Header Critique : GAME OVER, MAN!

Critique du film
GAME OVER, MAN! 2018

 

Alexxx (Adam Devine), Joel (Blake Anderson) et  Darren (Anders Holm) travaillent dans un hôtel de luxe. Ils pensent avoir trouvé un nouveau jeu video révolutionnaire, nommé Skintendo. Pensant le pitcher à Bae (Utkarsh Ambudkar), un fameux milliardaire tunisien qui vient faire une fête dans l'hôtel, ils se retrouvent en fait au beau milieu d'une violente prise d'otage.

On dira ce qu'on voudra de Netflix, mais la révolution digitale du cinéma est plus qu'en route (par charité, on ne dira pas en marche). Chantre du bouleversement, la chaine de streaming devient petit à petit un studio comme un autre. Cherchant récemment à acheter des salles de cinéma pour diffuser leurs produits (et être en piste pour les oscars concernant leurs productions maison. Refusées jusque là dans les salles de cinéma. Netflix était déjà connu comme la poubelle luxueuse de Paramount pour certains de leurs produits. Et c'est aussi le royaume du DTV du 21e siècle. Si le film apparait trop risqué ou pas assez qualitatif pour sortir en salle, c'est direction streaming. GAME OVER, MAN se situe exactement dans ce créneau.

Ecrit et réalisé par l'équipe derrière la série WORKAHOLICS, à savoir Adam Devine, Anders Holm, Blake Anderson et leur réalisateur Kyle Newacheck se réunissent après 7 saisons sur Comedy Central pour écrire, jouer et réaliser ce GAME OVER, MAN. Qui représente un nouveau pas vers le mauvais goût général de la part de l'industrie du fun américain. Celles et ceux qui connaissent (et apprécient) leur série seront aux anges. Les autres possèdent une forte probabilité de se jeter par la fenêtre, tant l'idiotie caractérisée et assumée de l'entreprise est flagrante.

Je suis pour les blagues cracra, l'humour cuvette de chiotte, couper le pénis de Daniel Stern, les références bizarroïdes à MAMAN JE M'OCCUPE DES MECHANTS ou PIEGE DE CRISTAL (ici les méchants sont Rhona Mitra et Neal McDonough), tout en faisant exploser la tête de Steve-O, de simuler une asphyxiation auto-érotique la zigounette à l'air. Décomplexer la création visuelle, la décompartimenter, donner le pouvoir aux débiles. Mais cela en fait-il un bon film pour autant'

Non. Clairement, la barre a été placée très haut en violence, gore, nudité frontale masculine (oui, Adam Devine a tourné sa scène de près de 5mn à poil devant la caméra et sexe à la main sans prothèse, et il en est heureux), blagues pourries, références obscures, auto-satisfaction. Mais très bas en cinéma. Ce qui pourrait probablement expliquer sa diffusion unique sur Netflix. En fait, à y réfléchir, le film devrait beaucoup mieux fonctionner en usant et abusant de substances liquides alcoolisées ou gazeuses illicites. Le film souhaite clairement montrer absolument tout (ce qu'une chaine comme Netflix permet de faire). Il va tenter de choquer, rebuter, répugner et offenser le spectateur moyen. Un peu comme si EH MEC, ELLE EST OU MA CAISSE, sortait de sa zone de confort et venait déféquer dans votre salon. 

Non pas que l'humour juvénile à grand coups de drogue fumée le long du film soit mauvais. L'exécution demeure pauvre, fonctionnelle malgré l'argent clairement dépensé. Des gags fonctionnent, car ils sont courts, nets et ne cherchant pas à pousser jusqu'au bout de la raison. Des moments slapstick très Blake Edwards se retrouvent mêlés à d'autres où la sexualité crue se voit à la fois mise en avant tout en fonçant à l'extrême inverse. Le film réserve des moments ouvertement racistes et homophobes tout en tentant de se disculper par la représentation de personnages concernés sous un angle positif. Que penser de ce fait de cette scène où Bae se retrouve obligé de pratiquer un bon coup de langue à une homme obèse le postérieur nu bien en évidence. C'est AMERICAN PIE puissance 100 000 et on sent que les auteurs ont leur radar fixé sur toute pratique sexuelle répréhensible par les majors ou indé US. Tout en léchant la couille gauche au final et de voir leur histoire adaptée au cinéma avec Sean Astin, Cara Delevingne et Mark Paul Goesselaar jouer leur rôle. Mais en fait, à trop vouloir exploser les bornes de leurs limites, les (longs) gags transgressifs tombent à plat et le côté « trop c'est trop » prend le pouvoir, au détriment de l'humour-même.

On aimera tout particulièrement la tête découpée au trancheur électrique de jambon ou le robot-zombie (Steve Howey), qui donne à l'une des parties du final une ambiance cartoon gore du meilleur effet. Mais comme le reste, le gag dure beaucoup trop longtemps pour être vraiment efficace. Les dialogues ne sont pas vraiment inspirés non plus et la structure même de la narration a déjà été vue et traitée des dizaines de fois. On comprend la volonté de rentrer dans le lard des conventions, d'aller au bout de l'humour cradingue, du second degré débile (dans le bon sens). Le trio d'acteurs/scénaristes brille par ses réparties, son énergie et son évidente alchimie. Tout ceci, vivotant entre quelques gags vraiment réussis et hilarants, ne réussit pas à sortir GAME OVER, MAN de l'ornière d'un DTV Netflix qui sera à la dérive sur une obscure liste perdue dans l'espace digital du néant dès 2019.

Rédacteur : Francis Barbier
Photo Francis Barbier
Dévoreur de scènes scandinaves et nordiques - sanguinolentes ou pas -, dégustateur de bisseries italiennes finement ciselées ou grossièrement lâchées sur pellicule, amateur de films en formats larges et 70mm en tous genres, avec une louche d'horreur sociale britannique, une lampée d'Albert Pyun (avant 2000), une fourchettée de Lamberto Bava (forever) et un soupçon de David DeCoteau (quand il se bouge). Sans reprendre des plats concoctés par William Friedkin pour ne pas risquer l'indigestion.
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