AVALON (http://www.devildead.com)

AVALON


Dans un futur indéterminé, l'humanité se réfugie dans un gigantesque jeu de guerre en réseau afin de fuir une réalité en décrépitude. Nommé Avalon, le jeu permet aux plus acharnés de gagner argent et popularité en fonction de leur aptitude à réussir les missions virtuelles. Ash (Malgorzata Foremniak), guerrière imbattable dès qu'elle se connecte aux arènes d'Avalon, se voit approchée par le mystérieux Bishop (Dariusz Biskupski). Ce dernier lui propose une alliance afin de percer les limites du jeu en se mettant en quête du "Ghost", chimère indéfinie censée ouvrir les portes d'un nouvel état de conscience.

AVALON est le dernier film de Mamoru Oshii, réalisateur japonais passé à la postérité après avoir mis en scène le film d'animation GHOST IN THE SHELL. Habilement dissimulé derrière une étiquette de manga futuriste, le film permettait à Oshii d'exprimer une incroyable réflexion sur la conscience au travers d'une femme cyborg s'interrogeant brusquement sur sa propre part d'humanité. Grâce à la complexité de ses concepts et à la beauté froide et poétique de ses images, GHOST IN THE SHELL a propulsé son auteur sur le devant de la scène culte où de nombreux fidèles attendront désormais avec impatience les nouvelles œuvres de ce créateur atypique.

Si Oshii s'est avant tout fait connaître avec GHOST IN THE SHELL, l'homme possède malgré tout une copieuse filmographie laissant apparaître l'esquisse de ses thèmes récurrents. Toujours dans le domaine de l'animation, PATLABOR et PATLABOR 2 (en 89 et 93) dressaient déjà les grandes lignes métaphysiques des films à venir. Oshii détournait en effet des histoires de robots géants policiers afin de fomenter de complexes intrigues politiques, le tout arrosé d'existentialisme futuriste et de clins d'œil aux mythes premiers de l'humanité. Un cocktail étonnant, mais que peu ont réussi à maintenir avec autant d'exigence. Plus en amont, Oshii s'était déjà frotté à l'expérience du film live en dirigeant LUNETTES ROUGES en 86, puis sa pseudo suite STRAYDOGS PANZER COPS en 91, deux tout petits budgets qui n'arriveront malheureusement pas à sortir du circuit très confidentiel de leur diffusion. Cela n'empêchera cependant pas le cinéaste d'achever son triptyque en signant le scénario de JIN-ROH, nouveau film d'animation réalisé par l'un de ses fidèles assistants (Hiroyuki Okiura), et terminant de poser les bases du processus d'inspiration créative qui explosera avec AVALON.

AVALON est un film particulièrement atypique, puisqu'il fait figure de synthèse parfaite entre les différents essais de son auteur. Le film fusionne interrogations métaphysiques et cinéma de genre, concept science-fictionnel et rétro futur inspiré de l'après-guerre, et surtout cinéma live et animé autour d'un mélange culturel détonnant où l'animisme japonais va s'ancrer dans la culture et la représentation polonaise. Ce multi brassage conceptuel transforme illico AVALON en un véritable ovni cinématographique, qui n'hésitera pas à perdre en chemin ceux qui n'arriveront pas à s'ancrer dans l'univers complexe du film.

Oshii utilise au travers de ce film le thème des réalités virtuelles, très à la mode depuis la recrudescence des jeux vidéos "on-line" et surtout suite au passage sur les écrans d'un certain MATRIX. Crevons l'abcès tout de suite en déclarant que les deux films n'ont d'une part rien à voir, mais sont en plus parfaitement antinomiques. AVALON ne parle pas d'univers virtuels en tant que tel, mais bel et bien des différentes strates de consciences que de telles réalités alternatives pourront éveiller chez l'être humain, avec en ligne de mire des réponses théologiques qui ne cesseront de se dérober au fur et à mesure que les protagonistes s'en approcheront. Avec AVALON, Oshii n'explique jamais, ne répond jamais, mais propose des clés de réflexion à l'intérieur d'un carcan narratif rigoureusement pensé, empêchant de ce fait les interprétations alambiquées et erronées inhérentes aux films difficiles.

Mais derrière ses prétentions philosophiques, AVALON reste avant tout une expérience sensorielle hors norme. Non content de se déplacer en Pologne pour retrouver l'ambiance austère et stigmatisée de la vieille Europe, Oshii prend le pari de retoucher entièrement numériquement son film, notamment au travers d'un ré-étalonnage complet des couleurs. Le résultat, un sépia au noir et blanc flottants, est d'une beauté à couper le souffle. Ces images fascinantes, héritées de l'expérience en animation de Oshii, sont constamment soutenues par la sublime partition du complice de (presque) toujours Kenji Kawaï. Ce dernier arrive à surpasser son fabuleux travail sur GHOST IN THE SHELL pour nous livrer une symphonie qui culminera avec un opéra original. Composée en partie avant même le premier tour de manivelle, la musique de Kawaï va jouer un rôle essentiel dans l'expérience d'AVALON, Oshii s'en servant comme élément fondamental d'un univers si présent qu'il en deviendra rapidement le personnage principal du film.

Attention cependant, si AVALON est un film et une expérience hors du commun, son exigence risque de poser beaucoup de problèmes au spectateur. On ne le répétera jamais assez, le film est à l'opposé total de la récente recrudescence d'action-SF de ces dernières années. Au travers de son histoire, Oshii rend avant tout hommage aux cinéastes européens l'ayant depuis toujours fasciné : Bergman bien sûr, mais aussi Andrzej Wajda et surtout Chris Marker (dont LEVEL 5 traitait déjà d'univers virtuels). L'immobilisme ultra composé des plans d'AVALON fait en effet immanquablement penser à LA JETEE de Marker, court-métrage constitué uniquement d'images fixes que Terry Gilliam avait librement adapté en 95 avec L'ARMEE DES 12 SINGES. Aussi étonnant que cela puisse paraître, AVALON poursuit l'héritage de ces classiques Européens pour un résultat s'appréciant comme une nature morte à la beauté abyssale, hantée par des silhouettes désincarnées en quête des territoires inexplorés de la conscience humaine.


L'édition Zone 2 du titre est une réussite totale. Cela est d'autant plus admirable qu'existait au Japon une "Memorial Box" au contenu archi complet mais au prix totalement exorbitant. Mais soyez rassuré, le somptueux Zone 2 n'a pas à rougir de la comparaison, notamment grâce à des bonus encore plus foisonnants que son homologue nippon. Si la superbe photographie du film est aussi parfaitement rendue, on regrettera l'absence de la piste polonaise en DTS de l'édition japonaise. Le 5.1 du Zone 2 tient néanmoins toutes ses promesses et restitue très bien le déluge multi canaux du film. Les occasions de visionner un film en langue polonaise étant malheureusement trop rare de nos jours, on préfèrera profiter du film en version originale plutôt que doublé en français, même si la piste hexagonale se montre très honorable.

Question bonus, c'est l'avalanche. Le Zone 2 reprend les deux longs making of de la Memorial Box. "Avalon Vfx" analyse au plan par plan les effets spéciaux du film sur une heure complète. Très didactique, chaque effet nous est décortiqué au travers d'une vulgarisation technique qui ne laissera personne sur le carreau. Le plus fascinant restera malgré tout les dix dernières minutes où la parole est laissée à l'équipe de ré-étalonnage des couleurs, responsable de la magnifique teinte du film.

"Days to Avalon" est un long reportage caméra au poing de près de deux heures sur le tournage même du film. Essentiellement centré autour de l'équipe japonaise au détriment malheureusement de l'équipe polonaise, le documentaire est une immersion approfondie dans la mise en chantier d'AVALON. Nous pouvons notamment voir de l'intérieur la difficulté qu'a rencontrée le réalisateur au sein d'une équipe et d'une culture en totale inadéquation avec la timidité maladive du comportementalisme japonais, et surtout comment ce choc des cultures s'est révélé profitable au film définitif. Exclusivité Zone 2, un troisième making of titré "Gate To Avalon" nous présente un historique plus chronologique des grandes étapes du film. D'une durée encore une fois très confortable, le documentaire se montre de nouveau très intéressant si l'on passe sur quelques redondances avec les autres Making Of.

Mais ce n'est pas tout, des bonus spécialement conçus pour l'occasion nous attendent encore. Bertrand Rougier de Mad Movies s'en est allé interviewer Mamoru Oshii et Kenji Kawaï afin de lever le voile sur les quelques éléments obscurs de la carrière et de la personnalité des deux hommes. Pour parfaire notre immersion dans l'univers de Oshii, nous pouvons également visionner un montage de la mini conférence de presse du maître à l'occasion de la sortie d'AVALON dans les salles françaises. Pour parfaire le tout, une copieuse galerie d'images nous renseigne sur les différentes étapes du film qui nous auraient encore échappé, du story-board aux photos de tournage en passant par des images préparatoires. La sempiternelle bande-annonce n'a pas été oubliée, et les heureux possesseurs de lecteur DVD-Rom pourront consulter à loisir l'intégralité du site web français dédié au film et bourré jusqu'à la gueule de goodies en tout genre.

Et ce n'est pas encore terminé pourvu que vous ayez lâché une petite rallonge pour vous procurer l'édition collector de chez collector. Cette dernière propose en troisième disque la bande originale complète composée par Kenji Kawaï. L'occasion idéale de plonger sans retenu dans le formidable travail du collaborateur attitré de Oshii, bien que les fans du film se seront assurément déjà procuré le disque via les circuits classiques ou d'imports. Côté cadeaux surprises, l'infatigable Bertrand Rougier nous gratifie d'un petit mais pourtant indispensable livret qui tient la performance de rester pertinent après les trois tonnes d'informations contenues dans les différents bonus. Ne reste plus qu'une jolie reproduction de l'affiche du film sur du papier japonais pour décorer votre salon, et vous aurez enfin fait le tour de l'une des éditions DVD les plus copieuses et complètes que le support ne nous ait jamais offert.

Fruit improbable de l'animisme de l'animation japonaise et de l'austérité du cinéma d'auteur Européen, AVALON est un ovni magnifique dont la beauté formelle n'a d'égale que la formidable complexité de ses enjeux. Une expérience rare, à dégager absolument des influences du cinéma de science-fiction moderne afin d'être appréciée à sa juste valeur. Après l'imposante édition "Memorial Box" japonaise, qui a fait fantasmer plus d'un consommateur de DVD au travers de son prix astronomique, l'édition Zone 2 assure la relève avec un aplomb inattendu. Certes coupable de quelques oublis, l'édition se montre archi plus complète question bonus. Une véritable aubaine pour un film pourtant si difficile.

Eric Dinkian


ON AIME
L'esthétique du film
Les enjeux de réflexion proposés par le cinéma de Oshii
Une édition DVD archi complète

ON N'AIME PAS
Absence de la piste DTS présente sur la "Memorial Box"

Meilleures scènes

  • Première connexion
    (Chapitre 1)
  • La citadelle de "Class A"
    (Chapitre 12 [1'04'50])
  • L'opéra de la "Class Real"
    (Chapitre 14 [1'24'40])

Année : 2000

Durée : 102 minutes

Acteurs :
Malgorzata Foremniak
Bartek Swiderski
Dariusz Biskupski
Jerzy Gudejko
Wladyslaw Kowalski

Réalisateur :
Mamoru Oshii

Scénario :
Kazunori Itô

Musique :
Kenji Kawaï

Format disque :
2 DVD - Double Couche

Format Image :

Format sonore :
Polonais : 
Français : 

Sous-titrage :
Français

Les Suppléments

  • Master Class (19mn54)
  • Galerie de photos
    • Images Préparatoires
    • Photos Plateau
  • Interview de Kenji Kawaï (12mn08)
  • Site internet (DVD-Rom)
  • Making Of
    • Gate to Avalon (71mn54)
    • Avalon VFX (57mn40)
    • Days to Avalon (110mn)
  • Interview de Mamoru Oshii (21mn50)
  • Bande-annonce

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