Rammbock

  Interview Marvin Kren

Suite à la projection de RAMMBOCK lors du Marché du Film à Cannes en 2010, Francis Barbier a pris contact avec son réalisateur de manière à en apprendre un peu plus sur cette production allemande. Il a ainsi pu faire parler Marvin Kren sur son film ainsi que sur ses vues concernant les films de morts-vivants…

Francis Barbier : Comment avez-vous démarré le projet ?

Marvin Kren : Après le succès de notre film d’étude SCHAUTAG, le département film de la ZDF s’est intéressé à nous (moi et l’auteur Ben Hessler) et nous a demandé si nous voulions leur présenter un projet pour leur prochaine réunion. Ben a eu l’idée de base de RAMMBOCK : quelqu’un d’enfermé dans son appartement car une apocalypse de zombies a lieu à l’extérieur. La faim le tenaillant, il a cette idée de construire un bélier avec son mobilier Ikea pour passer à travers le mur de son voisin. Notre productrice Sigrid Hoerner croyait vraiment en ce projet, avec chance, les gens de la ZDF aussi. Nous avons alors eu le deal.

Quel a été l’implication de la ZDF ? Avez-vous vous eu un format spécial à respecter ?

Le deal était que la ZDF fut le seul à bord. Cela voulait dire qu’aucun autre apport financier ne pouvait avoir lieu. Leur but était de produire pus vite qu’à l’habitude et de diffuser des films au moment où ils sont faits..

Combien de temps s’est déroulé entre le début du projet et le premier jour de tournage ?

Nous n’avons pas eu beaucoup de temps. Le deal fut conclut en juin 2009. Le tournage en octobre et le montage final en décembre.

Quelles sont vos principales influences en termes d’écriture et de réalisation ?

Les films suivants ont été importants pour moi, à la fois du fait de leur style visuel ou de la manière don’t ils m’ont effrayé. FENETRE SUR COUR d’Alfred Hitchcock, Buster Keaton, les séries TV britanniques DEAD SET, EX DRUMMER ou encore STRANGERS, THE HAUNTING de Robert Wise, l’œuvre du vidéaste suisse Roman Signer. Et bien sûr les livres de Max Brooks (World War Z et son Zombie Survival Guide) qui ont été d’une grande aide.

L’Allemagne semble être un pays où il est difficile de produire et réaliser des films de genre come RAMMBOCK…

C’est vrai. En fait, pas mal de producteurs sont intéressés mais ils n’ont pas confiance dans le fait qu’ils puissent rencontrer du succès. Les gens sont sceptiques quant aux films de genre allemands. Ils préférent voir un film américain, car ils savent ce qu’ils vont avoir. Ils ne veulent pas voir une copie allemande. Par le passé, certains réalisateurs allemands ont tenté de faire des spectacles à l‘américaine, ce qui est ok. Mais ils ont oublié leur originalité car les films de genre peuvent donner au réalisateur l’opportunité de montrer certains aspects de la société ou de sa culture de manière intéressante. Il existe de grands réalisateurs allemands qui ont fait de superbes films comme DAS EXPERIMENT par Oliver Hirschbiegel ou encore certains films de Dominik Graf.

Qu’avez-vous essayé de faire en écrivant et en réalisant RAMMBOCK

Tout d’abord, nous avons essayé de raconter une histoire que les spectateurs aimeraient suivre. Ce qui implique que nous nous sommes focalisés sur les besoins et l'aspect dramatique de nos personnages en premier lieu puis utilisé les éléments du film de zombies.

Pourquoi ce titre ?

C’est l’idée de base du film et cela ne me semblait pas juste d’utiliser un titre de film typique du genre.

Pouvez-vous apporter quelques précisions sur les détails du tournage, la technique, le budget...

Nous avions un budget de 200.000 €. Comme c’était assez peu, nous avons écrit une histoire qui fonctionne pour ce budget. Nous avons ensuite tourné en 13 jours avec une caméra Red One, que je recommande.

Quels ont été vos choix esthétiques pour le film?

Je voulais un monde réaliste, mais un monde où tu ne puisses pas te sentir à l’aise. L’horreur commence très tôt dans le film, j’ai eu alors besoin de créer une atmosphère sombre dès le début. Le décor principal est la cour intérieure d’un immeuble berlinois, ce qui apporte déjà un look un peu sale. Ulrich Frommhold, le décorateur, l’a utilisé comme point de départ pour son concept. L’état de le cour intérieure après l’attaque des enragés doit ainsi indiquer combien de temps il reste et doit donner une certaine idée ce que le reste du monde pourrait ressembler au même moment

Vous avez visiblement tourné en pleine nuit et avec pas mal de figurants…

C’était la partie la plus fun. Pour les scènes de foule, nous avons lancé des invitations sur Facebook et Myspace. Les figurants ont adoré ça. Du fait de bénéficier d’un maquillage gratuit car ce jour précis de tournage était Halloween. Après ça, ils sont allés à des fêtes maquillés en zombies. Pour les autres scènes de zombies, j’ai utilisé des danseurs et des sportifs. Ils possèdent plus de capacités pour effectuer des choses extrêmes avec leurs corps. Mes zombies ne sont pas lents ; En fait, ils ne sont pas vraiment morts. Ils sont remplis de colère. De ce fait, leur corps transmet cette énergie. Nous avons utilisé un bon chorégraphe, Jea-Marc Lebon, qui a fait un travail incroyable avec eux.

Pourquoi avoir concentré l’action dans un seul immeuble ?

Nous étions fascinés par l’idée que tout puisse arriver dans un seul endroit et exploiter cet appartement ainsi que la cour comme nous le faisions étant enfants. Je suis resté avec cette idée que Michael doive s’échapper d’une pièce à une autre de l’immeuble pour rester en sécurité.

Comment fut le travail avec les acteurs ?

Avant de tourner, je savais que je n’aurais pas l’opportunité de réaliser beaucoup de prises. Le choix des acteurs était primordial. J’avais besoin d’acteurs capables de jouer la peur et volontaires pour cette aventure zombiesque avec moi.

Pour un film avec des zombies, il faut des effets spéciaux. Vous avez porté votre choix plutôt sur des effets mécaniques, mais avec quelques effets numériques.

Je n’ai jamais voulu montrer de plans trop gores, ceci ne devait pas être le caractère proéminent du film. Toutefois, j’avais besoin de moments sanglants afin de rappeler à tout le monde dans quoi ils étaient embarqués. J’ai essayé d’éviter au maximum les effets numériques aussi bons soient-ils. Je voulais créer les effets devant la caméra. Mais pour intensifier certains moments, je reconnais avoir eu recours à la technologie numérique, notamment pour les yeux des zombies. Bien que nous ayons utilisés des lentilles de contact blanches, les acteurs n’y voyaient rien. Ils ont alors tenté de n’en porter qu’une, mais cela avait l’air un peu stupide.

Le scénario est très simple et ressemble à une douzaine de films de "zombies" similaires : [REC] ou LA HORDE, par exemple. N’avez-vous pas eu peur de la comparaison ?

J’adore [REC] ! Non, je n’ai jamais eu peur de la comparaison. Si j’avais utilisé le même concept visuel que [REC], l’accusation de plagiat aurait été acceptable. Cela n’a jamais été notre but de donner une nouvelle manière de narrer une apocalypse de zombies car comme je l’ai dit, nous nous sommes focalisés sur nos personnages et l’ambiance allemande afin de créer un film plus personnel.

Vous avez choisi des acteurs ordinaires pour jouer des personnages ordinaires.

Absolument pas. Lorsque je vois un film d’horreur, les personnages sont confrontés à des situations extrêmes. J’aime m’identifier à eux. Je n’ai pas besoin de voir des personnages eux-mêmes extrêmes, lorsque le monde donné à voir est déjà extrême.

Vous avez réussi des scènes extrêmement dramatiques, comme celle du suicide. Je pense qu’il s’agit de la qualité la plus importante du métrage : mélanger horreur, comédie, drame – et passer de l’un à l’autre de manière rapide. La scène du suicide est très émouvante. Finalement, RAMMBOCK est-il un vrai film d’horreur ?

Nous aimons vraiment surprendre les spectateurs. C’est ce qu’il y a de plus fun quand on fait des films. Michael est conduit par l’amour qu’il porte à son ex, Gabi. Il ne fait que penser à elle. Notre idée fut alors de jouer avec cette notion d’amour, et de le confronter lui et les spectateurs avec d’autres histoires d’amour dans cette situation extrême, comme l’histoire du frère et de la sœur, l’homme solitaire et cette histoire de couple et de suicide. Nous avons alors utilisé un film de zombie pour raconter un drame avec quelques moments amusants.

Il semble bien donc que le moteur de RAMMBOCK ne sont pas les scènes horrifiques– il y en a, mais moins que dans ZOMBIE ou 28 JOURS PLUS TARD. Vous paraissez vous intéresser à autre chose ?

Je suis très intéressé par les films possédant un point de vue pessimiste sur notre société, et les films de zombies donnent cette idée de notre monde qui est mauvais en premier lieu. Nous n’avons pas voulu faire uniquement un film de zombies. Nous avons réfléchi au fait de la manière dont les gens en Allemagne ou en Europe réagiraient dans un tel scénario.

Ma génération ne prendrait pas les armes en premier lieu, comme les américains le feraient peut-être. Ce n’est pas dans notre culture. On paniquerait plutôt d’abord, on se cacherait et élaborerait un plan sur la façon de s’en sortir de manière sécurisée.

Le monde est-il au bord du chaos dans RAMMBOCK ?

Tous les jours, les médias prédisent la fin du monde dans leurs news. Les tsunamis, le 11/09, la grippe porcine... Ce sont des événements réels. Heureusement, les zombies ne le sont pas, mais nous sommes capables de confronter nos peurs les plus élémentaires avec ce genre. Je pense qu’il s’agit de ce que touts les fans aiment à propos de ce genre de films : nous sommes nos pires ennemis

Quel a été votre apport dans l'étape du montage ?

Nous avions beaucoup de gros plans de zombies dans la première version et le film avait un air trash. Il existe une ligne de démarcation très faible afin de trouver le bon équilibre entre exploitation et suspense

Comment expliquez-vous le buzz autour du film, sa sélection dans divers festivals et sa sortie en Allemagne. ?

J’imagine que les gens sont fascinés par l"idée d’un film allemand. Des zombies à Berlin. C’est une idée qui marche. Notre distributeur mondial East West est otpimiste sur le fait de vendre le film dans plusieurs pays. Mais avant cela, le film doit marcher en Allemagne et en Autriche, où il sort simultanément le 9 septembre 2010. RAMMBOCK sera aussi présenté au Festival de Locarno sur la Piazza Grande, à l’Etrange Festival de paris et de Strasbourg, à Austin, au International FFF de Lunnd et j’espère aussi à Sitgès.

Quels sont vos prochains projets?

Nous sommes en train de travailler sur un amusant scénario de chasseur de fantôme, tout comme celui d’un pilote de série télé à propos d’un faux prêtre dans un mystérieux village nommé KITZSTERN.

 Dossier réalisé par Francis Barbier.

 Remerciements à Marvin Kren & Olivier van Bockstael.

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