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 FILM INFOS

 Titre original

 DRAGONWYCK

 Autres titres

 CHATEAU DU DRAGON, LE
 

 Année

 1946

 Nationalité

 Etats-Unis

 Réalisation

 Joseph L. Mankiewicz

 Scénario

 Joseph L. Mankiewicz

 Musique

 Alfred Newman

 Acteurs

 Gene Tierney
 Walter Huston
 Vincent Price
 Glenn Langan
 Anne Revere
 Spring Byington
 Connie Marshall
 Harry Morgan
 Vivienne Osborne
 Jessica Tandy
 Trudy Marshall

 Adapté d'une oeuvre originale de :

 Anya Seton

 

 DVD INFOS

 

Editeur

Carlotta

Format Disque

3 DVD

Durée

90 minutes

Format Image

Format Sonore

English

Sous-titrages

Francais

 

 SUPPLEMENTS

 •LE CHATEAU DU DRAGON
  • Mankiewicz / Le Chateau Du Dragon : Naissance D’un Auteur (12mn01)
  • Le Chateau Du Dragon, Fantasme De L’excès (12mn28)
  • Trois Analyses De Sequences Autour Du Décor (10mn23)
  • Gene Tierney, Une Vie De Tourments (8mn09)
  • All About Mankiewicz : Partie I (51mn39)
 • CHAINES CONJUGALES
  • Mankiewicz, un cinéaste sans chaîne (15mn)
  • Chaînes Conjugales : La vie déjoue toujours le scénario (40mn)
  • All About Mankiewicz : Partie II (52mn)
 • L'AFFAIRE CICERON
  • Vanités (25mn)
  • Dans les coulisses de Cicéron (15mn)
  • Operation Cicero (50mn)

 

 ON AIME

• Une mise en scène précieuse et la verve mordante des dialogues
• Le couple Price-Tierney
• Les bonus instructifs

 ON N'AIME PAS

• Pas de piste audio française pour les non anglophones qui n’aiment pas lire les sous-titres

 LE CHATEAU DU DRAGON

 DRAGONWYCK

Dans le Connecticut rural du XIXème siècle, la famille Wells reçoit un beau jour une lettre d’un cousin lointain. Nicholas Van Ryn, riche propriétaire terrien, souhaite accueillir en son domaine de Dragonwyck une demoiselle de compagnie pour sa jeune enfant. Miranda, l’aînée des filles Wells, voit là une occasion rêvée de connaître d’autres horizons. Très vite elle s’éprend de son hôte et, suite au décès soudain de Madame Van Ryn, elle devient la nouvelle maîtresse des lieux. Cependant la vie au château ne sera pas aussi idyllique que prévu. A ses dépends, elle ne va pas tarder à en découvrir les sombres recoins et la personnalité terrifiante de Nicholas Van Ryn.

Photo : CHATEAU DU DRAGON, LE (DRAGONWYCK)

LE CHATEAU DU DRAGON, daté de 1945, a été écrit par Joseph L. Mankiewicz d’après le roman Dragonwyck d’Anya Seton. La réalisation était initialement assignée à Ernst Lubitsch. Touché par une crise cardiaque, il passera le relais à Mankiewicz en gardant un poste de co-producteur. C’est donc sous la houlette de son mentor que Mankiewicz signe ici son premier film en tant que réalisateur, son parcours antérieur (scénariste puis producteur) lui a toutefois permis de s’investir dans les différentes phases de l’élaboration d’un long métrage. Il sera reconnu comme grand cinéaste 3 ans plus tard avec CHAINES CONJUGALES puis avec ALL ABOUT EVE (interprété par Bette Davis), tous deux récompensés aux oscars.

Photo : CHATEAU DU DRAGON, LE (DRAGONWYCK)

LE CHATEAU DU DRAGON a l’avantage d’être servi par des acteurs de renom qui nous offrent là une belle performance. En tête d’affiche, Vincent Price incarne l’effroyable châtelain Van Ryn. Ici il n’a pas encore entamé la carrière horrifico-gothique qu’on lui connaît mais sa prestance et son jeu font déjà froid dans le dos, un emploi de méchant qui ne le lâchera pas de sitôt. Dans les années 60, il s’imposera donc dans de nombreuses oeuvres aujourd’hui devenues des classiques du cinéma d'épouvante dont les adaptations d’Edgar Allan Poe par Roger Corman (LA CHUTE DE LA MAISON USHER, LA CHAMBRE DES TORTURES, LE CORBEAU...) mais aussi d’autres titres comme L’HOMME AU MASQUE DE CIRE (récemment remaké) ou LA NUIT DE TOUS LES MYSTERES. Sa dernière apparition au grand écran avant sa mort date de 1990 dans EDWARD AUX MAINS D’ARGENT où il incarne le créateur d’Edward.

Photo : CHATEAU DU DRAGON, LE (DRAGONWYCK)

Le film fonctionne aussi sur l’alchimie du couple Vincent Price-Gene Tierney, auparavant éprouvée dans LAURA d’Otto Preminger et PECHE MORTEL de John M. Stahl où la jeune femme interprétait déjà sa dulcinée. Héroïne de films noirs des années 40/50, Gene Tierney sera réengagée par Mankiewicz pour le rôle titre dans L’AVENTURE DE MME MUIR. Autre nom connu des années 30/40 : Walter Huston (LE TRESOR DE LA SIERRA MADRE), qui interprète le père de Miranda, n’était autre que le père du réalisateur John Huston et le grand-père de l’actrice Anjelica Huston. Dans une apparition moindre on note la présence de Jessica Tandy, la mère possessive dans LES OISEAUX d’Hitchcock, qui jouera bien plus tard dans MISS DAISY ET SON CHAUFFEUR, COCOON ou BEIGNETS DE TOMATE VERTE.

Photo : CHATEAU DU DRAGON, LE (DRAGONWYCK)

Sur les traces de Rebecca et de Jane Eyre, LE CHATEAU DU DRAGON est emprunt d’un esprit fantastique et inquiétant. L’architecture gothique de la demeure recèle une pièce interdite dissimulant on ne sait quels desseins. Une malédiction pèse sur la famille Van Ryn condamnée à être harcelée par le spectre de leur aïeule. On est de surcroît troublé par le comportement étrange des occupants. Tout ceci ne fait que mieux ressortir la folie sombre du châtelain qui constitue la véritable menace dans cette histoire.

Photo : CHATEAU DU DRAGON, LE (DRAGONWYCK)

Une histoire qui évoque la vie d’un homme, dernier d’une lignée de grands propriétaires terriens et sa déchéance symbolique. Ce personnage, archaïque et autocratique, est accroché à son héritage et aux privilèges que lui confère son statut de noblesse. Il se révèle impuissant et solitaire face au vent de contestation qui s’élève parmi les fermiers. Ceux-ci veulent abolir leur état de dépendance et accéder à des conditions de vie meilleures. Une scène humoristique du film mérite particulièrement le détour : les paysans réunis à la taverne parodient Van Ryn assis sur son siège ancestral et réclamant le tribut des terres qu’il loue.

Photo : CHATEAU DU DRAGON, LE (DRAGONWYCK)

LE CHATEAU DU DRAGON, sous des dehors horrifiques, est aussi un drame agrémenté de romantisme puisqu’il conte le récit d’une jeune femme menée par un imaginaire romanesque (la rencontre du prince charmant, la vie luxueuse de château). Gene Tierney incarne ici l’innocence de la jeunesse pleine d’ambition. En se heurtant à la douloureuse réalité, celle-ci mûrit à travers son passage à Dragonwyck. Une phrase avisée de sa mère sera d’ailleurs : «On n’épouse pas un rêve».

Photo : CHATEAU DU DRAGON, LE (DRAGONWYCK)Photo : CHATEAU DU DRAGON, LE (DRAGONWYCK)

Dans cette première réalisation de Mankiewicz, on retrouve les thèmes qui seront récurrents dans son travail. Tout commence avec une lettre par laquelle tout arrive. Cet événement sera réutilisé dans d’autres films comme CHAINES CONJUGALES (le deuxième titre du coffret Mankiewicz). Le goût du cinéaste pour la satire sociale est très bien illustré au cours d’une discussion où des aristocrates hollandaises s’entêtent à vouloir déformer le nom de Miranda en «Van» Wells. La parole joue par ailleurs un rôle important. Van Ryn, personnage froid et mystérieux, est aussi séducteur, c’est par les mots qu’il envoûte ses interlocuteurs. Mais c’est encore par le dialogue que se dévoilent les ressorts du récit. On retrouve également la rivalité de deux hommes face à l’héroïne : un jeune avec de prime abord peu d’atouts (le docteur) est confronté à une personne plus âgée et brillante (le châtelain). Ceci constitue une référence directe au réalisateur admiratif devant son frère aîné et avec lequel la comparaison était inéluctable.

Intégrant ça et là d’autres détails propres tels que des valets perspicaces ou des personnages francophones, Mankiewicz installe sa marque de fabrique. LE CHATEAU DU DRAGON mélange avec habileté terreur et élégance. La mise en scène est travaillée, soucieuse du détail, les décors et costumes sont recherchés. Le tout est appuyé par une photographie en noir et blanc surnaturelle tantôt inquiétante, tantôt radieuse. Un résultat artistique que l’on doit principalement à Arthur Miller, Mankiewicz étant plus porté sur le scénario. De l’avis du réalisateur, la camera se devait d’être la plus discrète possible. Son oeuvre s’apparente ainsi à du théâtre filmé, l’oeil se focalisant sur les protagonistes et leurs actions.

LE CHATEAU DU DRAGON est donc un conte plein d’esprit glanant vers la romance et le gothique mais aussi relevé de touches d’humour savoureuses. Posant les premières briques de Mankiewicz à la réalisation, il présage la distinction de l’ensemble de l’oeuvre qui sera érigée par le cinéaste.

Photo : CHATEAU DU DRAGON, LE (DRAGONWYCK)

Le DVD ici passé en revue fait partie du coffret Mankiewicz édité par Carlotta. Celui-ci est composé de trois disques présentant chacun un film. Pour ce premier opus, l’image en noir et blanc est au format 1.33, 4/3 compatible 16/9. Le coffret proposant des masters restaurés, on ne peut qu’apprécier le travail effectué, surtout au vu de la dégradation des anciennes images du film mises en illustration dans les bonus. Le résultat est lumineux avec un contraste relevé. Un grain se fait parfois ressentir ajoutant toutefois au charme désuet du métrage. On note quelques rares poussières mais rien de vraiment gênant. Par ailleurs, la piste audio en dolby digital mono d’origine est tout à fait limpide et sans parasites. Cependant elle est uniquement en version originale sous-titrée en français.

Photo : CHATEAU DU DRAGON, LE (DRAGONWYCK)

Au nombre de cinq, les bonus présentés dans ce disque sont enrichissants et bien amenés. Ils nous donnent en premier lieu des clés de lecture. "Mankiewicz/Le château du Dragon : naissance d’un auteur" évoque le cinéaste et son oeuvre au travers de ses thèmes favoris. On ne passe pas à côté des sympathiques anecdotes parmi lesquelles on retient une déclaration de Mankiewicz évocatrice de son admiration pour Lubitsch : «Pour Lubitsch je porterai à l’écran l’annuaire du téléphone !». Les deux suppléments suivants : "Le château du Dragon, fantasme de l’excès" et "Trois analyses de séquences autour du décor" sont présentés par un spécialiste des décors de cinéma. On apprécie cette inclusion d’un représentant de corps de métier qui nous éclaire sur la mise en scène et comment celle-ci souligne subtilement le ressenti des personnages et des évènements. L’analyse en est tout à fait passionnante.

"Gene Tierney, Une vie de tourments" retrace le parcours de l’actrice. L’un des drames de sa vie arriva par une jeune fan atteinte de rubéole qui passa outre la quarantaine à laquelle elle était astreinte pour s’approcher de la star. Cette dernière enceinte accouchera d’une enfant mal formée et handicapée mentale. Un événement qui inspira Le Miroir se Brisa d’Agatha Christie. Cette présentation en voix off est appuyée par une galerie de photos et d’affiche de films.

"All About Mankiewicz" est une interview du réalisateur tournée en pellicule à différents moments dans les années 80. Ce documentaire nous offre un riche portrait de Joseph L. Mankiewicz où il évoque son arrivée dans l’industrie du cinéma américain grâce à son frère aîné déjà en place, son intérêt pour la psychanalyse et le théâtre mais aussi son travail en revenant sur certains de ses films. Ceci compose une première partie complétée par une seconde section plus orientée sur sa carrière à Hollywood dans le deuxième disque du coffret.

Photo : CHATEAU DU DRAGON, LE (DRAGONWYCK)

Au passage, la suite de l’édition se montre aussi engageante. Les DVD restants contiennent séparément les excellents CHAINES CONJUGALES et L’AFFAIRE CICERON, deux réussites plus conséquentes du maître accompagnées de leurs suppléments respectifs qui, sur le modèle du premier disque, nous permettent d’approfondir chaque métrage. De plus, le disque de L'AFFAIRE CICERON contient aussi un épisode d'une série télévisée produite par la Fox qui adaptait les films du grand écran pour le petit avec des acteurs parfois prestigieux. Dans OPERATION CICERO, les rôles principaux sont ainsi tenus par Ricardo Montalban et Peter Lorre.

Photo : CHATEAU DU DRAGON, LE (DRAGONWYCK)

Carlotta en proposant ce coffret très qualitatif jusque dans son packaging, nous permet de (re)découvrir dans les meilleures conditions LE CHATEAU DU DRAGON, un thriller gothique tout à fait plaisant. Les bonus quant à eux sont suffisamment nombreux et documentés pour nous offrir un éclairage pertinent sur Mankiewicz et son travail. Une façon de filmer qui est quelque part caractéristique des films de l’époque et qui toutefois, selon les goûts, peut ne pas plaire.

Sandrine Ahson

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