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 FILM INFOS

 Titre original

 DANGEROUSLY CLOSE

 Autres titres

 CAMPUS
 

 Année

 1986

 Nationalité

 Etats-Unis

 Réalisation

 Albert Pyun

 Scénario

 Marty Ross
 Scott Fields
 John Stockwell

 Musique

 Michael McCarty

 Acteurs

 John Stockwell
 J. Eddie Peck
 Carey Lowell
 Bradford Bancroft
 Don Michael Paul
 Thom Mathews
 Gerard Christopher
 Madison Mason
 Anthony De Longis
 Carmen Argenziano

 

 DVD INFOS

 

Editeur

Olive

Format Disque

Blu-Ray (Simple Couche)

Durée

95 minutes

Format Image

Format Sonore

English

Sous-titrages

Aucun

 

 SUPPLEMENTS

 •Film annonce (1mn33)

 

 ON AIME

• Un thriller solide et stylisé
• Un beau piqué d’image
• Albert Pyun !
• Carey Lowell !

 ON N'AIME PAS

• Une édition décevante, sans aucun supplément notable (alors qu’il y avait matière !)

 VIDEOS

 Trailer

 
 DANGEROUSLY CLOSE

 CAMPUS

2015 semble définitivement une année Cannon. Tel un Phénix, la firme légendaire aux casseroles aussi maousses qu’INVASION USA ou MON AVENTURE AFRICAINE qui croisaient le fer de longs métrages plus prestigieux comme LOVE STREAMS, RUNAWAY TRAIN ou BARFLY, renait de ses cendres. Tout d’abord via deux documentaires : ELECTRIC BOOGALOO et THE GO-GO BOYS qui retracent le parcours torturé de ses deux maitres d’oeuvres : Menahem Golan et Yoram Globus. Mais également via la sortie en Haute Définition d’une grosse partie de leur catalogue filmique.

Photo : DANGEROUSLY CLOSE (CAMPUS)

MGM détenant la quasi totalité des titres, plusieurs sociétés se sont intéressées à sortir en HD des films comme l’INVASION VIENT DE MARS, AMERICAN WARRIOR 2, LIFEFORCE… mais il reste tout un pan encore inexploré. L’éditeur US Olive Films venant d’arrêter son accord avec Paramount commence à fouiller le catalogue MGM/Cannon. Il possède la très heureuse idée d’exhumer DANGEROUSLY CLOSE, sorti chez nous sous le titre CAMPUS 86 en plein été de cette même année. Bonne pioche, voire excellente, le film demeurant comme l’une des meilleures bandes de série B de la décade 80!

Arrivant dans l’école préparatoire huppée de Vista Verde, Donny Lennox (J. Eddie Peck) fait partie du journal étudiant. Certains élèves venant d’un programme visant à intégrer des élèves peu aisés à l’école deviennent la cible d’un groupe nommé les Sentinelles. Ces derniers jouent à « Hunt Down », un simulacre de chasse à l’homme obligeant les caractères trop différents d’eux à rentrer dans le rang. Fasciné par Randy McDermott (John Stockwell), leader charismatique de la milice étudiante, Donny délaisse son pote Krooger (Bradford Bancroft), un punk qui ne va pas tarder à devenir lui aussi une cible idéale. Après qu’un étudiant se soit fait égorger… mais par qui?

Photo : DANGEROUSLY CLOSE (CAMPUS)

Après le succès de L’EPEE SAUVAGE, Albert Pyun se dirige dans le studio qui monte et enchaîne quelques succès : la fameuse Cannon. Et se retrouve à la tête de ce DANGEROUSLY CLOSE qui ne rencontrera pourtant qu’un relatif insuccès sur le sol américain… mais qui se vend partout. La carrière de Pyun connaitra de ce fait une ascension interrompue : il enchainera LE TRESOR DE SAN LUCAS, CYBORG, DOLLMAN, NEMESIS, KICKBOXER 2 ET 4, ADRENALIN… pas moins de 51 films à son actif aujourd’hui malgré une maladie qui le ronge. Sauveteur de produits Cannon, il réutilise des lambeaux du projet avorté de VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE pour en faire ALIEN FROM L.A, commence LES MAITRES DE L’UNIVERS 2 avant que la Cannon ne mette la clé sous la porte…trois décennies de projets menés avec un style très particulier, tournant avec aussi bien Charlie Sheen, Burt Reynolds, Christophe Lambert, Steven Seagal, Ice-T, Michael Paré… un incontournable de la série B d’action, du fantastique et d’aventure.

Rétrospectivement, DANGEROUSLY CLOSE réunit un bon nombre de talents qui verront éclore leur carrière peu après. John Stockwell, co-auteur du scénario, se retrouvera en tête de distribution de plusieurs films dont LES AVENTURIERS DE LA QUATRIEME DIMENSION avant de virer réalisateur de BLUE CRUSH ou encore TURISTAS. Carey Lowell retrouvera Albert Pyun dans LE TRESOR DE SAN LUCAS pour rejoindre la cohorte des James Bond Girls dans PERMIS DE TUER et ensuite jouer dans la série LAW AND ORDER. En fait, la « tribu » réunie régulièrement autour d’Albert Pyun semble s’être surtout assemblée dès lors. Thom Mathews, qu’on retrouve dans JASON LE MORT VIVANT ou LE RETOUR DES MORTS VIVANTS 2, reviendra souvent sous la houlette de Pyun, notamment dans HEATSEEKER, MEAN GUNS, CRAZY SIX, KICKBOXER 4, LE TRESOR DE SAN LUCAS, … tout comme Don Michael Paul (dans le rôle du fou-furieux Ripper), également présent dans ALIEN FROM L.A! Paul se dirigera aussi vers la mise en scène, ayant récemment bouclé un LAKE PLACID : THE FINAL CHAPTER de plutôt bonne facture. Enfin, et pas des moindres, un talent qui a fait ses armes avec Pyun, le directeur de la photographie Walt Lloyd. Il embrayera avec (lui aussi!) LE TRESOR DE SAN LUCAS, pour ensuite orienter sa carrière vers SEXE MENSONGES ET VIDEO, KAFKA, SHORT CUTS… une pointure, quoi!

Photo : DANGEROUSLY CLOSE (CAMPUS)

D’après un scénario co-écrit par l’acteur/réalisateur John Stockwell, DANGEROUSLY CLOSE reste précurseur en bien des domaines. Tout d’abord, le film s’avère complètement original dans le line-up Cannon du milieu des années 80 et ne ressemble à aucun autre produit. Un thriller politico-violent à dominante adulescente, il n’y en avait pas des masses à l’époque…. voire pas du tout. Des films sur la révolte des ados, oui, mais de cette trempe-là, non. Mais surtout, parlant de réminiscences néo-fascistes en pleine jeunesse bourgeoise californienne loin d’être dans le besoin. Un discours anti extrême-droite qui prend le contrepied des brûlots patriotiques et autres expéditions punitives d’autodéfense des longs-métrages droitiers de Chuck Norris et Charles Bronson que la Cannon empilait joyeusement. Il n’y a guère qu’AMERICAN WARRIOR 2 qui put emprunter ce chemin dénonçant les thèses rejoignant celles du Ku Klux Klan et autres joyeusetés normatives. Car les Sentinels, cette milice masquée qui vise à « sécuriser » le campus, ne cible que les étudiants déviant de la norme fixée. Quitte à avilir, soumettre, torturer et tuer. Un net avertissement avant glissement vers des terrains totalitaires au prétexte de protéger, des débordements ouvrant ainsi le champ des possibles et la boite de Pandore. A l’aube de partis idéologiquement nauséabonds qui refleurissent en Europe ces derniers temps depuis de funestes temps bruns, dont la France, la fiction semble curieusement sonner l’emprise sur le réel.

Pyun va de ce fait affiner son style visuel si particulier qu’il mit en chantier depuis LE DERNIER MISSILE - qui sortit pourtant quatre mois après DANGEROUSLY CLOSE. Des angles de prise de vue parfois étranges alliés à des sources de lumière qui tendent à créér un environnement quasi fantastique. Lorsque Les Sentinelles se prennent pour des avatars du Comte Zaroff, le réalisateur met l’emphase sur l’agressif, le sauvage, idéal pour une déshumanisation - comme si les protagonistes se trouvaient quelque peu livrés à eux-mêmes. Manipulés? Une quasi absence d’adultes responsables font de ce film le premier d’une ère Reagan qui voit les premiers fruits de sa politique néo-droitière. Individualisme, volonté de nivellement des plus basses classes socio-économiques (= Donny, fasciné par un ascenseur social qui semble à priori en panne pour lui) vers les plus aisés et leur valeurs - ou la disparition pour les autres. Avec le presqu’adoubement du système scolaire.

Photo : DANGEROUSLY CLOSE (CAMPUS)

Les plans du QG des Sentinelles apparaissent eux aussi clairement pensés, cadrés de manière extrêmement précise. Tout parait idéalement placé devant la cadre de la caméra. De longs plans travaillés (ex : les chasses à l’homme en plan séquence) attenants à un travail pointu de la direction artistique : un vrai film stylisé en rapport avec les thématiques narratives développées. Un ton résolument sombre, jusqu’à sa résolution, dotée d‘une amertume en phase avec une certaine politique en creux des années 80, où tout est permis – et qu’un lien évident se trouve tracé entre la norme où chacun se doit de rentrer de force et le néo-fascisme. Tout en jouant sur un aspect cyclique des événements, les scènes de début et de fin se rejoignent en guise de miroir inversé, comme si la créature dépassait le maître. D’autant que la logique de la justice qui prévaut ne se trouve pas ici, le final énigmatique en manipulation finale. Un élément rarement présent dans les années 80.

On pourra pointer, comme il est de coutume pour ce type de films, que les acteurs sont décidément bien vieux pour jouer des lycéens de 17/18 ans. Un côté surréaliste, conscient ou pas, qui enfonce le clou d’un microcosme de société idéaliste, définitivement fascisante dans ce pan de beauté mise au rang de norme. Quelques dialogues répétitifs plombent quelque peu l’action, mais le rythme s’en ressent assez rarement, l’action ne faiblissant quasiment jamais.

Photo : DANGEROUSLY CLOSE (CAMPUS)

Concernant l’éditeur Olive Films, on est un peu en pleine loterie. Soit le spectateur a la chance d’une édition sympathique comme THE BOOGENS et ses bonus produits spécialement pour l’occasion, soit, hélas la très grosse majorité de leurs sorties, il s’agit du film et rien d’autre. Nous tombons dans la seconde catégorie pour DANGEROUSLY CLOSE. A savoir le film d’une durée complète de 94mn39, hors générique MGM, en HD 1080p, encodé en AVC et au format 1.85:1 sur un BD 25. Pour tout apparat d‘une piste audio anglaise en DTS HD MA 2.0, son non compressé stéréo… rien d’autre en vue. Aucun sous-titres, et juste le film annonce original en guise de bonus.

Visuellement, Olive livre une copie dotée d’un master de plutôt bonne qualité. Les scènes de nuit, comme celle d’ouverture avec la première chasse à l’homme, bénéficiant de contrastes agréables, avec une belle emphase sur les détails et éléments de lumière qui jaillissent de par les fumigènes utilisés. Des contrastes habilement gérés s’associent à des noirs profonds (voir en ce sens les plans de coucher de soleil, superbement captés avec les silhouettes au premier plan). Les couleurs audacieuses éclatent littéralement à l’écran, le grain d’origine bien présent, mais le look du film se signale par une richesse de tons insoupçonnée du fait du très bas budget du film. Les productions Cannon n’étant pas réputées pour le choix de stock de pellicule haut de gamme, il demeure surprenant de voir que le passage en HD révèle aussi bien le soin évident apporté à la mise en image. Une vraie marque de fabrique d’Albert Pyun, magnifiée ici.

Photo : DANGEROUSLY CLOSE (CAMPUS)

Le mixage d’origine en Dolby Stereo ne produit pas de grand miracle. Reproduit ici dans une piste audio anglaise non compressée en DTS HD MA 2.0, le son se révèle décevant. Dommage car une impressionnante bande sonore parcourt le film de hits 80’s soigneusement sélectionnés, des Fine Young Cannibals, Robert Palmer, Depeche Mode jusqu’aux Smithereens. Les chansons et la bande son électro réussie de Michael McCarty s’en sortent le mieux dans l’affaire. Non pas que les dialogues soient inaudibles, loin s’en faut, mais un peu plus de travail sur le mixage aurait vraiment profité à l’ensemble. Toutefois, la dernière partie dans le QG transcrit une certaine robustesse dans l’équilibre entre effets sonores, musique de fond et dialogues, parfaitement équilibrés et limpides.

Un grand dommage que cette édition HD ne soit pas plus complète. Ayant souvent été dépossédé de ses films (CYBORG remonté à son insu, ADRENALIN idem), Albert Pyun aurait certainement pu apporter un éclairage intéressant sur le processus créatif derrière ce qui reste à ce jour comme l’un de ses tous meilleurs films. Forcément ancré dans les années 80 quant au visuel, aux éléments de décors, costumes et de musique, le message délivré demeure malgré tout d’une curieuse actualité sur les aléas de normalisation d’une société prompte à se débarrasser de ce qu’elle considère comme trop différent. Et aux valeurs nauséabondes de violence et de mépris qui l’accompagnent. DANGEROUSLY CLOSE, malgré ses quelques scories, reste une oeuvre ambitieuse, soignée, jouant des conventions du genre pour devenir ce que la série B fait de meilleur - à l’instar de ce que des auteurs comme Jacques Tourneur ou Joseph H. Lewis firent en leur temps, mélangeant habilement la forme d’un genre spécifique au commentaire social.

Francis Barbier

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