CARRIE


Un match de volleyball, deux équipes de filles qui s'affrontent et Carrie White, en dernière ligne, sur qui on compte sans trop y croire pour récupérer cette balle et ne pas perdre le point. Personne ne se fait d'illusions : elle va la rater. Quand la balle arrive sur elle, elle lève un bras, son visage se crispe, presque effrayée par ce projectile qui surgit, et craignant déjà la colère de ses camarades. Comme prévu, elle ne parvient pas à sauver ce ballon. Ses coéquipières sont furieuses, ses adversaires moqueuses. Toutes se retrouvent au vestiaire, certaines sont nues, elles rient, discutent... Carrie, seule sous la douche, se savonne lascivement, profitant de ce moment d'intimité et de chaleur bénéfique, quand subitement, elle constate que sa main est pleine de sang. Baissant les yeux, horrifiée, elle constate que ce sang provient de son entrejambe. Elle hurle et supplie ses camarades de l'aider, convaincue qu'elle est en train de mourir. Les autres, au lieu de la rassurer, se moquent d'elle et la harcèlent jusqu'à ce qu'elle se réfugie, terrorisée, dans un coin de la douche, et que la prof de gym s'aperçoive de ce qui se passe.

Premier roman publié de Stephen King et premier film de commande de Brian DePalma, CARRIE est désormais considéré comme l'un des grands classiques de l'histoire du cinéma. A l'époque du tournage, personne ne se doutait qu'il remporterait un tel succès, et qu'il serait un tremplin pour la carrière de nombreux jeunes acteurs. Brian DePalma s'est, en effet entouré pour réaliser ce film, commandé par United Artists, d'une belle brochette d'acteurs dont certains sont célèbres aujourd'hui, parmi lesquels on peut citer Nancy Allen, John Travolta et Sissy Spacek. DePalma a eu bien du mal à convaincre les studios que ce livre valait la peine d'être adapté. Est-ce pour faire un pied de nez à ceux qui lui ont fermé la porte qu'il a à ce point soigné CARRIE ? Le fait est que ce film est aujourd'hui encore et après de nombreux visionnages, toujours aussi spectaculaire, émouvant et terrifiant.

Avec en poche un petit budget de 1.8 millions de dollars, DePalma qui venait de finir OBSESSION et à qui l'on avait reconnu un véritable talent après PHANTOM OF THE PARADISE, commence à chercher des acteurs qu'il découvre sur un casting commun avec un certain... George Lucas, ce dernier préparant un film intitulé : LA GUERRE DES ETOILES. Trois mois de casting plus tard, les choix étaient faits de part et d'autre, et il est clair nos deux jeunes réalisateurs n'ont pas perdu leur temps. Ils venaient de choisir minutieusement et avec un grand professionnalisme assorti d'un instinct étonnant ceux qui allaient les propulser au rang des grands du monde cinématographique.

Sissy Spacek a été sur le coup tout simplement parce qu'elle était mariée à Jack Fisk, le directeur artistique de PHANTOM OF THE PARADISE, sur lequel elle avait assisté son cher et tendre. Elle a lu Carrie, et a voulu ce rôle, coûte que coûte. DePalma avait déjà une actrice en tête, mais quand il a vu Sissy Spacek jouer le personnage de Carrie, il a été totalement séduit et lui a fait confiance. Encore une fois, il a fait un excellent choix, car Sissy Spacek est incroyable dans ce rôle. On se prend d'amitié pour ce vilain petit canard, dont la fadeur n'a d'égale que l'ignorance des choses de la vie et de la féminité et pour cause ; sa mère la maintient dans un cocon religieux où toute notion de plaisir est exclue et relève du péché mortel. Sous ce joug oppressant et ô combien réducteur, la pauvre Carrie ne parvient pas à s'intégrer dans cette école où les filles rivalisent de beauté et de jolies tenues. On connaît la méchanceté des adolescents à l'encontre de ceux qui diffèrent d'eux par leur comportement ou par leur difficulté à communiquer ; les filles du lycée Bates (nom que DePalma a choisi en référence à PSYCHOSE) n'échappent pas à cette tendance, harcelant à l'envi cette pauvre fille qui n'a pour seul moyen de défense, que ce don de télékinésie, don qui lui permet, lorsqu'elle se sent en danger, d'attirer l'attention sur un objet qu'elle déplace mentalement.. Elle transmet une émotion intense, et on ressent sa frayeur à travers ses yeux et son visage torturé aussi bien que sa joie immense lors du bal. Elle irradie, rayonne de mille feux intérieurs, faisant de son visage radieux une représentation parfaite du bonheur. Ce moment est réellement magique. Elle est d'une beauté presque irréelle, et on la suit sur la scène, fascinés par cette grâce que sa mère a si bien dissimulée, la couvrant d'une chape d'interdits et de honte.

Sissy Spacek a donné au personnage de Carrie une ampleur exceptionnelle, mais CARRIE doit aussi énormément à l'époustouflante interprétation de Piper Laurie, dans le rôle de cette mère dévote à l'extrême, qui au nom de son Dieu tout puissant, inflige des sévices et des punitions terribles à sa propre enfant. Victime de ce qu'elle considère comme un viol, dont elle a enfanté Carrie, elle ne s'est jamais pardonné d'avoir cédé à la tentation de la chair. En bonne chrétienne, elle fait sa pénitence depuis ce jour, tentant de racheter cet immonde péché par une piété frisant l'aliénation. Elle est tout bonnement terrifiante, dans ce rôle où l'on ne peut prévoir ses réactions, partagée qu'elle est entre l'amour de Dieu et sa haine des hommes. Ainsi, lorsqu'on lui apprend que sa fille vient d'avoir ses règles, sa seule réaction est d'une violence inouïe et l'on voit tout le dégoût sur son visage lorsqu'elle annonce à Carrie qu'elle est devenue une femme. Piper Laurie a un talent indéniable et on n'est pas étonné d'apprendre qu'elle a improvisé certaines de ses réactions et même conseillé Brian DePalma sur certaines séquences, comme celle où elle voit Carrie dans sa robe, dont le scénario disait qu'elle était rouge. La costumière trouvant que le rose allait mieux au teint de Sissy Spacek, elle lui fit une robe de cette teinte, mais Piper Laurie, concentrée sur son texte, ne fit pas la différence sur le moment. Quand il s'aperçut de cette erreur, DePalma voulut refaire cette scène mais Piper Laurie lui suggéra de la conserver, au contraire, car cette confusion de couleur montrait à quel point la mère était obsédée par le mal, dont le rouge est la couleur de prédilection. L'effet est garanti, cette erreur contribuant très efficacement à renforcer la folie qui se dégage de son personnage.


DePalma a ainsi laissé beaucoup de liberté aux acteurs, acceptant leurs suggestions, leurs idées comme autant d'enrichissements pour le film. Jack Fisk bénéficiait aussi de cette liberté de mouvement qui lui permit de proposer des décors minutieusement sélectionnés, étudiés ou construits. CARRIE doit son succès à cette liberté, qui a permis à tous de s'exprimer et de donner le meilleur d'eux-mêmes, de s'imprégner totalement de leur personnage et de l'ambiance du film. Ainsi, l'atmosphère de la maison est rendue presque irrespirable par la luminosité sépulcrale qui l'emplit, accentuée lors des scènes où la mère va se déchaîner, portée par un fanatisme religieux proche de la folie furieuse. Là, la lumière se fait plus blafarde mais surtout glaciale, illuminant son visage et le rendant plus effrayant encore. La scène où Carrie lui annonce qu'elle a été invitée au bal en est le plus bel exemple : Un orage gronde au dehors, éclairant d'une lueur bleutée le visage enragé de Piper Laurie et la pièce plongée dans une pénombre angoissante, laissant deviner les deux femmes assises de part et d'autre d'une table dont le prolongement est une reproduction de la Cène, où Judas trahit Jésus.

Deuxième sortie française de CARRIE en DVD. Cette nouvelle édition aura de quoi satisfaire les amoureux du film, car elle propose en bonus deux documentaires très intéressants sur le film, ses conditions de tournage, des anecdotes sur des choix artistiques... Réalisés par Laurent Bouzereau, bien connu maintenant de tous les DVDphiles et DVDphages que nous sommes, ces deux documentaires, "Visualiser Carrie" et "Jouer Carrie" durent respectivement 41 et 42 minutes, pendant lesquels on a la surprise de voir la plupart des acteurs et certains membres de l'équipe du film intervenir et raconter leur rôle, le casting et autres détails intéressants, et ce, vingt cinq ans après cet immense succès. On n'aura pas le plaisir de voir des commentaires de John Travolta, seule star qui n'apparaît dans aucun des documentaires.

Outre ces deux métrages sympathiques, on découvre avec amusement, dans un court documentaire intitulé "Chanter Carrie" que CARRIE a fait l'objet d'une... comédie musicale, jouée à Broadway, oui Madame, mais qui n'a pas eu assez de moyens pour continuer. Lawrence D. Cohen qui était le scénariste du film nous raconte comment il a travaillé sur ce projet tandis que Betty Buckley qui a été prise pour le rôle de la mère, nous raconte comment il a été reçu par le public. Dommage que nous n'ayons pas le plaisir d'en découvrir quelques images, qui sait, peut-être cela aurait donné à certains de nos contemporains l'idée d'adapter d'autres films d'horreur en comédie musicale, imaginez un peu, MASSACRE A LA TRONCONNEUSE à l'affiche du POPB* ! Comme si cela pouvait ne pas suffire à notre bonheur, on découvre aussi la présence d'une galerie animée de photos (clichés de tournage, affiches, lobby cards...), une bande annonce en version originale qui dévoile quand même beaucoup de passages clefs du film, un topo textuel, en anglais exclusivement, sur l'adaptation du roman de Stephen King et les raisons des différences intervenues sur le scénario. Dommage que l'éditeur ne se soit pas fendu d'une traduction pour les non-anglophones. Enfin, un livret de 8 pages (couverture comprise) apportera quelques précisions supplémentaires ou redondantes par rapport aux documentaires.

La copie utilisée pour ce disque est excellente. On a bien du mal à réaliser que ce film a 25 ans. Le son, quant à lui, a bénéficié d'un traitement très subtil, respectant la bande originale. Seule la musique semble avoir été remixée, et quelques effets sonores particulièrement bien dosés. La musique prend une dimension grandiose, remplissant la pièce et plongeant le spectateur au coeur de l'intrigue. A propos de musique, celle-ci a été composée par Pino Donaggio dans le respect de l'oeuvre de Bernard Herrmann, pressenti par Brian DePalma avec qui il avait déjà travaillé mais mort prématurément. Donaggio s'est très bien tiré de cet exercice, faisant de la musique un élément indispensable à l'ambiance de CARRIE, comme celle de PSYCHOSE, dont il ne se cache pas d'avoir puisé son inspiration, en guise d'hommage à son prédécesseur, et avec la bénédiction de DePalma. Cette édition est donc dans l'ensemble plus que satisfaisante et mérite amplement de rentrer dans notre top 100 des meilleures éditions DVD du moment.

Sorti en France sous l'appellation ridicule parce que totalement inappropriée de CARRIE AU BAL DU DIABLE, le film a perdu depuis bien longtemps cette extension. Ce qui n'empécha pourtant pas le film de rafler le Grand Prix du festival du film fantastique à Avoriaz en 1977.

Nadia Derradji

* Palais Omnisport de Paris Bercy


ON AIME
L'interprétation
La mise en scène
La musique
Les documentaires

ON N'AIME PAS
Les textes sur Stephen King non traduits

Meilleures scènes

  • Carrie annonce à sa mère qu'elle ira au bal
    (Chapitre 17)
  • Le bal magique
    (Chapitre 21 à 26)
  • Le bal tragique
    (Chapitre 26)
  • Le retour de Carrie et la résolution de sa mère
    (Chapitre 29 et 30)
Année : 1976

Durée : 94 minutes

Acteurs :
Sissy Spacek
Piper Laurie
Amy Irving
John Travolta
William Katt
Nancy Allen
P.J. Soles
Betty Buckley

Réalisateur :
Brian DePalma

Scénario :
Lawrence D. Cohen
Stephen King (livre)

Musique :
Pino Donaggio

Format disque :
Double Couche

Format Image :

Format sonore :
Anglais : 
Français : 
Italien : 

Sous-titrage :
Anglais
Français
Italien
Hollandais

Les Suppléments

  • Visualiser Carrie (41mn)
  • Jouer Carrie (42mn)
  • Chanter Carrie (6mn30)
  • Bande-annonce
  • Galerie de photos
  • Notes en anglais sur Stephen King et l'adaptation du livre

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