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 FILM INFOS

 Titre original

 CURSE OF THE CRIMSON ALTAR

 Autres titres

 MAISON ENSORCELEE, LA
 CRIMSON CULT, THE

 Année

 1968

 Nationalité

 Angleterre

 Réalisation

 Vernon Sewell

 Scénario

 Mervyn Haisman
 Gerry Levy
 Henry Lincoln
 Jerry Sohl

 Musique

 Peter Knight

 Acteurs

 Boris Karloff
 Christopher Lee
 Mark Eden
 Barbara Steele
 Virginia Wetherell
 Denys Peek
 Michael Gough

 Adapté d'une oeuvre originale de :

 H.P. Lovecraft

 

 DVD INFOS

 

Editeur

Seven 7

Format Disque

Double Couche

Durée

83 minutes

Format Image

Format Sonore

English

Francais

Sous-titrages

Francais

 

 SUPPLEMENTS

 •Filmographies£
 • Boris Karloff
 • Christopher Lee
 • Vernon Sewell§
 • Bandes-annonces£
ʥ La Maison Ensorcel̩e
 • La Secte des Morts-Vivants§

 

 ON AIME

• La photographie
• La réunion de trois grandes figures du genre
• Une mise en scène audacieuse

 ON N'AIME PAS

• Le non-respect des univers lovecraftiens
• L’opportunisme de certaines scènes “gratuites”
• L’absence de bonus.

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 Bande-annonce

 
 LA MAISON ENSORCELEE

 CURSE OF THE CRIMSON ALTAR

Au cours des annes soixante, le cinma fantastique anglo-saxon multiplie les adaptations littraires en s'inspirant entre autres de l'oeuvre de Poe. Ce dernier stimule ainsi Roger Corman maintes reprises pour confronter le spectateur aux CHUTE DE LA MAISON USHER (1960), CHAMBRE DES TORTURES (1961), EMPIRE DE LA TERREUR (1962) ou MASQUE DE LA MORT ROUGE (1964). Produits par la clbre firme amricaine A.I.P., les dits mtrages dveloppent une atmosphre ?frntique? laquelle singularise pareillement des crations distinctes qui, par exemple, sont affilies aux livres de Lovecraft. En 1963 sort LA MALDICTION D'ARKHAM (Roger Corman, encore) dont la nouvelle originale, ?L'Affaire Charles Dexter Ward?, se trouve partiellement l'origine de DIE, MONSTER DIE! (Daniel Haller), projet sur les crans deux ans plus tard. Cet engouement pour l'pouvante gothique conduit Vernon Sewell mettre en chantier une version de la fameuse ?Maison de la sorcire?. Rebaptis LA MAISON ENSORCELE (1968) en France et en Belgique, le film bnficie d'abord d'une brochette de comdiens tout la fois talentueux et reconnus comme tels. Boris Karloff, Christopher Lee et la trs belle Barbara Steele soumettent ds lors leur savoir faire et leur prestige aux alas d'un scnario dont l'vidente faiblesse laisse nanmoins au discret Michael Gough (CRIMES AU MUSE DES HORREURS, LE FANTME DE L'OPRA, LE CAUCHEMAR DE DRACULA...) la possibilit de confirmer son attachement au genre. Comme son habitude, Vernon Sewell (DANGEROUS VOYAGE, LE VAMPIRE A SOIF...) tente de surfer ici sur une mode laquelle accorde une importance particulire la photographie (John Coquillon, notamment prsent sur les plateaux des CHIENS DE PAILLE, du VENT DE LA VIOLENCE ou de L'ENFANT DU DIABLE), dcors (Derek Barrington) et costumes (Michael Southgate). Apparemment date, LA MAISON ENSORCELE suscite pourtant un intrt bien naturel au vue d'un intertexte lovecraftien !

Photo : MAISON ENSORCELEE, LA (CURSE OF THE CRIMSON ALTAR)

L'antiquaire Robert Manning (Mark Eden) s'tonne de l'absence prolonge de son frre Peter (Denys Peek), parti voil quelques semaines chercher des objets d'art dans un manoir isol. videmment inquiet, notre hros se rend sur place, y rencontre la ptulante Eve (Virginia Wetherell) et son oncle Morley (Christopher Lee), lesquels lui offrent l'hospitalit. De plus en plus sensible l'atmosphre oppressante du lieu, le jeune homme entame un enqute qui, de sacrifices humains en passages secrets, rvlera l'obscure versant d'une maison a priori ?ensorcele?.

Photo : MAISON ENSORCELEE, LA (CURSE OF THE CRIMSON ALTAR)

Runissant trois figures lgendaires de l'pouvante cinmatographique, LA MAISON ENSORCELE affiche d'emble une volont de contenter les fans du genre. De fait, Vernon Sewell confirme ce parti pris en empruntant au fantastique divers thmes et procds de mise en scne. Aussi dbute-t-il son film ?in media res? pour introduire directement le spectateur au sein de la fiction, prcisment lors d'une messe noire. L'absence de ?voix off?, d'incipit descriptif et de point de vue panoramique sous-tend un vritable souci de crdibiliser un scnario ds lors dbarrass des artifices de narration classiques. Faire croire la vracit des faits relats, voil un paramtre qu'un (bon) rcit de terreur se doit de prendre en compte, non en se conformant au quotidien du public mais en offrant celui-ci un univers de croyance dont la logique interne se substitue naturellement au ralisme de convention. En ce sens, le monde au sein duquel voluent les protagonistes demeure comprhensible, et donc fort acceptable, pour l'amateur de ?bis? capable de traduire en termes de ?vraisemblable? des esthtiques, intrigues et mme images bien loignes de son rel. L'apparition de Barbara Steele peinturlure et affuble d'un costume frisant le ridicule, n'invalide pas la scne de sabat dans la mesure o cette dernire rpond aux lgitimes attentes du rcepteur. Une jolie victime moiti nue, un volatile que l'on s'apprte sacrifier, une cave vote ; les motifs du gothique annihilent la dimension factice d'une sorcire conforme au cadre rfrentiel. ce propos, l'oeuvre de Vernon Sewell cumule les clichs et consolide un pacte de lecture dont l'paisseur enthousiasmera les nostalgiques des productions d'antan, celles qui n'hsitaient pas faire confiance notre imagination en privilgiant l'instance spectaculaire un naturalisme malheureusement prpondrant depuis quatre dcennies. L'exotisme gographique ?l'histoire se droule dans une bourgade isole? implique un phnomne chronologique quivalent ?retour par le folklore un pass immmorial? en vue de satisfaire notre soif d'vasion et de mystre. Sur ce point, le mtrage parvient ses fins.

Photo : MAISON ENSORCELEE, LA (CURSE OF THE CRIMSON ALTAR)

L'exploitation d'un appareil mythologique plutt diversifi illustre la singularit de cette mimsis. Par exemple, l'aura de la trs belle Lavinia (Barbara Steele) s'explique par son indniable parent avec Asa Vajda (LE MASQUE DU DMON) tandis que l'tranget des villageois rappelle celle de LA CIT DES MORTS. Paralllement, la tradition gothique anglo-saxonne influe sur de nombreux dcors ou personnages tels l'invitable antiquaire, le mystrieux manoir, un majordome morbide, un oncle esthte et solitaire, un lettr (Boris Karloff) ou l'ingnue jeune fille (Virginia Wetherell). Loin de paratre cul, le clich oriente l'interprtation globale d'une fiction qui mise d'abord sur notre cinphilie. L'importance du soubassement rfrentiel alimente galement la parodie, comme lorsque Miss Morley compare sa demeure une ?maison de film d'horreur? laquelle pourrait entre autres abriter Boris Karloff ! cela s'ajoutent le thme du pacte avec le Diable, l'intervention d'tres malfiques et quelques discussions au coin du feu, chargs d'asseoir au maximum notre omniscience. Sublime par un superbe Technicolor, LA MAISON ENSORCELE s'inscrit explicitement dans la ligne des films de Bava, Corman et Fisher en soumettant l'espace reprsent l'irralit d'un rfrent dont le degr de vraisemblance dpend de la culture du spectateur, voire de sa bonne volont...

Photo : MAISON ENSORCELEE, LA (CURSE OF THE CRIMSON ALTAR)

L'exprience acquire d'ailleurs une toute autre ampleur si le public ajoute cette premire prdilection une connaissance de l'oeuvre lovecraftienne. Le mtrage puise en effet dans ?La Maison de la sorcire? (?The Dreams in the Witch-House?, 1932) nombre d' ides telles ?la maldiction ancestrale?, la rcurrence des cauchemars, une propension au somnambulisme mais il ne parvient pas vraiment reproduire la ?terreur cosmique? (cf, Lovecraft, ?pouvante et surnaturel en littrature?, 1927) chre l'auteur amricain. L'initiateur des ?Mythes de Cthulhu? tendait gnrer un sentiment de peur en suggrant une terrifiante proximit de notre monde avec celui, certes camoufl et ?endormi?, de cratures issues des temps immmoriaux lesquelles, en quelques circonstances, s'veillent pour s'imposer la conscience humaine. Manuscrits sacrs (Le ?Necronomicon?), lieux maudits (Arkham), explorations de lointaines contres et mme simples visions, les portes ouvrant sur l'Abjection ne manquent pas. Omniprsente, la Menace s'rige en Danger lorsque des inconscients osent soulever le voile des apparences. Le hros de LA MAISON ENSORCELE semble appartenir cette dernire catgorie, bien malgr lui d'ailleurs!

Photo : MAISON ENSORCELEE, LA (CURSE OF THE CRIMSON ALTAR)

Victime des charmes diaboliques du manoir, Robert entre en contact avec l'Occulte par le biais de rves autant tranges qu'angoissants. Si les scnes ne transcrivent gure l'appartenance des peurs lovecraftiennes celles lmentaires et viscrales qui ne signalent ni signifient rien qu'une potentielle confrontation avec l'Inadmissible, reconnaissons ces adaptations une certaine sagacit. En effet, Sewell choisit d'interprter l'inconcevable car inhumaine dimension dpeinte par l'crivain en termes psychdliques. A priori trs loigns, les univers comptent de multiples affinits que LA MAISON ENSORCELE exploite judicieusement. Hallucins par un esprit ou nvros ou sous l'emprise de la drogue, ces territoires inconnus se dfinissent par l'onirisme agressif de tracs, couleurs et sons dont l'agencement et l'expression s'cartent de nos repres habituels. Conformment SERGENT PEPPER'S LONELY HEARTS CLUB BAND (Michael Schultz, 1978) ou THE TRIP (Roger Corman, 1967), les images en question correspondraient celles d'un ?trip? et, plus intressant, aux vrits entr'aperues par les hros de Lovecraft. En cela, les monstrueuses entits gomtriques qui terrifient le narrateur de ?La Maison de la sorcire? se rapprochent des formes carres, rectangulaires, triangulaires ou bien octogonales omniprsentes au sein des ?hallucinations cinmatographiques? de l'poque. En premier lieu judicieuse, cette assimilation de ?sphres? a priori indpendantes possde des limites, de fait logiques si l'on y rflchit. Rel et symbolique symptme d'une dcadence sociale revendique ici, l'usage du stupfiant exprime pour la gnration d'alors l'inexorable volution des moeurs. Cette perspective diachronique s'oppose la nature mme d'une ?terreur cosmique? qui, rappelons-le, s'avre primordiale. Thmatiquement incompatibles, les univers pourtant apparents par le mtrage sonnent faux. ce propos, certains seront peut-tre horripils par l'insertion parfois trs gauche de scnes psychdliques dont on ne saisit pas toujours la pertinence au vue de l'arrire-plan gothique. Il n'en demeure pas moins que l'oeuvre de Vernon Sewell mrite davantage qu'un simple coup d'oeil, et gard l'excellente performance des acteurs, la superbe photographie et ?pourquoi pas?? la tmrit d'un cinma dcomplex par trop boud en ce moment.

Photo : MAISON ENSORCELEE, LA (CURSE OF THE CRIMSON ALTAR)

Agrments de deux bandes-annonces (celles de LA MAISON ENSORCELE en format respect mais en 4/3 et LA SECTE DES MORTS VIVANTS en 16/9) et de filmographies (Boris Karloff, Christopher Lee et Vernon Sewell), le DVD estampill Seven Sept retire l'acheteur la possibilit d'obtenir un certain nombre d'informations intressantes ? place du mtrage dans un courant dtermin ; spcificit du ?gothique tardif? ; impact du casting sur la ralisation et la rception de l'oeuvre... ? en ?choisissant? de prsenter le film seul. Certes frustrante, la faiblesse de l'interactivit se trouve compense par l'excellence des spcificits purement techniques offertes par notre galette. Propose dans son format d'origine (1.66) ainsi qu'en 16/9me, LA MAISON ENSORCELE jouit en effet d'une trs belle image dont le Technicolor demeure rehauss par une dfinition, un encodage et une compression des plus honorables. L'alternative entre une version franaise et une version originale sous-titre dont le mono demeure pareillement correct, s'avre caduque dans la mesure o la deuxime rendra naturellement justice au jeu videmment satisfaisant des comdiens. En dpit de ses insuffisances, le DVD prsentement chroniqu devrait contenter les fans invtrs d'un fantastique gothique qui, dcadent ici, interpellera les plus curieux. Les amateurs de Lovecraft resteront en revanche sur leur faim, comme de coutume...

Cécile Migeon

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