CLOWN

 

Un pre de famille endosse un costume de clown trs particulier afin de remplacer au pied lev celui qui devait assurer le spectacle d'anniversaire de son fils. Malheureusement il n'arrive plus ter le dguisement qui devient une seconde peau. Ds lors s'opre une transformation en lui et le conduit une vire macabre.

Photo : CLOWN

Inspir d'une fausse bande annonce de film qui avait fait le buzz en 2010 sur le web (et initie par Jon Watts lui-mme), CLOWN devient un long mtrage quelques annes plus tard. Eli Roth ( qui l'on doit HOSTEL) qui tait annonc comme le ralisateur dans la fausse bande annonce dcide d'assurer la production, conquis par l'ide de dpart. Pour cela il confie la ralisation... Jon Watts (SPIDERMAN: HOMECOMING).

Le long mtrage commence sur une scne tout fait banale de la vie de famille amricaine. Une fte d'anniversaire qui ne saurait tre russie sans l'intervention d'un clown. Si le sujet dsormais largement exploit semble rchauff, ce CLOWN-l apporte un petit ct grinant et angoissant tout en cristallisant les peurs enfantines. Le scnario, bien que format du gentil papa qui devient un monstre malgr lui en enfilant un vieux dguisement, parat emmener vers une nime vocation de la phobie des clowns. Certes un chemin tout trac, la diffrence que Jon Watts s'attarde plus sur la lente transformation de Kent (interprt par Andy Powers ? IN HER SHOES) qui lutte contre l'emprise de ce monstre sanguinaire plus que collant, au dtriment du clown lui mme. Des lments absents comme pour LE CLOWN DE L'HORREUR, mais qui peut marcher sur les plates-bandes du sympathique STICTHES.

Tout comme dans RARE EXPORTS et son Pre Nol plutt pre fouettard, CLOWN trouve son origine dans une lgende Scandinave. Le clown serait ainsi au tout dbut un mchant personnage dvoreur d'enfants, son apparence grotesque justifie par la vie qu'il menait l'poque dans le froid.

Photo : CLOWN

Le spectateur assiste donc la lente descente aux enfers de Kent dont la transformation rvle le combat contre lui mme au fur et mesure que le costume lui colle de plus en plus peau ? au propre, comme au figur. L'histoire met galement en vidence le combat que sa femme Meg (Laura Allen ? LES 4400) tente de mener ses cts. L'inamovible second rle Peter Stormare dans le rle du sombre Karlsson qui est le seul connatre le secret du costume, et donc le seul espoir pour Kent. Le ralisateur s'attarde d'ailleurs plus l'tude de ses personnages qu'aux dommages causs par le mchant clown en devenir.

De ce fait, le ralisateur vite les pitreries habituelles sur les clowns pour se focaliser sur les tapes de la transformation physique de Kent et simultanment de sa personnalit, qui passe de l'innocence la noirceur. En effet il ne montre pas tout des scnes de meurtres d'enfants, laissant au spectateur le soin d'imaginer, ce qui contribue rendre l'ambiance efficacement angoissante. Cependant avec des scnes d'humour noir bien places, l'effet terreur se retrouve bien dulcor, comme la scne o Kent tente maladroitement de se couper la tte par exemple. Il y a bien entendu quelques effets gore trs sympathiques comme la scne (savoureuse souhait) de l'aire de jeux envahie par la copie de Ronald McDonald prt faire un carnage!

Les effets spciaux trs russis transforment l'image grotesque au dpart en un vritable monstre effrayant. L'effet seconde peau poisseuse du costume est particulirement convaincant, apportant ainsi une vision plus que cauchemardesque qui atteindra son paroxysme la scne finale.

Cependant? CLOWN souffre d'un manque d'audace car le ralisateur ne va pas jusqu'au bout du concept. Certes, les scnes d'attaques d'enfants pourraient choquer? donc il les rend accessibles, moins gores. Par ailleurs, le fait de se concentrer sur la possession de Kent par son costume dmoniaque lude quelque peu le ct horrifique que le film aurait pu montrer (ce quoi on s'attendait avec la prsence d'Eli Roth la production). CLOWN reste malheureusement emptr dans les clichs, nous offrant ainsi des scnes convenues et sans surprise. On sait trs bien qu'une maman ne va pas tre capable de sacrifier un enfant! De mme que l'avance de l'histoire se fait travers ses personnages (mme s'ils jouent trs bien) ce qui occasionne quelques longueurs au dtriment de l'action. On devine galement la fin mme si elle est parfaitement orchestre.

Photo : CLOWN

Car le film mise avant tout sur l'ambiance et les peurs enfantines plus que sur la succession de scnes d'horreur. Cela rappelle videmment le rcent THE BABADOOK qui est quelque peu devenu une rfrence en la matire avec son mchant croquemitaine. CLOWN a galement un ct anti-conformiste et fun pleinement assum qui se rvle non seulement grinant mais aussi critique de la socit amricaine. Jon Watts fait mourir des enfants tout comme l'avait fait, entre autres, Abel Ferrara dans BODY SNATCHERS. Le meurtre gratuit d'un enfant compltement insupportable mais victime de la socit moderne en demeure l'illustration. Cela nous renvoie au dcal COOTIES avec ses enfants tueurs d'adultes, victimes d'un virus issu de la junk food.

Malgr un scnario convenu et un ct horrifique relativement soft, Jon Watts russit plonger dans un cauchemar trs collant! Son film rejoint par exemple TROLLHUNTER en transformant une croyance populaire joyeuse et familiale en un spectacle d'pouvante. De quoi raviver la flamme des peurs enfantines, frmir les phobiques des clowns (ou ceux qui ne l'taient pas encore).

Anne Barbier

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