SPRING

  Interview

Le samedi 22 novembre 2014, Aaron Moorhead et Justin Benson avaient fait le déplacement au PIFFF pour présenter leur deuxième long-métrage, SPRING, aux spectateurs français. Dès le lendemain, le film était récompensé par le Prix du Public. A quelques minutes de cette remise de Prix et de la cérémonie de clôture du festival, nous avons eu l’opportunité de rencontrer deux cinéastes jovials et heureux d’être présents à Paris.

DeVilDead : A la vision de votre film, cela m'a fait un peu penser à BOBBY DEERFIELD...

Aaron Moorhead : J'avoue que je ne connais pas ce film, désolé.

Il s'agit d'une passion amoureuse entre un homme qui apprend à vivre au contact d'une femme qui est en phase terminale d'une maladie. Du coup, je me suis demandé si vous aviez pensé à cette idée d'une maladie incurable qui met fin à une passion amoureuse même si ce n'est pas du tout le sujet du film...

Aaron Moorhead : De plusieurs façons, le film parle du deuil. Lorsque le personnage principal rencontre la jeune femme, il y a une échéance qui fait qu'il risque de la perdre à tout jamais. Cela se rattachait directement au décès de sa mère.

C'est en partie la raison pour laquelle j'avais fait le rapprochement...

Aaron Moorhead : Oui, oui. C'était donc intentionnel. C'est sûr. La situation du personnage principal est triste au départ et il a besoin, d'une certaine façon, de commencer quelque chose, établir un nouveau point de départ. Une sorte de renaissance.

La renaissance après la mort, c'est quelque chose qui est souvent présent dans de nombreuses cultures. Et, d'ailleurs, à un moment du film, l'un des personnages s'interroge sur l'existence de Dieu. Quel est votre point de vue personnel à ce propos ?

Aaron Moorhead : Ce n'est pas vraiment au cœur de l'histoire. A mon sens, il s'agit d'un film agnostique. La jeune femme est d'ailleurs une scientifique. Le film évoque les bases des religions mais il n'y a pas vraiment de commentaire sur l'existence réelle de divinités. Si vous aviez la possibilité de vivre pendant 2000 ans, vous pourriez voir que la perception de Dieu change en fonction de la société.

L'un des personnages dit d'ailleurs qu'elle a connu un grand nombre de Dieux, sous-entendant les différentes religions successives... Mais je vous pose la question d'un point de vue personnel, ce que je fais lorsque je vois des films qui évoquent ce sujet.

Aaron Moorhead : La seule raison pour laquelle je préfère ne pas vous répondre, c'est que j'ai peur que des personnes n'interprètent mal le film par la suite. Pas mal de personnes interprètent souvent assez mal ce type de chose. Je n'aimerais pas que quelqu'un puisse se dire "Oh, c'est un film chrétien" ou "C'est un film athée". Cela risquerait d'orienter le sujet du film alors que ce n'est pas du tout ce dont nous voulions parler à l'origine...

Sur le même principe, dans les dialogues, on trouve aussi un personnage qui affirme que les Italiennes sont plus belles que les femmes françaises... Qui a écrit ça ?

Aaron Moorhead : (Rires) Je l'ai écrit ! Je suis coupable ! Non, l'idée, c'était de montrer l'aspect un peu chauvin de personnages à propos de leur propre culture. D'ailleurs, le personnage qui le dit n'a manifestement pas beaucoup voyagé. Ce type de point de vue est assez absurde et c'était une façon de s'en amuser.

Alors, justement, contrairement à ce personnage, vous avez voyagé. Vous avez évoqué que vous partiez sur les routes avec votre sac à dos. Toute du moins, c'est ce qu'à dit Justin et je me suis demandé où vous vous étiez rencontré...

Justin Benson : On travaillait tous les deux dans une société publicitaires. On a donc travaillé sur des clips, des courts et spots de publicité. J'avais l'habitude de voyager un peu à l'aventure ce qui n'était pas vraiment le cas d'Aaron. Après avoir fait RESOLUTION, nous avons donc commencé à voyager ensemble dans les festivals internationaux. Nous étions alors encore moins connus qu'aujourd'hui et les festivals proposaient seulement à l'un de nous deux de faire le déplacement. A la place, nous avons pris le parti d'y aller à deux mais en adoptant les mêmes techniques que les routards en allant dans des hôtels pas chers, en économisant sur la nourriture... Cela a montré à Aaron ce qu'est l'expérience de partir sur les routes avec son sac à dos.

Aaron Moorhead : Par exemple, aujourd'hui, je n'ai eu droit qu'à des barres de protéines. (Rires)

Justin Benson : Par moment, on utilise des trucs de clochards.

Aaron Moorhead : On a bu des litres et des litres d'eau à travers la plupart des pays européens...

Justin Benson : Je lave mon propre linge...

Et pourquoi avez-vous décidé de réaliser vos films ensemble, à quatre mains ?

Aaron Moorhead : Oh, c'est une question à laquelle je n'ai jamais pensé.

Personne ne vous l'a jamais demandé ? (Rire)

Aaron Moorhead : Je plaisante... Je pense que la réponse la plus simple, c'est... Si vous rencontrez une personne qui a les mêmes goûts que vous. C'est à dire qui a envie de faire les mêmes films que vous. Simplement, cela vous donne deux esprits, deux corps et quatre bras pour faire la même chose, cela simplifie les choses. C'est la réponse la plus basique. Mais c'est aussi mon meilleur ami, on traîne souvent ensemble. Mais si je ne l'avais pas rencontré, je pense que je n'aurais pas fait de films aussi bons.

Justin Benson : Je ne pourrais pas faire de film sans Aaron. En tout cas, cela fonctionne beaucoup mieux quand on travaille ensemble. C'est un peu, en quelque sorte, la magie de l'amitié. Par exemple, lorsque nous avons fait notre premier film, RESOLUTION, c'était un projet assez unique. Personne ne voulait nous donner d'argent pour faire ce film. A deux, en combinant nos expériences, on a trouvé l'énergie de le faire. Une seule personne n'aurait probablement pas pu le faire. Avec le temps, vous grandissez ensemble, vous prenez tellement de décisions ensemble... Vous devenez un véritable duo plutôt qu'une unité individuelle.

C'était extrêmement rare par le passé et, de nos jours, vous êtes de plus en plus nombreux à le faire. Bien sûr, il y a des frères qui travaillent ensemble mais cela paraît logique en raison des liens de parentés...

Justin Benson : Humm... Il y a effectivement des équipes qui travaillent de façon étroite, le plus souvent deux personnes, parfois quatre ou cinq... Cela dit, sur des projets collectifs aussi important, j'ai surtout vu des clips vidéo ou ce genre de choses. Mais je pense qu'il faut aussi dire que nous sommes à même de produire, écrire, réaliser, faire la photographie et le montage ou encore les effets spéciaux seulement tous les deux. Ce qui simplifie la tâche et ce serait beaucoup plus compliqué de faire tout cela seul (Rire) ! On se partage donc le travail sans se percuter sans arrêt car il y a beaucoup de choses à faire.

Vous n'avez donc jamais de dispute ?

Justin Benson : Cela arrive mais ce n'est jamais important.

Dans votre film, il y a peu de silence et énormément de dialogue. J'ai apprécié le film mais sur la fin, j'ai trouvé que les dialogues était trop appuyé et diminuait un peu l'impact émotionnel.

Aaron Moorhead : On a discuté pas mal de ça, évidemment. Mais le choix que nous avons du faire sur ce film, c'était de montrer que le personnage découvre qui est réellement la femme face à lui et la façon dont ils vont construire leur relation. A partir de là, il y a beaucoup à dire et ils ont beaucoup à se dire. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes posé la question de savoir comment ces deux personnages allaient se connecter correctement. On savait que ça devait être transmis par les dialogues et ce même.

Justin Benson : Les fins des films d'horreur sont souvent peu satisfaisantes. Mais nous ne voulions pas nous diriger vers une fin traditionnelle.

Ce n'est pas vraiment ce que je voulais dire. Je ne pense pas que SPRING ait une approche traditionnelle du film d'horreur, c'est d'ailleurs pour cela que j'avais pensé à BOBBY DEERFIELD qui n'a rien à voir. En réalité, SPRING est plus proche d'une romance crédible que d'un film d'horreur. Sur le poster, il y a d'ailleurs une accroche qui dit en gros que "sur une longue période de temps, toutes les femmes deviennent étranges". C'était une façon d'évoquer la manière dont on découvre quelqu'un en se mettant en couple ? Plus seulement ses qualités mais aussi ses défauts...

Aaron Moorhead : Le monstre (Rire).

Le film parle donc plus de cela...

Aarond Moorhead : Oui, évidemment. C'est une métaphore en filigrane. Le fait que même une romance qui semble douce et angélique va se confronter avec la réalité. Dans ce cas, c'est effectivement horrible. Mais c'est aussi les défauts humains. Les gens peuvent être charmants mais ils sont aussi imparfaits, particulièrement dans des situations qui leur paraissent difficiles.

Votre prochain film va parler d'Aleister Crowley, c'est ce que vous avez dit hier soir après la projection de SPRING. Cela m'a étonné car vos deux premiers films sont axés sur les relations entre les personnages et jusqu'ici Aleister Crowley est le plus souvent décrit comme un croquemitaine...

Justin Benson : Vous connaissez Aleister Crowley ?

Oui, c'était un occultiste qui a défrayé la chronique en raison de ses idées et de ses frasques. Mais, en réalité, il n'a pas vraiment fait tant de mal de son vivant. Avec le temps, il a été diabolisé dans l'inconscient collectif, particulièrement en étant repris par d'autres.

Justin Benson : Ok. Ce sera à propos de ses relations et aussi de son ego. La plupart des gens pensent qu'il s'agissait d'un adorateur du diable. Mais il ne croyait pas dans le diable. Ce sera donc l'histoire d'un homme mauvais mais surtout de ses relations avec trois autres personnes durant une période de sa vie.

Cela va changer radicalement de la perception habituelle d'Aleister Crowley...

Aaron Moorhead : Ce sera plus orienté vers le drame.

Ce sera donc bien plus proche de la réalité...

Aaron Moorhead : Ce sera une histoire très inspirée par sa véritable vie. Nous avons fait beaucoup de recherches et nous n'allons pas faire de jugement sur le personnage.

C'est justement en grande partie le jugement qui a diabolisé à outrance le personnage.

Aaron Moorhead : Ce n'est vraiment pas notre intention que de le juger. Au moment de sa mort, il avait fait pas mal de choses qui sont objectivement très mauvaises. Du coup, il est difficile, tout de même, de ne pas émettre un jugement sur lui. Mais le film va prendre place à un tournant de sa vie où il n'est pas encore l'icône qu'il deviendra par la suite. Il fera des choses mauvaises dans le film mais pas du tout comme pourrait le croire les spectateurs. Ce sera des excès. Pas forcément de mauvaises choses mais quand vous allez dans l'excès en toutes choses, cela finit par devenir terrible.

Justin Benson : Ce qui est réellement intéressant avec Aleister Crowley, c'est le fait qu'il est d'un côté admirable alors que de l'autre il a un tas d'énormes défauts. Et aucun de ses défauts n'est à même de le sauver. C'est en cela que le personnage est si intéressant.

Aaron Moorhead : Tout autant que la relation principale dans le film. Car il n'aurait pas été possible de faire un film centré seulement sur Aleister Crowley. C'est la relation avec une autre personne qui est importante ici et ce sera d'ailleurs le personnage principal du film.

Cela se déroulera à l'époque où Aleister Crowley a vécu ou bien vous allez transposer cela à notre époque ?

Aaron Moorhead : Cela se passera à son époque car ce sera vraiment basé sur des événements de sa vie, même si les détails ne seront peut être pas respecté à la lettre.

Vous avez donc fait des recherches sur Aleister Crowley mais avez-vous vu les films qui l'ont retranscrit à l'écran ?

Justin Benson : Oui. Par exemple, il apparaît sous un nom différent dans le SHERLOCK HOLMES de Guy Ritchie. C'est une version très caricaturale du personnage. Nous n'avons pas eu l'occasion de voir le film d'un membre d'un groupe de Heavy Metal.

CROWLEY, écrit par Bruce Dickinson, s'écarte totalement de la réalité.

Justin Benson : Il apparaît aussi dans un autre Sherlock Holmes et d'une manière générale dans la pop culture.

Aaron Moorhead : Il y a aussi le livre de Richard Matheson dont il a été tiré deux films.

LEGEND OF HELL HOUSE (LA MAISON DES DAMNES) ? Je n'avais jamais fait le lien entre cette histoire et Aleister Crowley mais je n'ai pas lu le livre.

Aaron Moorhead : Dans le livre, la description du personnage, c'est exactement Aleister Crowley.

 Dossier réalisé par Christophe Lemonnier.

 Remerciements à Aaron Moorhead, Justin Benson, Blanche Aurore Duault, Nathalie Iund et les organisateurs du PIFFF.

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