Une fac de médecine est le théâtre d'une invention
capitale bien que macabrement instable : en injectant un mystérieux
sérum fluo directement dans le cerveau d'un cadavre, ce dernier
revient littéralement à la vie
malheureusement à
l'état de brute ultra violente. Apprenti savant fou, le jeune
Herbert West (Jeffrey
Combs) va néanmoins poursuivre jusqu'à l'absurde ses
travaux autour du fluide, semant une joyeuse ribambelle de morts-vivants
derrière lui.

Dans le courant des années
80, le producteur Charles
Band produit à tour de bras divers films avant de monter
sa boîte de production nommée Empire dont la faillite le
mènera à créer la Full Moon. Son créneau
: la série Z bricolée à la chaîne et vendue
de par le monde via de somptueuses affiches dont le racoleur n'aura
de cesse de masquer la ringardise généralisée.
Qu'importe l'infinie nullité, les films en question sont à
peine diffusés qu'ils ont déjà rentabilisé
leur misérable budget. Quelques titres en vrac : RAYON
LASER et son ado possédé par une arme extra-terrestre,
ZONE
TROOPERS ou BREEDERS
et son monstre aux allures de mouche géante, violeur en série
de bimbos

Entre deux "exploitations",
il décide exceptionnellement de venir en aide à un petit
film d'horreur en cours de tournage alors que jusqu'ici, la boîte
s'occupait de A à (surtout) Z des productions maisons. Ce film,
vous l'aurez deviné, c'est RE-ANIMATOR. Une minuscule
bobine prometteuse qu'Empire alimente au niveau du budget (au final,
il s'élèvera à un million de dollars) en plus du
rachat des droits de diffusion. Le film se termine donc, et Empire se
targue enfin d'un très bon titre dans son catalogue. Pourtant,
ce que personne n'avait prévu, c'est que ce RE-ANIMATOR
explose littéralement le genre à sa sortie, traumatisant
à vie les spectateur du marché du film à Cannes
avant une sortie mondiale et une flopée d'apparitions remarquées
dans les festivals (en France, il décroche un prix "Spécial
Horreur" à Avoriaz en 86 puis une bande de journalistes
lui décerne le "Prix très spécial" la
même année).

Comme toute péloche
bricolée avec amour et cacahuètes, la réussite
de RE-ANIMATOR ne vient donc pas de son budget (il est plus que
mini compte tenu des exigences), mais bel et bien du talent des forces
en présence. Le film révéla en effet le producteur
Brian Yuzna (futur
créateur de la "Fantastic Factory" qui se veux le pôle
Européen de la production fantastique, mais aussi réalisateur
de quelques séries B célèbres dont SOCIETY
et sa partouze Dalinienne, ou encore LE
DENTISTE et son psychopathe adepte de la roulette), le réalisateur
Stuart Gordon
(qui se dévouera également par la suite au genre), et
surtout l'interprète Jeffrey
Combs (que l'on retrouvera plus tard chez Peter
Jackson dans FANTOMES
CONTRE FANTOMES). Autant de personnalités qui font encore
l'actualité de notre genre préféré.

En premier lieu, RE-ANIMATOR
fonctionne excellemment grâce à un très bon scénario
(inspiré librement d'une nouvelle de Lovecraft)
ainsi qu'à une galerie de personnages bien inspirés. Outre
le mimétisme confondant de Jeffrey
Combs en Herbert West, le film s'amuse à emmêler les
ficelles proprettes du sitcom pour nous réserver de belles surprises
bien trash. Nous suivrons donc les déboires sentimentaux de Dan
(Bruce Abbot)
et de Meg (Barbara
Crampton), la fille du tout puissant directeur de la fac que convoite
pourtant l'odieux professeur Hill (David
Gale). Dire que tout cela se conclura via une corrida de barbaque
sanguinolente avec l'arrivé de West et de son sérum ne
parait pas évident dit comme ça, et pourtant.

La bonne idée de RE-ANIMATOR
est là : mélanger sans arrêt des univers ou des
tons à priori antinomiques. C'est pourquoi l'univers gentiment
sitcom nous est installé avec insistance dans la première
moitié du film, afin de mieux trancher avec les débordements
ultra gores et osés de sa seconde partie. De plus, pour contrecarrer
le trop plein de glauque que suggère la bidoche faisandée,
les auteurs du film versent sans arrêt dans un humour très
particulier, à la limite du nonsensique. Un exemple parmi tant
d'autres, le duo comique formé de la tête décapitée
du professeur Hill et de son benêt de corps, la première
manipulant à grand peine le second à moins que cela ne
soit l'inverse ! Une bonne science du dosage est ici indispensable pour
ne pas sombrer dans la pantalonnade, ce que RE-ANIMATOR évite
avec une aisance confondante.

Mais parlons peu, parlons
bien, ce qui a beaucoup aidé RE-ANIMATOR à atteindre
son statut de perle du genre est bel et bien ses nombreux excès
qui restent encore à ce jour inégalés d'audace.
En plus de nous livrer une variation originale sur le thème du
mort-vivant, le film se montre hyper viscéral dans son expérience,
et ne se dégonfle jamais face au gore le plus décomplexé.
Par exemple, lorsque l'un des corps réanimés se voit exploser
par une surcharge de sérum, ce sont ses organes internes qui
viennent littéralement agresser nos héros. Mais la scène
la plus déconcertante (et la plus célèbre) voit
le prof Hill décapité / réanimé qui, foutu
pour foutu, va épancher ses obsessions (sexuelles bien sûr)
sur la jolie Meg. Nous assistons donc le regard incrédule à
la scène de caresses buccales la plus surréalistement
crade du monde, qu'une mise en scène habile et pleine d'humour
détournera de la provoc' bête et méchante pour en
constituer l'un des moments les plus hallucinants du genre. A noter
que les effets spéciaux (qui sont l'uvre entre autre de
John Carl Buechler,
un habitué de la maison Empire et immortel réalisateur
du non moins immortel GHOULIES
3), fonctionnent encore à merveille malgré leur
simplicité, grâce encore une fois à l'astucieuse
mise en scène de Gordon.

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Plus de quinze
ans plus tard, RE-ANIMATOR est donc toujours aussi goûtu.
Des défauts avec l'âge ? Peut-être un léger
manque de rythme dans sa première moitié, et encore, c'est
pour pinailler. L'énergie furieuse du film est toujours intacte,
preuve en est de l'incroyable longévité du métrage
dans l'inconscient collectif. D'ailleurs, pour être parfaitement
honnête, la plupart des intervenants du film ne s'en sont jamais
vraiment remis. Stuart
Gordon, après quelques titres prometteurs (FROM
BEYOND, DOLLS),
s'est retrouvé sévèrement embourbé dans
de gigantesques échecs commerciaux (le naufrage ROBOJOX,
le passé inaperçu SPACE
TRUCKERS). Pour son récent come back, Gordon
a choisi a l'instar de RE-ANIMATOR de retourner vers les écrits
de Lovecraft pour le réussi DAGON.
Passons sur le casting principal (où chacun vivotera entre série
B et production télé), pour nous arrêter sur Jeffrey
Combs que le rôle de West a rendu célèbre mais
aussi prisonnier d'une image de comédien fou. En bon producteur,
Brian Yuzna continue
quant à lui d'exploiter la franchise dans une carrière
de réalisateur là encore marquée par l'inégalité
(voir son récent et très moyen FAUST).
Après une première séquelle (LA
FIANCEE DE RE-ANIMATOR) qui avait surtout marqué par
ses effets spéciaux délirants signés du maquilleur
Screaming Mad
George, Yuzna
met en ce moment même la dernière touche à l'arlésienne
BEYOND
RE-ANIMATOR. On croise les doigts
Qui aurait cru
il y a quinze ans que ce petit film tout dégueulasse sortirait
un jour avec tant d'honneurs en vidéo ? Pensez donc : Double
édition "Millennium" avec une jolie jaquette bombée,
cure de jouvence image et son avec du remixage multicanal en veux-tu
en voilà, le tout certifié THX ! Même le boîtier
est à la couleur du fameux sérum, à savoir vert
fluo. Franchement, on n'en espérait pas tant. On n'est donc pas
déçu une seule seconde par le rendu de la copie (malgré
quelques petites taches de pellicule sans incidence). Si le film bénéficie
de pistes rebidouillées en 5.1 et DTS, on pourra cependant préférer
la piste originale en mono, moins artificielle. Par contre, avis à
ceux qui ne maîtrisent que sommairement la langue de Shakespeare
: le disque ne propose aucun sous-titre, pas même en anglais ce
qui aurait facilité la compréhension pour certains.

Question bonus, c'est la
totale. Sur le premier disque, ce sont pas moins de trois pistes audio
alternatives qui attendent l'auditeur. La première propose la
musique isolée en 5.1, histoire de profiter du remake musical
de la partition de PSYCHOSE
par Richard
Band (frère de Charles
Band, patron de Empire). Un premier commentaire audio donne la parole
à Stuart Gordon,
qui va profiter de la moindre seconde pour nous exposer la genèse
du film, ses intentions de mise en scène, voire même sa
vision en tant que réalisateur sur le genre. Une aubaine pour
les fans de Gordon,
même si son intervention se montre assez austère. Pour
la rigolade et les anecdotes de tournage, direction le deuxième
commentaire qui réunit Brian
Yuzna ainsi que les trois protagonistes principaux (Combs,
Abbot, Crampton
et Robert
Sampson qui joue le rôle du père de Meg). Apothéose
de ces retrouvailles bon enfant : la scène canaillouse du quasi
viol buccal où chacun y va de son fou rire.

Le deuxième
disque est tout autant chargé, alternant archives et matériel
constitué pour cette édition. Les fans se rueront en priorité
sur les 16 scènes étendues, des séquences du film
enrichies de quelques secondes supplémentaires (essentiellement
de dialogues). Souvent peu révolutionnaires, ces secondes alternatives
lèvent cependant le voile sur quelques détails passant
trop inaperçus (comme le don de Hill pour hypnotiser ses adversaires).
Totalement inédite, le disque propose une seule véritable
scène coupée : une séquence visiblement onirique
où West, Hill et le père de Meg réaniment le corps
inerte de cette dernière devant les yeux de Dan. Encore une belle
occasion de profiter de la silhouette dénudée de Barbara
Crampton.

Mais le disque de bonus est
aussi et surtout l'occasion pour les principaux intervenants de revenir
des années plus tard sur leur uvre de gloire. Le duo Gordon
/ Yuzna se retrouve
ainsi autour d'une table pour se remémorer leur collaboration
pendant près de 50 minutes. Passé le wagonnage d'informations
des deux commentaires audio, cette rencontre n'est pas toujours passionnante.
Heureusement, l'éditeur a eu l'excellente initiative de chapitrer
le bonus. Toujours sous la rubrique interviews, nous pourrons profiter
des propos de Dennis
Paoli (l'un des co-scénaristes du film) qui aborde l'influence
de Lovecraft dans
le film, ainsi que du rédacteur en chef du magazine US Fangoria
(Tony Timpone) autour de la question de l'impact de RE-ANIMATOR
dans le paysage fantastique de l'époque. Pour finir, le compositeur
Richard Band
revient en détail sur son adaptation de la musique d'Herrmann,
et se permet même une analyse de sa partition via le décryptage
de quatre scènes.

Des biographies (éclairées
!) et des filmographies sont aussi présentes pour une partie
conséquente de l'équipe, et l'habituelle bande-annonce
est toujours là, secondée par cinq spots télé.
Outre une dernière analyse film / story-board en multi angle
sur trois scènes (la décapitation de Hill, le léchouillage
de Meg, la dernière attaque dans l'ascenseur), le disque propose
pour finir une copieuse galerie de photos de tournage. De nombreux instantanés
qui compensent l'absence d'un véritable making of par leur variété
et leur abondance.

RE-ANIMATOR fait totalement
partie de ces quelques classiques alternatifs du cinéma gore
et branque, qui ont gagné l'estime des spectateurs à la
force d'une audace nullement entachée par un budget rachitique.
Une géniale réussite enfin récompensée par
cette admirable édition, absolument indispensable. Seul petit
bémol : la densité de certains bonus risque de n'intéresser
que les fanatiques purs et durs. Mais est-ce véritablement un
défaut ?
Eric
Dinkian
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