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 FILM INFOS

 Titre original

 WALKING DEAD, THE

 Autres titres

 MORT QUI MARCHE, LE
 

 Année

 1936

 Nationalité

 Etats-Unis

 Réalisation

 Michael Curtiz

 Scénario

 Ewart Adamson
 Peter Milne
 Robert Hardy Andrews
 Lillie Hayward
 Joseph Fields

 Musique

 Bernhard Kaun

 Acteurs

 Boris Karloff
 Edmund Gwenn
 Marguerite Churchill
 Ricardo Cortez
 Barton MacLane
 Warren Hull
 Joe Sawyer
 Henry O'Neill
 Joe King
 Addison Richards
 Paul Harvey
 Robert Strange
 Eddie Acuff
 Kenneth Harlan
 Miki Morita
 Ruth Robinson

 

 POSTERS

 
 LE MORT QUI MARCHE

 THE WALKING DEAD

LE MORT QUI MARCHE sort en 1936, alors que la production de films fantastiques hollywoodiens est encore abondante, sur la lance des succs Universal comme DRACULA et FRANKENSTEIN. Warner Bros produit durant cette vague quelques films confis au ralisateur d'origine hongroise Michael Curtiz : DOCTEUR X et MASQUES DE CIRE (tous deux en Technicolor bichrome), puis plus tard LE MORT QUI MARCHE.

Photo : MORT QUI MARCHE, LE (THE WALKING DEAD)

Au milieu des annes trente, Curtiz n'est plus cet europen frachement dbarqu qu'il tait la fin des annes vingt. Il s'est taill une place de ralisateur respect chez Warner Bros. Ce studio lui confie des projets ambitieux comme le film social sur les mineurs FURIE NOIRE en 1935. Il tourne aussi CAPITAINE BLOOD, son premier film d'aventures avec Errol Flynn qui propulse ce dernier Star du cinma d'action et digne hritier de Douglas Fairbanks. Leur collaboration se poursuit sur une srie de dix films, dont plusieurs chefs d'oeuvre de l'aventure comme LES AVENTURES DE ROBIN DES BOIS ou L'AIGLE DES MERS.

Si Boris Karloff est indissociable des classiques horrifiques Universal, il tourne aussi pour des firmes concurrentes : LE MASQUE D'OR chez la MGM, THE HOUSE OF ROTSCHILD chez les Artistes Associs, LE BARON GREGOR chez Columbia... Tourn juste aprs la production Universal LE RAYON INVISIBLE, LE MORT QUI MARCHE est son premier grand rle chez Warner.

Photo : MORT QUI MARCHE, LE (THE WALKING DEAD)

Pour LE MORT QUI MARCHE, Curtiz bnficie de l'aide de techniciens talentueux associs Warner tel le chef-oprateur Hal Mohr ou le maquilleur Perc Westmore. Le docteur Beaumont est interprt par Edmund Gwenn et nous retrouvons ses cts Marguerite Churchill et Barton MacLane, des visages familiers du fantastique d'alors.

LE MORT QUI MARCHE mle de nombreux genres (gangsters, procs, science-fiction, horreur, drame social) dans un rcit compliqu et par moment abracadabrant. Loder, un politicien vreux proche de la pgre, est condamn par Roger Shaw, un juge intgre, pour des malversations. Les gangsters proches de l'dile corrompu, parmi lesquels son avocat Nolan, organisent le meurtre du juge et font porter le chapeau John Ellmann, pauvre musicien au chmage. Des tmoins pourraient l 'innocenter, mais les gangsters les menacent. Ils se dcident parler, mais trop tard. Ellmann a dj t excut sur la chaise lectrique...

Photo : MORT QUI MARCHE, LE (THE WALKING DEAD)

Rentre alors en scne le docteur Beaumont, qui ramne l'infortun musicien la vie grce une technique de son invention. Cependant, Ellmann se rveille amnsique. Il reconnat instinctivement ses amis et ses ennemis, mais il n'a plus souvenir de sa vie antrieure. Le procureur Werner lui demande de l'aider retrouver les assassins du juge Shaw, tandis que le docteur Beaumont tente de lui faire avouer les secrets qu'il a contempls lors de son passage dans l'au-del...

Comme dans DOCTEUR X et MASQUES DE CIRE, Curtiz refuse d'aborder le fantastique en passant par une ambiance gothique et brumeuse, ou par un de ces dcors exotiques chers Universal (l'Europe centrale de FRANKENSTEIN, le Londres brumeux de DRACULA). LE MORT QUI MARCHE s'inscrit dans la ralit d'une ville amricaine des annes trente, avec la misre sociale dcoulant de la crise de 1929, ainsi que l'omniprsence de la pgre et de la corruption. Les dcors sont ceux d'une grande mtropole grouillant d'automobiles rapides, de journalistes et de rceptions mondaines. Le docteur Beaumont officie dans un laboratoire moderne situ dans sa clinique, et non dans un sinistre donjon.

Ce n'est pas la premire fois qu'un zombie hante un film hollywoodien. LES MORTS VIVANTS tenta de marcher sur les traces du succs de DRACULA : Bela Lugosi y crait des zombies grce une ancienne formule vaudou. Mais ce film ne connut pas vraiment de postrit immdiate, bien qu'on trouve aussi Karloff en mort-vivant dans LE FANTOME VIVANT de 1934. LE MORT QUI MARCHE explore donc un terrain encore vierge. Si, par ses objectifs (rendre la vie un mort), le docteur Beaumont rappelle le professeur Frankenstein, il n'est pas prsent comme un des habituels savants plus ou moins fous de Hollywood. Il ramne Ellmann la vie pour rparer une injustice. Son succs, loin de faire de lui un paria, lui vaut les flicitations des scientifiques du monde entier et de la socit dans son ensemble. Il n'est jamais prsent comme un exalt malfaisant. La mort d'Ellmann est si injuste que nous nous rjouissons de son sauvetage. Toutefois, le savant cultive des interrogations mtaphysiques: il espre des rvlations de la part d'Ellmann sur un thme macabre, certes, mais qui nous intresse tous : qu'y a-t-il aprs la mort ?

Photo : MORT QUI MARCHE, LE (THE WALKING DEAD)

Ellmann le zombie est un personnage pathtique et tragique, dans la grande tradition des meilleurs films de monstre hollywoodien, comme LE FANTOME DE L'OPERA, FRANKENSTEIN ou KING KONG. De son vivant, Ellmann est dj un peu perdu. Aprs avoir pass dix ans en prison pour avoir tu sa femme (il affirme qu'il s'agit d'un accident), ce musicien se retrouve la rue sans le sou. La pgre locale, installe avec la complicit des notables et des politiciens, lui font porter le chapeau dans une affaire de meurtre.

Ses derniers instants avant son excution donnent lieu une squence mlodramatique. Revenu d'entre les morts, il n'est plus le mme. Les traits alourdis, le regard hagard, tranant pniblement sa carcasse, il ne se rappelle plus d'aucun vnement antrieur son rveil miraculeux. Ellmann parvient jouer de la musique comme auparavant, reconnat ses ennemis, mais ne se rappelle pas des faits ayant entran son excution. Mme revenu d'entre les morts, on cherche encore le manipuler, que ce soit le procureur pour arrter les malfaiteurs, ou le docteur Beaumont pour lui soutirer les secrets de l'au-del.

De plus, pour se protger, la pgre cherche l'abattre une nouvelle fois ! Ellmann erre gar dans ce monde qu'il ne comprend pas. Il se rend au cimetire et dit "J'appartiens cet endroit", comme le monstre de Frankenstein affirmait lucidement "J'appartiens la Mort" la fin de LA FIANCEE DE FRANKENSTEIN. Entour partout o il se rend d'un aura surnaturel, il sme malgr lui une terreur mortelle parmi les gangsters. Est-il besoin de prciser que Karloff est nouveau impeccable ? Il compose un mort-vivant pathtique, la fois coup du monde par son caractre fantomatique et irrel, et en mme temps humain et touchant, annonant quelque part LE MORT-VIVANT de Bob Clark.

Pour faire tenir en une heure un rcit aussi dense, il faut bien le sens du rythme et de l'efficacit de Michael Curtiz. Si il rend par son style nerveux l'tat d'excitation de la vie urbaine, il ralentit son tempo pour exprimer la nature surnaturelle d'Ellmann le mort-vivant. Il souligne le dcalage complet, le contraste saisissant entre le monde des vivants, plein de bruit et d'activit, et la lenteur hagarde de ce zombie aux gestes et aux penses rythmes par le temps des morts. Soulignons encore quelques magnifiques squences, telle la mise en œuvre expressionniste du processus invent par Beaumont pour ramener Ellmann la vie, au milieu des superbes dcors d'un laboratoire bourr de dispositifs lectriques. La magnifique scne au cours de laquelle Ellmann reconnat ses bourreaux et les dvisage avec intensit durant un concert de piano, est un sommet de l'art cinmatographique de Michael Curtiz et du jeu dramatique de Boris Karloff.

Photo : MORT QUI MARCHE, LE (THE WALKING DEAD)

Certes, par ci par l, LE MORT QUI MARCHE a une tendance pousser dans le mlo, ou utiliser des rebondissements tirs par les cheveux. Mais il n'en reste pas moins un film riche, ralis et interprt de mains de matres, abordant le fantastique sans cynisme ni nonchalance.

1936 marque aussi un net ralentissement de la production de films d'horreur suite des mesures de censure trs svres aux USA et, surtout, en Grande-Bretagne. Ainsi, Universal ne fait pas de films d'horreur en 1937 et 1938. Nanmoins, LE MORT QUI MARCHE a tout de mme une certaine influence. Ainsi, dans LE RETOUR DU DOCTEUR X de 1939, tourn par Vincent Sherman pour la Warner, un savant ramne la vie un autre scientifique, le docteur Xavier, incarn par Humphrey Bogart, qui se retrouve avec les mmes mches blanches que Ellmann le zombie. CELUI QUI AVAIT TUE LA MORT, sorti la mme anne, met cette fois en scne Karloff dans le rle du savant : arrt et condamn mort pour avoir mener des expriences douteuses, il est ramen la vie grce une de ses invention mise en œuvre par un de ses assistants...

Malgr l'homonymie de son titre anglais, LE MORT QUI MARCHE (THE WALKING DEAD) n'a pas de rapport direct avec la bande dessine amricaine et la srie tlvision actuelle du mme nom! Nanmoins, il montre que sa formulation de la condition du mort-vivant a eu pour le moins une certaine influence!

Emmanuel Denis

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