Une pauvre fillette, Lana se retrouve embarquée par son père,
Jeremy Taylor (Al Cliver)
dans une expédition en jungle hostile ; elle ne tarde pas
à être enlevée par des cannibales qui dévorent
sa mère et amputent le bras de Taylor au passage. Abandonnée
par son père qui préfère fuir, elle devient la
Déesse Blanche. Dix ans après, Taylor prend la tête
d'une deuxième expédition qui part "tuer du cannibale".

Jesús
Franco, le réalisateur aux quelques deux cents films touche
à tout, et spécifiquement au film de genre : coquinerie,
aventure, mais surtout horreur, gothique, fantastique et réaliste
gore selon le goût du jour ; il surfe ici sur la mode initiée
par Ruggero Deodato
(LE
DERNIER MONDE CANNIBALE, CANNIBAL
HOLOCAUST) ou Joe
d'Amato (EMANUELLE
AND THE LAST CANNIBALS, ANTROPOPHAGOUS)
: massacre d'occidentaux filmés au plus proche de leur intimité
violée par les cannibales, usage pervers du ralenti et du flou,
décadrage violents, il s'agit de voiler plus que de dévoiler
les chairs usées telles des aliments rares, de montrer peu en
suggérant le dégoût et l'horreur du carnage. Le
peu de budget oblige Franco
à ces pirouettes stylistiques.

Ce film, qui au gré
des sorties vidéo se voit affublé de noms aussi évocateurs
que SEXO CANNIBALE, UNE FILLE CHEZ LES CANNIBALES ou WHITE
CANNIBALE QUEEN est une production Eurociné, sous la tutelle
de Daniel Lesoeur,
fils de Marius
Lesoeur (et père d'Anoushka,
qui joue le rôle de Lana enfant), fondateur de cette mythique
maison française, coupable de nombreux films de Jesús
Franco (UNE
VIERGE CHEZ LES MORTS VIVANTS, EUGÉNIE, L'ABÎME
DES MORTS VIVANTS), mais aussi du LAC
DES MORTS VIVANTS ou TERREUR
CANNIBALE (qui recycle d'ailleurs quelques plans de MONDO
CANNIBALE)
Le personnage de la Déesse Blanche est tout
de même une des bonnes trouvailles du film ; Sabrina
Siani (INCONTRO NELL'ULTIMO PARADISO de Lenzi,
CONQUEST
de Fulci),
dénudée, incarne la jeune Lana devenue grande. A ses côtés,
on retrouve les acteurs fétiches de Franco
: Antonio Mayans
mais surtout Lina
Romay, égérie de Jesús
Franco depuis 1972, avec qui elle a tourné plus d'une centaine
de films. Elle incarne le médecin qui accompagne Al
Cliver dans sa quête, dernière victime des dévoreurs
d'homme. Sa présence fonctionne comme une marque de fabrique
: le film en a bien besoin, puisqu'il semble avoir subi des sorties
successives, pas toujours sous le nom de Jesús
Franco. En effet, selon des sources alternatives, il serait produit
par Franco Prosperi,
qui s'est attribué le rôle de réalisateur de ce
film lors d'une première sortie en 1979, sous le titre de I
CANNIBALI : un flou artistique entoure certains films de Jesús
Franco !

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Autre marque
de fabrique, l'utilisation permanente des zooms à laquelle le
réalisateur espagnol nous a habitués, ainsi que le rythme
lénifiant du montage ; restent surtout deux moments, l'amputation
du bras de l'explorateur et la découverte du village massacré
qui, grâce à l'usage de la suggestion, plus que de la démonstration,
grâce aussi à un montage chaotique et nerveux, à
la bande son quasi expérimentale, procure une tension sourde
assez rare dans cette réalisation. Il ne s'agit pas de faire
la liste des incohérences du script et des faux raccords qui
ponctuent le film : il tire principalement de ces défauts sa
renommée. L'intérêt n'est pas là. Il n'est
pas non plus dans les scènes plutôt longues et répétitives
d'engloutissement de chairs humaines ; en revanche, on ne peut s'empêcher
de lire derrière l'intrigue simpliste de ce film une nouvelle
critique de l'occident colonisateur, oppresseur des peuples et peu enclin
à comprendre les murs des autres cultures : la Déesse
Blanche préfère, de façon explicite, rester chez
les Cannibales plutôt que de rentrer avec son père. Il
faut que ce dernier se plie à la coutume des Cannibales et combatte
le chef de la tribu pour qu'enfin, il puisse récupérer
le fruit de ses entrailles (les seules saines et sauves à la
fin !).
De quel côté sont les sauvages, c'est la question que pose
Jesús Franco,
dans ce film mineur de sa filmographie monumentale.

Bien que ce ne soit pas un
grand Jesús
Franco, c'est la première édition DVD française
d'un de ses films.
Le film est présenté en format 4/3, parfois recadré
horizontalement (selon la source utilisée) ; les couleurs, vives
dans certains plans, se ternissent le plan suivant ; les sources choisies
étaient de bien piètre qualité. Mais ce n'est rien
si l'on compare avec la qualité de la piste son : aucun traitement
n'a été fait sur la source et les craquements sont légion.
Seule la version française est disponible. C'eut été
excusable si c'avait été le seul défaut mais le
format DVD n'est pas du tout exploité avec ce disque (près
de la moitié de l'espace disque n'est pas utilisée !).
On peut regretter que les concepteurs de la jaquette n'aient pas privilégié
l'utilisation d'une des illustrations gore sexy dont le film s'était
vu affublé lors d'une de ses multiples éditions en VHS
dans les années 80 ; l'éditeur a néanmoins eu la
bonne idée de les inclure en bonus ; c'est d'ailleurs, malheureusement,
le seul effort éditorial.

Cette production Eurociné
aura fait les beaux jours des vidéo-clubs, c'était justice
d'en proposer enfin une édition DVD française ; dommage
qu'elle ne soit pas au niveau (!) du film : le peu de soin apporté
au traitement de l'image et du son et le manque de bonus sont des défauts
que n'atténue pas le prix du disque.
Jérôme
Peyrel
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