Stu Miley est un dessinateur de talent dont le personnage, Monkeybone,
est en train de devenir un succès commercial. Son ami et agent
prend des rendez-vous avec des "marketeux" qui lui proposent
des produits dérivés du petit personnage, un singe espiègle
et farceur. Une soirée de gala est donnée à l'occasion
de l'achat pas la chaîne Comedy de six épisodes des facéties
de Monkeybone, au cours de laquelle Stu s'éclipse discrètement
avec sa fiancée. Mais ils sont victimes d'un accident et Stu
plonge dans le coma, hanté par ses propres cauchemars.

Le postulat de départ
de MONKEYBONE n'est pas sans rappeler COOL
WORLD, le film/dessin animé de Ralph
Bakshi, où un dessinateur de BD (Gabriel
Byrne) était projeté dans le monde qu'il avait créé
après que le personnage interprété par Brad
Pitt ait été victime d'un accident de moto. Il y rencontrait
les personnages qu'il avait inventés, dont Holly, incarnée
par Kim Bassinger,
qui s'évade dans le monde réel. Ici s'arrête la
comparaison avec COOL
WORLD, qui restait bien gentillet par rapport à ce film
de Henry Selick
totalement déjanté et très malpoli, mais qui s'en
soucie ?

MONKEYBONE est tiré
d'une bande dessinée de Kaja Blackley, intitulée Dark
Town, qui était comme son nom l'indique bien plus sombre que
l'univers imaginé par le réalisateur et son ami, Sam
Hamm, scénariste entre autres de BATMAN
ou BATMAN RETURNS.
Le monde dans lequel ils ont envoyé Brendan
Fraser est une sorte de pré-purgatoire, exclusivement réservé
aux comateux, dont les cauchemars sont le passe-temps favori des âmes
en transit ou en perdition. La plupart d'entre eux attendent leur passeport
pour revenir à la vie et sortir de leur état, mais nombreux
sont ceux qui s'accommodent très bien de cette situation, la
ville étant une sorte de grande fête permanente. Mais la
Mort vient faire sa moisson, de temps en temps, enlevant définitivement
à ceux qu'elle choisit tout espoir de réveil.

Graphiquement, MONKEYBONE
est extrêmement bien foutu, grâce aux compétences
des nombreux professionnels engagés par la production, qu'il
s'agisse du travail sur les décors, mais aussi sur la multitude
d'effets numériques, robotiques ou en Animatronic, le tout bien
sûr supervisé par Henry
Selick, qui a consacré toute sa carrière à
l'animation, réalisant des courts-métrages pour la chaîne
MTV, avant de réaliser JAMES
ET LA PECHE GEANTE ou encore L'ETRANGE
NOËL DE MONSIEUR JACK. L'univers dans lequel évoluent
Stu Miley et son singe horri-déso-pilant est un délire
à mi-chemin entre le rêve et le cauchemar, aussi absurde
et incongru que possible. De nombreux détails viennent compléter
ce drôle d'univers, à commencer par le "bagage psychologique",
que Stu doit ramasser en arrivant à Downtown.

Dans le même ordre
d'idées, une mention spéciale pour les divers cauchemars
du film. Des séquences en noir et blanc particulièrement
bien réalisées et étranges à souhaits. Parfois
comiques, lorsqu'un chien est persécuté par une troupe
de chat rednecks, ou totalement délirants voire inquiétants
pour ceux de Stu.

La FOX fait
honneur à ce film même s'il s'agit d'un titre quasiment
inconnu en France. Tant mieux puisque la débauche de couleurs
méritait un bon transfert et c'est exactement ce à quoi
nous avons affaire ici !
Après LA
PLANETE DES SINGES, la FOX nous refait le coup de proposer une
piste sonore DTS pour le doublage français mais pas pour la version
originale. Qu'importe, puisque les deux autres pistes sonores en Dolby
Digital 5.1, une pour l'anglais et l'autre pour le français,
sont très efficaces, n'hésitant à aucun moment
à jouer à fond avec toutes vos enceintes comme le moment
où Brendan
Fraser fait tourner son micro quasiment autour de vous !

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Côté
bonus, FPE nous propose pour cette édition un commentaire audio
sous-titré en français, dans lequel le réalisateur
intervient essentiellement pour parler des techniques employées,
mais aussi pour citer les membres des équipes qui ont réalisé
les divers décors et les nombreuses animations. Henry
Selick n'hésite pas à citer tous les noms de ses collaborateurs,
et en cite, pendant le générique de fin, de nombreux autres,
y compris celui du gars qui balayait les mégots sur le plateau
du tournage ! Au passage,
le réalisateur nous explique que ce n'est pas Stephen
King qu'on aperçoit dans le film, en raison d'un accident
de la route ayant empéché l'écrivain de participer
au film. Cela nous a paru bizarre mais la ressemblance de l'acteur étant
imparfaite vu de face et après vérification, vous pouvez
croire sur parole le réalisateur ! Ce dernier ne manque pas non
plus de citer Chris
Columbus, et malgré la modération de son propos, on
remarque que leur collaboration n'a pas été des plus fructueuses,
ni des plus efficaces, selon lui. En effet, il n'hésite pas à
faire endosser au producteur la responsabilité de choix douteux...
Si ce n'est pas de la rancoeur, ça ! En tous cas, on sent que
Selick se serait
bien volontiers passé de Chris
Columbus pour ce film qui n'a en effet pas rencontré le succès
escompté au box-office US. En France, sa distribution a été
prévue, mais curieusement, il n'est apparemment jamais sorti.
Les chiffres américains ont probablement rendu les distributeurs
français frileux ? Ajoutons une poignée de scènes
coupées, dont la toute première, l'accident, que l'on
retrouve dans la bande-annonce, et des spots TV non sous-titrés
pour compléter cette édition qui est identique à
celle sortie outre-atlantique.

Le disque vous
donne la possibilité de découvrir plusieurs scènes
coupées. Ou pour être exact des prolongements de séquences
du film. Certaines sont plus drôles que d'autre et il ne faut
pas s'étonner de la disparition d'un bon paquet d'entre elles.
En effet, elles développent souvent un côté peu
flatteur de Monkeybone qui va même jusqu'à essayer de séduire
(enfin ? ce n'est pas le bon terme !) sa soeur. Le producteur, une fois
de plus, a hurlé un bon coup pour ne pas inclure une connotation
incestueuse dans le film. Normal ! De toutes façons, cette scène
n'a rien de bien amusant...

On découvrira sur
ce disque une multitude de croquis de personnages, de décors,
de story-board, des photos de plateau. Sur une demi-douzaine de ces
planches, apparaît un petit singe rouge qui permet de lancer une
très courte présentation de maquillage ou d'effets spéciaux
(5 secondes, c'est très court, quand même). Notons dans
le même format excessivement court, un bonus caché sur
le menu des langues : en se positionnant sur l'un des choix de
langues ou de sous-titrages et d'aller vers la droite.

On aurait plutôt apprécié
un vrai making-of commenté, surtout qu'il y'a matière,
sur un tel film. Au lieu de ça, sept scènes d'animation
du singe, commentées par Henry
Selick (et sous-titrées en français) présentent
les diverses techniques utilisées, nous plongeant brièvement
dans l'envers du décor de MONKEYBONE. Intéressant,
même si toutes ces scènes se suivent et se ressemblent
un peu (tournage sur fond bleu, gommage des robots...). Quatre de ces
passages ne sont pas commentés du tout, ce qui pour un profane,
les rend assez inintéressants.

D'aucuns, de mauvais coucheurs
sans doute, pourront se répandre sur la médiocrité
de ce film, l'humour à deux balles
il n'en reste pas moins
que pour notre part, nous persisterons à dire qu'il s'agit là
d'une curiosité bien plus hilarante que bien des gros succès,
CHICKEN RUN en tête, même s'il ne s'agit pas du tout
de comparer ce qui ne l'est pas vraiment, le seul point commun entre
les deux films étant l'animation. MONKEYBONE n'est certes
pas un monument de finesse, et ne manquera pas de hérisser le
poil de ceux qui, du haut de leur piédestal, se posent en tant
que décideurs du bon goût universel. Les autres, plus simples
et moins vaniteux, passeront un agréable moment avec ce film
truffé de bonnes idées, même si l'humour est souvent
situé en dessous de la ceinture.
Nadia
Derradji

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