Gérardmer 2011

  Compte-rendu

Une certaine fébrilité à la découverte de la programmation officielle de cette édition 2011 du Festival du Film de Gérardmer. Le choix était juste, les trouvailles intéressantes, le ton donné à l’audace… Des projections quasi 24/24, des hommages au président du jury (Dario Argento), des classiques comme L’EVENTREUR DE NEW YORK (et en copie 35mm d’époque, s’il vous plait !)…

Après les retombées des visions, des sorties, et des résultats, on ressort quelque peu mitigé. Un symptôme : l’idée de projeter LE CABINET DU DOCTEUR CALIGAR de Robert Wiene est une excellente idée en soi, mais qui a envie de le visionner à 4 voire 6 heures du matin ? Nonobstant ce point, quelques constats évidents : la santé du cinéma de genre est toujours d’actualité, le numérique prend le pas sur le reste et les impressions ressenties depuis quelques années se précisent sur l’avenir économique du fantastique en général.

L’alternative nordique est devenue une réalité. Le réalisateur norvégien de ROVDYR, présenté en 2009, voit sa carrière internationale lancée avec PROWL. Si l’on peu regretter l’absence de sélection de l’un des meilleurs slashers de ces dernières années, REYKJAVIK WHALE WATCHING MASSACRE, la sélection officielle a pu apporter la vitalité du moqumentaire norvégien TROLLJEGEREN, la seconde séquelle de la saga-slasher COLD PREY puis du curieux RARE EXPORTS et son vicieux père Noël enfermé depuis quelques centaines d’années. Par ailleurs, aux vues des réactions de la salle et des tonnerres d’applaudissements qui ont résonné à la fin, on peut se demander pourquoi ce film finlandais s’est retrouvé "hors compétition".

D’autre part, le continent asiatique continue lui aussi à être prolifique et à verser dans l’ultra-violence chérie par les amateurs que nous sommes. BLOOD ISLAND avait déjà créé la sensation au Festival de Cannes 2010 avec sa vengeance baignée de sang. J’AI RENCONTRE LE DIABLE fait plus office de polar poisseux, mais ses débordements d’hémoglobine peuvent le laisser prétendre à sa présence ici. Tout comme le très brutal DREAM HOME et sa dégénération sadique avec la crise des subprimes en substance.

Enfin, une part belle donnée à des représentants généralement absents des festivals de films de genre avec une certaine constance à induire le fantastique via une prise de position sociale et sociologique. La condition sociétale comme parti pris cinématographique ! Le Maroc, tout d'abord, avec le premier film fantastique horrifique à être présenté en la peau de MIRAGES et son cauchemar de l’impossible job. L’Uruguay avec THE SILENT HOUSE, lui aussi présenté à Cannes en 2010, et dont l’aura a déjà provoqué un remake américain. Et NE NOUS JUGEZ PAS, énième rejeton de Cannes 2010 et sa famille dysfonctionnelle. Le sujet de la famille en marge est également au cœur de THE LOVED ONES, rescapé australien, un pays qui a su produire nombre de chef d’œuvres mais qui tarde aujourd’hui à provoquer de nouvelles remarquables vagues de sang. Idem pour le canevas du seul représentant français, nommé PROIE, avec son sanglier mutant assassin et sa famille bourgeoise en voie d’éclatement.

Maintenant, il est quand même à se demander la réelle pertinence d’une sélection de l’inédit video. De voir une oeuvre aussi riche que TRIANGLE au beau milieu d’oeuvrettes comme le médiocrissime THE DEAD OUTSIDE, ULTIMATE PATROL, l’intéressant mais raté HEARTLESS ou UNFORGIVING, on peut le comprendre. Mais lorsqu’on découvre que le Grand Prix 2011, BLOOD ISLAND sort lui aussi directement en video, y compris le Grand Prix du Jury, THE LOVED ONES, mais aussi et également DREAM HOME, EN QUARANTAINE 2, L'EMPIRE DES OMBRES, AMERICAN GRINDHOUSE, MACHETE MAIDENS UNLEASHED !… il y a de quoi se demander où se situe la frontière entre le sélection officielle et les inédits vidéo ? D’un point de vue du consommateur/spectateur qui fait le succès (ou non) d’un événement comme ce festival, qu’est-ce qui justifie ces choix ? Où sont les distributeurs cinémas acteurs du marché français ?

Un autre point contestable, le choix de certains formats de diffusion. Se déplacer pour découvrir des films projetés via des DVD ou des Blu Ray peut apparaître trivial dans une salle de projection comme celle de l’Espace LAC ou du Cinéma du Casino. La réelle déception vient de SUSPIRIA, qui ne remplace en rien l’attractivité de la précision cinématographique. Qui plus est, le choix d’un son mono étouffé pour la diffusion est quelque peu bizarre. L’on ajoute à cela des plans flous dès le premier quart d’heure et le choix étrange de la projection sur un écran géant via un support vidéo, DVD ou Blu Ray, et la magie n’opère pas. On ne parle même pas de projection en 2K, mais d’une résolution bien moindre. Pourtant, il existe des copies 35mm de qualité largement supérieure – et qui plus est avec le mixage d’origine en 4 pistes stéréophoniques, comme ce fut le cas dernièrement au Festival de Bradford. La différence est flagrante, et on note bien le gouffre qui existe encore aujourd’hui avec les restitutions numériques de matériau de base argentique et les copies argentiques originelles. En fait, l’ensemble des œuvres de Dario Argento présentées lors de ce festival l’ont été via les supports numériques existant sur notre territoire (DVD ou Blu Ray). Il aurait été intéressant d’entendre le maître à ce sujet. Mais être une spectateur payant pour voir un DVD sur grand écran, il y a de quoi tiquer.

Autre petit point noir, l’organisation. Si l’affluence a été indéniable sur le week-end, il faudra que le personnel dévolu aux files d’attente et/ou à l’intérieur de l’espace LAC fasse preuve d’un meilleur sens de l’organisation. Entre les files d’attente aux couleurs de badge innombrables (à s’y perdre) et qui ont été mal installées le premier jour, jusqu’à la mauvaise gestion du remplissage de la salle en dépit du bon sens, le manque d’information voire la désinformation du public sur le nombre de places restantes… La gestion d’une salle complète, c’est un vrai métier. Il suffit de demander aux exploitants de salle. Mais assister au spectacle des spectateurs dans les files d’attente extérieures en venir presque aux mains alors que des places disponibles étaient encore libres dans la salle – et que malgré ce constat effectif, le discours tenu était l’inverse, c’est incompréhensible. Et anti-public. Une simplification des codes couleurs, voire une totale réorganisation de la billetterie et une éventuelle formation à la gestion de salles complètes doivent être envisagés pour une meilleure administration des flux clients et éviter de tels malentendus. Par exemple : une place = un billet pour un film à une séance donnée, comme beaucoup de festivals le pratiquent – dont le BIFFF depuis presque 20 ans. La satisfaction de tous, organisateurs, festivaliers n’en sera que meilleure !

Pour conclure, on assiste peut-être via cette sélection et les constats effectués depuis à un glissement de la production de films de genre et leur distribution dans l’hexagone. Un assèchement des productions françaises, eu égard à la qualité très médiocre des produits présentés ces dernières années et aux résultats publics tout aussi mauvais. Une propension à viser de petits budgets et en arriver, de fait, à des productions plus confidentielles, donc à une sortie quasi-exclusivement vidéo, l’autre partie montante du marché actuel. On ressent une nette poussée de nationalités (scandinave, sud-américaine…) qu’on ne voyait que trop peu sur le terrain du fantastique, mais qui ont su se créer de belles opportunités. Mais aussi une éventuelle frilosité des distributeurs français qui, hormis la fourniture de produits standardisés des grands studios américain (à la DEVIL pour Universal, par exemple), ne souhaitent plus prendre le risque de diffuser sur grand écran de tels films. Il faut dire que par le passé, certains distributeurs ont effectué des choix iniques pour à l’arrivée se prendre des déceptions et vestes monumentales en terme d’accueil public.

Voir la Fabrique de Films avec des échecs comme HUMAINS, LA MEUTE, SLEEP DEALER, BIENVENUE AU COTTAGE et le largage in extremis de LESBIAN VAMPIRE KILLERS directement en vidéo… Bac Films avec SHROOMS, EDEN LOG, DIARY OF THE DEAD ; Albany via DANS TON SOMMEIL ou encore l’épouvantable LADY BLOOD… ou encore CTV avec MUTANTS, LE PACTE DU MAL. Et, bien évidemment, plus récemment avec les fours du VILLAGE DES OMBRES et de DJINNS… les exemples de ratages sont légion. Et d’un point de vue production, distribution ou encore exploitation, on peut comprendre l’hésitation. Attendons donc 2012 afin de vérifier tout cela.

Les désagréments notés ça et là n’ont tout de même pas entamé la fête fantastique au beau milieu d’une neige bien présente. Et qui n’a pas paralysé l’envie d’assister aux frissons de rigueur à ce moment de l’année. Espérons que l’édition 2012 puisse puiser dans les quelques erreurs, ressenties par le plus grand nombre, la force à effectuer l’amélioration que tout(e) festivalier(e) est en droit d’attendre face à ce rendez-vous annuels des fantasticophiles français.

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 Dossier réalisé par Francis Barbier.

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