Francis Barbier : CLIMAX, c’est un peu le résultat
d’un certain parcours du combattant ?
Frédéric Grousset : Tourner
un "no budget film" est toujours un parcours du combattant.
De la préparation aux finitions, voire même pour la distribution,
les obstacles sont innombrables et il faut une sacré motivation pour
arriver jusqu’au bout. J’ai la chance d’entre entouré d’une équipe
de fidèles qui s’est agrandie au fil des années et qui répondent
présent à chaque nouveau projet.
Quelle est la genèse du
film, de quelle manière s’est monté le film ?
Après AQUARIUM, mon
premier long métrage j’ai eu envie de tester les limites techniques
du "no-budget film". Je n’avais en tout et pour tout que
7000 euros pour les frais. Une partie du matériel a été
amené par les techniciens, l’autre partie loué ou emprunté
à droite et à gauche. Le tournage complet a duré 15 jours.
Quel type de caméra ?
Le film a été tourné avec
une caméra Panasonic HVX200.
Comment se sont passés les repérages ?
Dès le départ, on a concentré
nos recherches vers les gîtes ruraux dans la région de Montpellier.
Il me fallait un lieu qui corresponde aux spécificités du scénario,
et qui soit assez grand pour loger toute l’équipe pendant deux semaines.
On a trouvé notre bonheur à quelques kilomètres de chez
moi. Une grande bâtisse contenant cinq appartements : certains
servaient de décors et les autres de dortoir ou de salle de régie
etc… L’environnement était quasi idéal
Le casting. On retrouve encore Julien
Masdoua, qui semble naviguer pas mal du côté d’auteurs comme
toi ou encore Thierry
Lopez. Copinage ou vrai talent ?
Julien est effectivement un ami de longue date,
mais c’est avant tout un excellent comédien, très charismatique.
J’ai écrit le rôle en pensant à lui. Quelques temps avant
le début du tournage, il a décroché un rôle récurrent
dans une série (5 SOEURS) qui se tournait au même moment
que CLIMAX mais sur Nice. Il a tout de même tenu à rester
sur le projet. Du coup, la nuit, il tournait CLIMAX et le jour 5
SOEURS.
Qu’est-ce qui a motivé le choix du sujet ?
L’idée de départ était
de tourner un thriller en temps réel. C’est en découvrant le
segment de Luigi
Cozzi, THE NEIGHBOR, dans l’anthologie DOOR INTO
DARKNESS que le sujet m’est apparu. J’ai repris les bases de l’épisode
de Cozzi, et je l’ai
remodelé à ma façon. Pour ce qui est de la journaliste
assassiné, je me suis inspiré de l’assassinat de Anna Politkovskaïa,
la journaliste Russe
L’écriture du scénario révèle
plusieurs noms au générique ; Comment s’est passé
le travail à plusieurs mains ?
J’ai écrit un premier jet que j’ai soumis
à Marija Nielsen,
la co-scénariste du film pour qu'elle se charge d’une seconde version.
A partir de cette seconde version, on a réécrit ensemble scènes
par scènes pour que le scénario entre dans le cadre du budget
et du temps de tournage. Par exemple, si une idée me semblait trop
ambitieuse au regard de nos moyens, il fallait trouver une alternative plus
réaliste sans dénaturer le projet.
Quelle est la marque de fabrique "Grousset" ?
Houlà, une marque de fabrique ?
Je dirai que je choisi mes sujets en fonction des moyens à ma disposition
et que je m’efforce de rendre l’ensemble crédible par ma mise en scène.
AQUARIUM et CLIMAX ont ainsi en commun le minimalisme
de leurs intrigues et de leur exécution.
On sent le film tiraillé entre les clins
d’oeils ou les hommages et la volonté d’un traitement plus sérieux…
Je voulais essayer d’éviter tout second
degré dans le traitement mais comme sur un film comme celui ci, on
ne peut jamais être certain du résultat final, j’ai disséminé
ça et là quelques hommages et autres clin d’œil de façon
ludique, mais j’espère assez discret pour ne pas déséquilibrer
l’ensemble. Le but étant que si le film n’est pas parfait, autant qu’il
soit agréable à suivre.
Les effets spéciaux numériques :
je les trouve catastrophiques. A mes yeux, cela décrédibilise
le propos du film. On comprend ce que tu veux faire, mais le rendu, ça
n’est pas très qualitatif. Pourquoi sont ils ainsi et pourquoi, au final,
les avoir conservés ?
C’est une question de point de vue. Moi je trouve
au contraire qu’ils sont plus qu’honnête vu notre budget. A mon avis
ils n’ont rien à envier à ceux de DEAD END
par exemple. Je tenais absolument à intégrer ces plans pour
accentuer le côté isolé du lieu et comme ces plans sont
irréalisables en live, j’ai demandé à Fabien Baudier
le technicien 3D de les réaliser.
Comme les films français
semblent être à la mode depuis quelques temps à l'étranger,
est-ce que le film a été vendu hors de nos frontières comme
cela avait pu être le cas pour AQUARIUM ?
Pour l’instant, rien n’est prévu pour
une sortie hors France. Quelques contacts ont été établis
avec des distributeurs mais rien de concret.
Comment le film a t il été reçu ?
Pour moi le succès, pour un film de ce
niveau, c’est déjà d’arriver à le finir et de le sortir
dans des conditions correctes. En tout cas, sans être dithyrambiques,
les retours critiques sont globalement positifs et c’est aussi une grande
satisfaction pour toute l’équipe et pour moi même.
Il y a de plus en plus de préoccupation
concernant le téléchargement légal et illégal ?
Quelles peuvent être les conséquences sur un film tel que CLIMAX ?
Mon avis sur le téléchargement
illégal est ambivalent. D’un côté, je suis très
surpris que le film soit présent sur autant de sites de téléchargement
illégal (j’ai même vu sur certains sites qu’il était plus
téléchargé que des blockbusters récents). Ca prouve
que le film suscite une certaine curiosité. D’un autre côté,
je suis un peu déçu que le film ait été disponible
sur la toile moins d’un mois après sa sortie. Je n’ai pas encore les
chiffres de vente donc je ne peux pas mesurer l’impact positif ou négatif
du téléchargement. Je suis conscient que toutes les personnes
qui ont téléchargé CLIMAX ne l’aurait certainement
pas acheté, mais j’espère juste (peut être naïvement)
que les gens qui l’ont vu par ce moyen et qui l’ont aimé, feront la
démarche de l’achat ne serait ce que pour nous aider à financer
le prochain.
Tes deux premiers films font assez tournage
"commandos". C’est le prix de l’indépendance mais ne serais-tu
pas prêt à renoncer à cette liberté pour un tournage
dans une structure plus normative (avec des aides, par exemple du CNC) ?
J’écris actuellement un scénar
dans ce sens avec Marija
Nielsen. On en est qu’aux prémisses de l’intrigue, mais je compte
bien tenter les démarches "classiques" une fois le script
terminé. J’ai envie de réaliser un troisième et peut
être dernier "no-budget film" pour clore ma trilogie
"des films à moins de 10000 euros" et j’espère
passer à l’étape supérieure ensuite.
La production cinématographique en province
hors des circuits habituelle est-elle viable ? Si oui, de quelle manière ?
C’est viable à condition d’être
bien entouré, d’avoir son réseau et de ne pas espérer
en vivre. Les aides régionales ou locales sont soit soumises à
des conditions de production classiques (boites de prod, CNC etc…) soit elles
sont inexistantes. Les aides locales sont par exemple plus logistique que
financière. Mais on est quelques uns à Montpellier (et ailleurs)
à prouver qu’il est possible de monter des projets en toutes indépendance
et dans le cas de CLIMAX, de la conception à la distribution.