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Critique du film
PROWL 2010

 

Patrik Syversen, auteur norvégien de MANHUNT (ROVDYR), quitte la Scandinavie afin de réaliser PROWL, présenté hors compétition au Festival du Film Fantastique de Gérardmer en 2011. Cela fait preuve d'une certaine continuité dans l'œuvre d'un auteur en devenir, tout en sa sacrifiant aux attentes du genre. Un peu comme MANHUNT, en somme.

Amber (Courtney Hope) est une jeune femme désireuse de quitter sa petite ville et son emploi de bouchère. Ses amis l'accompagnent à Chicago pour sa nouvelle vie. Suite à une panne de voiture, ils sont tous pris en stop par un routier pourtant peu enclin à les secourir (Bruce Payne). Il va en fait les livrer à des créatures assoiffées de sang dans un entrepôt où ils serviront de proies.

PROWL fait partie de la cinquième salve de films produits et/ou distribués par la société de Courtney Solomon (After Dark Films), qui présente divers métrages fantastico-horrifiques de tonalité «B» et la plupart du temps à budgets réduits. Ils sont présentés brièvement lors d'une sortie cinéma avant d'être distribué en video, VOD et Blu Ray, sous le label After Dark Horrorfest : 8 Films do Die For, ici en prévision pour mars 2011 aux Etats-Unis.

La similitude entre MANHUNT et PROWL se situe surtout dans la destinée de la jeune héroïne qui passe de statut de victime/proie à celui de chasseuse. Un peu comme l'éveil de la nature de la bête qui sommeille en chacun de nous. Pensant avoir un destin tout tracé, elle réalise qu'un événement incongru au bord d'une route apparemment banale va la transformer en quelqu'un d'autre.

L'autre influence qui saute aux yeux reste l'ambiance chasse à l'humain de 30 JOURS DE NUIT, voire même du ridicule SKINWALKERS sous certains aspects. Des créatures qui grimpent le long des murs, effectuent des sauts impressionnants et dévorant leurs proies à pleines dents... Dommage que Patrik Syversen use et abuse d'une caméra atteinte de parkinsonnerie abusive. La shakycam, ça suffit ! Heureusement, le choix visuel rugueux et sans utilisation de filtres colorés compense cela. Une tonalité ténébreuse, quasi gothique, qui recoupe une vision assez réaliste de la situation présente.

L'articulation du récit privilégie l'espace clos du hangar désaffecté pour les 2/3 du film. La première partie s'ingénie à présenter l'héroïne comme une sorte de victime d'une routine particulière. Employée dans une boucherie, en proie à des rêves sanglants, elle ne rêve que d'échappatoire. Ses amis plutôt friqués ne comprennent pas forcément sa soif de changement mais l'accompagnent néanmoins dans son déménagement. Pour un changement radical de vie, ils vont être plutôt bien servis, leur destin s'arrêtant tout net aux confins du fantastique et de l'horreur. Deux étapes surviennent ensuite : d'abord l'arrière du camion où le groupe est enfermé, puis une ouverture du récit (et du camion) sur un nouvel espace clos. Un hangar émanant en fait d'anciens abattoirs. La passerelle narrative est aisée, et le spectateur comprend rapidement que d'abattoirs pour animaux, l'endroit est un espace d'abattage d'humains. Soulevés, dévorés, arrachés au sol pour une raison que le métrage révèlera aux trois quarts de la durée (sans macaron).

Côtés effets spéciaux, il a fallu aux artistes sérieusement jouer avec la pauvreté budgétaire. L'artifice : l'obscurité. Elle oblitère pratiquement tous les défauts visibles en pleine lumière. De ce fait, les effets numériques de grimpe des créatures le long des murs, escaliers et autres escarpements des bâtiments abandonnés font mouche. Couplés à des plans rapides et un rythme très soutenu, ils se marient avec réussite aux effets mécaniques qui louchent quelque peu vers le gore. Des maquillages discrets, là aussi entrevus de manière véloce, qui s'intègrent au récit de manière logique. En effet, les débordements sanguinolents ne sont jamais gratuits et sont induits par la narration. Patrik Syversen soigne ainsi le look du film, très macabre, nocturne et sauvage. Parsemés de quelques effets de trouille certes éculés mais qui fonctionnent toujours.

On ne saura pas grand-chose de cette horde (une vraie, celle-là) de «vampires chasseurs». Visiblement une peuplade cohabitant avec les humains depuis la nuit des temps. Mais surtout un instinct sanguinaire qui sommeille, et qui ne demande qu'à être révélé au grand jour. Une idée intéressante qui ne pourra hélas être développée que de manière très anecdotique. Les auteurs semblent ainsi avoir délibérément omis d'expliquer l'origine de ces créatures nocturnes se nourrissent de sang et de chair. Une certaine dose de mystère agréable, d'autant plus que la fin ouverte, très ambiguë sur la nature même de la bête révélée, permet quelques interprétations.

Maintenant, si la progression du récit se déroule sans ambages ni temps mort et fait office de quelques surprises sur son dernier quart, force est de reconnaître que PROWL ne souhaite pas être original. Dans sa forme, dans son sujet, il ne fait que suivre une recette bien huilée. Si bien qu'hormis quelques moments éparpillés ça et là, le film n'occasionne que très peu de surprises. Nonobstant ces réserves, il serait malhonnête de dire que PROWL ne séduit pas de par justement les limites du genre qu'il honore. Il faut également noter le charisme de Courtney Hope : une jeune actrice attrayante comme l'industrie cinématographique hollywoodienne en utilise à foison mais qui donne une épaisseur inattendue à son personnage. Egalement, le magnétisme animal de Saxon Trainor (échappée des deux MAGIC IN THE MIRROR de Ted Nicolaou ou encore de SKEETER) dans la peau de Veronica, chef de la horde des jeunes vampires-apprentis chasseurs. Elle interprète à merveille un rôle physique, pourvue d'une force séculaire dangereusement séductrice et violemment sanglante. Tout les oppose... ou presque.

Une série B très courte, 80 minutes au compteur, emballée en Bulgarie avec des moyens qu'on sent très rabotés. Peu d'originalité dans le propos, dans la narration et le propos mais menée tambour battant. Très satisfaisant dans l'univers formaté des DTV produits à la chaîne, PROWL se hisse sans mal dans le haut des productions lancées sur la marché du Home Video et qui saura satisfaire les amateurs.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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