Jour du Bis 4

  Compte-rendu

La définition du cinéma « Bis » revêt des formes aussi diverses que surprenantes. Un terme fourre-tout où se côtoient d’illustres réalisateurs et de sympathiques inconnus. Des fans venus d’ailleurs tout comme de plus sérieuses universités. Le cinéma de la Scala de Thionville s’est emparé du terme, l’a fait sien, triturant les thèmes, repoussant ses frontières et cultivant le paradoxe. Un programme 2016 de ce Jour du Bis curieusement équilibré, et plus branché fun que les autres éditions. Une affiche scandaleusement réussie, encore plus fournie et vendeuse. Bref, 5 films aussi différents que passionnants, du B.I.G rat mangeur d’hommes en passant par des explosions de batteurs, un suspense transfiguratif à la hache vindicative, un chef d’oeuvre incompris et du lutinage science-fictionnel à haut degré comico-érogène. Retour non pas à Peyton Place, mais à Thionville.

Prendre ainsi le « mockumentary » THIS IS SPINAL TAP de Rob Reiner. Le prendre sauvagement en frontal. Difficile de classer ce faux documentaire comique sur un groupe de Hard Rock hypothétique, aussi redoutable que pathétique. Mais plus vrai que nature! Et à bien y regarder, on dévisse dans une quatrième dimension fantastique au gré des batteurs du groupe qui meurent tous dans des circonstances plus que bizarres? Notamment en explosant en plein concert. Ah, Combustion Spontanée, quand tu nous tiens. Brad Dourif ne devait pas être très loin. Inédit en France en 1983, nous ne pûmes bénéficier de sa vision qu’à travers une (re)sortie tardive, d’où cette copie 35mm de tenue correcte, avec toutefois un son saturant méchamment lors de gros rifs ou de scènes de concerts. Hilarant, pavant la voix à nombre de copies ultérieures, reprenant à son compte les oripeaux d’un humour quelque peu Lesterien et injectant une bonne dose d’auto-dérision et d’humour ravageur.

Des ravages comme ordre naturel. Il s’agit de l’avertissement écologique de Bert I. Gordon, M. B.I.G en personne, surfant sur quelques pages arrachées aux livres de H.G Wells pour son SOUDAIN… LES MONSTRES! de 1976. Auréolé du Grand Prix du Film fantastique du festival d Paris 1977 (oui, e fameux festival du Rex!), il put bénéficier d’une sortie cinéma française le 18 mai 1977. Faisant suite au succès surprise de sa sortie américaine en juin 1976 (8 semaines dans le top 10 du Box Office ricain, quand même) qui permit à AIP de commander dans la foulée L’EMPIRE DES FOURMIS GEANTES à M. B.I.G. Un candidat idéal pour un Jour du Bis 2017, là aussi pour son 40e anniversaire? Amusant de noter que SOUDAIN… LES MONSTRES! sortit le même jour qu’un certain SUSPIRIA, pour lui damer le pion côté entrées. Et en compagnie de L’EXECUTEUR de Maurizio Lucidi, LE FANTOME DE BARBE NOIRE ou encore VANESSA, le soft-core d’Hubert Franck. Et c’est à travers la magie de l’espace-temps pour ses 40 ans, que nous pûmes assister à la résurrection celluloïdale du film invisible depuis très longtemps. Ceci via une copie 35mm vintage 100% pur bonheur cinéphile. Un peu fatiguée, qui vire gentiment vers le magenta par moments, mais avec une furieuse VF made in Les Films Jacques Willemetz (bon, un peu le fond du tonneau du doublage français). Atomique, le doublage. Féérique, même, donnant un rutilant lustre aux confins du ridicule. Que le film ne méritait absolument pas, ceci dit. La marque de fabrique de Gordon transpire sur l’ensemble du film : l’écologie de BEGINNING OF THE END, la menace de la nature en révolte, les effets spéciaux maisons tantôt ratés, tantôt d’une splendeur encore aujourd’hui rarement égalée. Avec entre autres les humains acculés sur la terrasse d’une maison submergée et attaquée de toutes parts pour les rats géants! Une série B au charme inexpugnable.

Et vint le jour de la Vengeance, comme dirait Gregory Peck, après une pause gustative bien méritée. Reprendre des forces pour affronter l’adversité ou la méconnaissance. Et il fallait être solidement armé pour résister à l’habituel DENTS DE LA MER 4 : LA REVANCHE-bashing qui sévit depuis presque 30 ans. Un crime de lèse-Spielberg pour les uns, une honte post-3D pour d’autres, un navet pur jus pour la plupart. Un grand film incompris, en fait. Une solide superproduction Universal montée à la va-vite, où chacun des participants semblait en pleine possession de ses moyens. Avec des références irréprochables. Joseph Sargent : réalisateur du classique et culte PIRATES DU METRO (un des meilleurs films de la décade 70’s) et du CERVEAU D’ACIER, embauché à condition de trouver un moyen de tuer définitivement le requin tout en proposant une approche « fraiche ». Avec une liberté de contrôle inédite. Un casting mettant Lorraine Gary (femme du patron d’Universal, au passage) en haut de l’affiche pour la première fois. Michael Caine, la caution sérieuse pour un rôle inutile. Michael Small, musicien respecté, offre une partition inévitablement référentielle au thème du premier opus. Attachant cependant un point tout particulier à s’éloigner de la formule attendue… tant de talent au service d’une déconfiture que même Sargent, peu de temps avant sa mort, s’ingéniait à se demander « pourquoi? ».

Entre les fautes de raccord, les deux fins ahurissantes tournées à la va-vite, les re-shoots, la télépathie (après tout, pourquoi pas?), la volonté délibérée de se diriger vers un spectacle plus familial… que reste-t-il? Sargent pose une certaine fluidité du récit, optant pour un éclatement de la cellule familiale et son observation du drame d’une femme. C’est déjà là le souci pour la majorité des spectateurs : un manque d’action. Il s’agit aussi du meilleur atout du film. A l’heure où Hollywood battait son plein de films orientés teenagers, voici un film qui montre une histoire d’amour naissante avec une grand-mère! Et qui en fait par la même occasion une héroïne, une battante. Le réalisateur sauve ce qu’il peut des meubles, et l’effectue de manière très professionnelle. Magnifiques scènes sous-marines, impeccable photographie, progression naturelle des scènes, références/hommage afin de renforcer le côté « saga familiale ». Le film peut être un parfait manuel sur « comment flinguer une franchise? » ou « tout ce qu’il ne faut pas faire à Hollywood». Ou pas. S’employer à l’apprécier pour ce qu’il est. DENTS DE LA MER 4 : LA REVANCHE (le titre du générique oblitère le « 4 » de l’affiche française) replonge la saga dans ses racines Bis. D’où peut-être elle n’aurait jamais du sortir?

Qu’on apprécie ou pas le film à sa juste valeur : l’occasion de le voir sur grand écran, en 35mm et dans le mixage Dolby Stereo d’origine reste une expérience unique. Un son par ailleurs étonnamment particulier, dès le générique de début : avec la musique du générique légèrement étouffée sous la mer, puis qui prend sa puissance maximale lorsque la caméra sort hors de l’eau. Une stéréophonie particulièrement réussie, par ailleurs! D’un point de vue visuel, elle paraissait quelque peu fatiguée (état 3?) mais du Panavision 2.35:1 non traficoté en pixels, ça n’a pas de prix.

TENEBRES dans sa copie numérique, un DCP estampillé Wild Side présentant les mêmes qualités et défauts que les autres films du maître ressortis sous cette même bannière et en format numérique. Un son mixé à la hache, en DTS HD mono 2.0, présentant des altérations curieuses : une baisse de niveau intervenant lors de certains morceaux musicaux du trio Simonetti/Pignatelli/Morante, pour revenir plus en avant de l’action quelques moments plus tard. Une copie certes nettoyée, parfois immaculée mais présentant ça et là quelques moments gênants de bruit video. Pour le spuristes attendant la copie 35mm française avec son générique Ginis Films do’rigine en setont pour leurs frais. Le doublage anglais n’était quand même pas des plus heureux (pauvre Giuliano Gemma!). Mais qu’importe ces scories techniques, l’authenticité d’un auteur là aussi en grand écran, ça a de la gueule. Un vrai virage artistique au tournant de cette décade 1980 par le chantre du gothique visuel et de la violence opératique émergeant de giclées rougeatres de lumière de SUSPIRIA ou d’INFERNO. La blancheur souillée au quasi-symbole d’un auteur en proie à ses propres démons, une géométrie du meurtre : TENEBRES reste un flambeau du genre, un phare de lumière aveuglante de beauté sanglante du bout du monde.

La programmation commençait par une note légère, elle a terminé par un gros éclat de rire porno-comique avec A LA RECHERCHE DE L’ULTRA-SEX de Nicolas et Bruno, les auteurs de LA PERSONNE AUX DEUX PERSONNES avec Alain Chabat. A la manière du Grand Détournement, ils ont concocté 59mn de délire sexualo-interplanétaire avec cette histoire de vol de l’Ultra-Sex qui provoque une vague inexorable d’accouplements frénétiques sur la Terre! Heureusement que la Capitaine Zguegue sillonne la Galaxie, aidé sur Terre par les deux agents Bobbi Darling et Brenda Brushing qui mènent l’enquête. Un festival de montage plus ébouriffant qu(‘une raie au beurre noir : extraits de films pornos 70’s et 80’s (avec of course le INVASION OF THE LOVE DRONES en matière première!), plus ou moins obscurs, remontés et re-doublés pour téter…euh… tenter de donner un sens à cette histoire crapoteuse plutôt bien montée. Et le tout agrémenté d’un fil rouge provenant de films hors compétition. On remarquera des pans entiers provenant de LA BESTIA NELLO SPAZIO d’Alfonso Brescia avec Sirpa Lane (disponible en DVD UK à vil prix chez Shameless sous le titre THE BEAST IN SPACE). A noter que ce film fit partie d’une avalanche de flms de SF italiens tournés par Brescia avec les mêmes décors, quasiment les mêmes acteurs, mêmes effets spéciaux et costumes… les androïdes « Mireille Darc » blonds se battant au sabre laser se trouvant indifféremment dans LA GUERRE DES ROBOTS (dont on retrouve aussi des images ici!) ou encore STAR ODYSSEY. Il faudra aussi compter sur des extraits de SAMOURAI COP avec un Matthew Karedas (ou d’autre chose, selon l’humeur) personnifiant de très capillaire Christian Coiffure, héros de l’univers. Le tout avec des dialogues parfois hilarants, des voix renversantes…un doublage positivement psychotronique qui a parfaitement fonctionné sur la foule rassemblée pour cette séance finale. On dénotera une petite baisse de régime en cours de route, mais on remerciera les auteurs d’avoir opté pour ce format court. Le film n’aurait en effet pas pu tenir sur un format de 90mn; Un très grand moment d’exploitation postmoderne!

Toute cette fine équipe, du valeureux organisateur jusqu’aux spectateurs lessivés de bonheur, se sont quittés vers un 2 heures du matin bien mérité. Indéniablement encore une belle réussite via des films amoureusement choisis pour leur qualité vintage 35mm qui font d’eux des raretés incunables. Avec la cohorte d’incidents de projections qui vont avec : pannes de son, images projetées à l’envers, le point mal fait, la pellicule qui coupe… Somme toutes mineurs, mais surtout faisant partie intégrante de l’expérience proposée. Un seul regret cette année : l’absence d’animations pendant cette journée, qui construisait tout autant un charme venu d’ailleurs. Ceci n’a cependant pas altéré le succès de cette 4e édition et la bonne humeur communicative de l’assemblée réunie. Rendez-vous en 2017.

 Dossier réalisé par Francis Barbier.

 ESPACE MEMBRE

Connexion

Si vous n'avez pas de compte DeVilDead.com : Cliquez ici !

 RECHERCHE


 

Les illustrations et photos contenues sur ce site sont la propriété de leurs éditeurs respectifs.
Les textes contenus sur ce site sont la propriété de DeVil Dead
http://www.devildead.com - devildead@devildead.com