée par MAGNETIC ROSE, la légèreté de STINK BOMB ne joue malheureusement pas en sa faveur. Certes le spectacle est agréable et divertissant, mais l’impression de déjà vu n’aide pas à impliquer le spectateur. En résulte un épisode un peu paresseux, malgré d’impressionnants moments de bravoure. Heureusement, les amateurs d’inédits pourront se rattraper sur un dernier segment bien plus novateur.

Photo : MEMORIES

Signé par Katsuhiro Otomo lui-même, CANNON FODDER est une étrange découverte, sans aucun doute la moins accessible de MEMORIES. Plus court que les deux segments précédents (une vingtaine de minutes contre une quarantaine pour MAGNETIC ROSE et STINK BOMB), Otomo est ici en plein exercice de style. Le pari est de réaliser le film tout en plan-séquence, et donc sans montage (visible). Si l’expérience du plan-séquence avait déjà inspiré des réalisateurs prestigieux (Alfred Hitchcock avec LA CORDE, Orson Welles avec l’ouverture de LA SOIF DU MAL, Jean-Luc Godard avec PIERROT LE FOU, et même John Woo au détour d’une scène de A TOUTE EPREUVE), le procédé reste quasiment inutilisé dans l’animation. Et pour cause, cela relève ni plus ni moins de la démence technique.

Otomo tient pourtant son pari, s’autorisant quelques rares coupes entre de longs plans pourtant très dynamiques au niveau des mouvements du cadre. Pour rendre possible l’expérience, le trait est grandement simplifié (ce qui risque de désarçonner les fans du maître), et l’animation est largement assistée par les technologies numériques. La narration s’accorde de ce fait à la mise en scène, proposant une histoire un peu abstraite caricaturant le fonctionnement guerrier et industriel du régime nazi.

Photo : MEMORIES

CANNON FODDER s’adressera ainsi plus aux curieux qu’aux fans grand public de la japanimation. Le rythme lent de l’ensemble associé à l’austérité du style graphique ne sera pas au goût de tout le monde. Mais si le segment peut paraître hermétique derrière son parti pris, il n’en est pas moins symbolique de l’ambition du projet MEMORIES. Soit une anthologie d’un très haut niveau artistique à conseiller vivement à ceux qui prennent l’animation japonaise très au sérieux.

Photo : MEMORIES

Toujours inédit chez nous, c’est au niveau de l’import qu’il faudra fouiller pour y dénicher MEMORIES. Passée une édition japonaise onéreuse, c’est en zone 1 que le titre fait aujourd’hui son apparition avec même des sous-titres en français. L’image, au format, est de très bonne tenue. Aucun défaut à signaler au cours des trois segments. L’édition propose uniquement la piste originale japonaise, en Dolby Digital 5.1 . Agréable tant pour la subtilité d’écoute de MAGNETIC ROSE que pour les multiples explosions de STINK BOMB.

Outre la possibilité d’accéder à chaque segments de manière indépendante, l’édition propose de nombreuses bandes-annonces (dont les prochaines œuvres d’Otomo et Satoshi Kon, à savoir STEAMBOY et TOKYO GODFATHERS), et surtout le documentaire «Memories of Memories». Sur une trentaine de minutes, le reportage nous propose une série d’interviews avec les trois réalisateurs du film, ainsi qu’une «bande démo» de MEMORIES contenant des illustrations inédites. Même si l’on n'y apprend pas grand chose de nouveau, l’ensemble se suit malgré tout avec intérêt. La bande-annonce du film referme le supplément.

Photo : MEMORIES

Presque dix ans après sa réalisation, le spectateur français n’a toujours pas eu la chance de pouvoir découvrir MEMORIES. Si l’anthologie souffre d’un segment un peu faible en son milieu, elle mérite la reconnaissance immédiate ne serait-ce que pour le fabuleux MAGNETIC ROSE qui ouvre le film. Cette édition zone 1 et ses sous-titres en français reste donc la meilleure alternative pour visionner le film actuellement, pourvu que l’on possède un lecteur adapté.

Eric Dinkian

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