Tintin et les Oranges Bleues (1964)
Posté le 2009-01-05 05:12:13

Après le succès de Tintin et le mystère de la toison d’or, André Barret met en chantier en juin 1964 Tintin et les Oranges Bleues, une coproduction franco-espagnole dont il a écrit le scénario avec la collaboration de Rémo Forlani et René Goscinny. L’équipe d’origine change. La réalisation est cette fois confiée à Philippe Condroyer (diplômé des arts décoratifs et auteur de plusieurs courts-métrages et de publicités) et le compositeur André Poppest remplacé par Antoine Duhamel.

Jusqu’aux acteurs qui, exceptés Jean-Pierre Talbot et Max Elloy (Nestor), ne reviennent pas sur le film. Haddock est désormais interprété par Jean Bouise, que l’on verra plus tard dans Z, Le Vieux Fusil et les films de Luc Besson. Tournesol est incarné par Félix Fernandez et les Dupondt par Francky François et André Marie (deux cousins appartenant au milieu du cirque et du catch). Entre les deux films, Jean-Pierre Talbot est devenu instituteur à Remouchamps (près de Spa, dans les Ardennes belges), et doit demander un congé spécial pour le tournage. En trois ans, son visage a changé et donne l’image d’un Tintin plus adulte. Toujours très à l’aise dans les scènes d’action, il ne l’est pas moins dans la comédie et reste l’interprète idéal.

Au début du tournage, Philippe Condroyer se fixe comme objectif d’être extrêmement fidèle à Hergé, comme il l’explique à «Télérama» : «Pour réussir le film, je dois m’identifier aux personnages d’Hergé. L’attitude esthétique est primordiale. Par le truchement de la pellicule et à l’aide d’acteurs en chair et en os, je dois reconstituer un univers précis. Pas question de doter Tournesol d’un tic qu’il n’a pas : les personnages existent graphiquement aussi bien qu’en profondeur. Je dois donner au spectateur l’impression qu’il voit s’animer une page d’album. (...) Par des décors en à-plat, avec des ombres nettes, sous un soleil dur qui passe les couleurs, leur donnant ainsi la douceur de celles des albums. Dans ces décors, des personnages très colorés, dans tous les sens du terme. Peu de dialogues. Beaucoup de mouvement. Un film sobre, dépouillé, graphique. L’idéal serait de donner au spectateur l’impression de décalcomanies qui s’animent».

Pourtant, cinéma et bande dessinée, s’ils ont des points communs, sont des modes d’expression relativement différents. Tintin et les Oranges Bleues est donc assez statique, donnant justement trop l’effet d’être du dessin. Les images fixes, en début de scènes, avec une légende du style «Quelques jours plus tard à Moulinsart...» ne font que souligner le décalage qui existe entre papier et pellicule. Les interprétations caricaturales à l’excès de Jean Bouise et Jenny Orléans (la Castafiore) en rajoutent d’ailleurs sur ce point.

Il faut saluer le gros travail de maquillage effectué sur les deux films, afin de donner aux personnages une allure fidèle à leurs modèles mais aussi crédible à l’écran. «Malgré le fer à friser et la laque, la mèche s’écroulait», se souvient Jean-Pierre Talbot. «Pour Tintin et les Oranges Bleues, de guerre lasse, on a utilisé un postiche !». Sur le second film, Charly Koubesserian, célèbre maquilleur du cinéma français, travailla sur tous les personnages.

«Cela représentait quotidiennement cinq heures de maquillages. Il me fallait inventer des faux crânes, des faux nez, coller des mèches, tailler la fausse barbe d’Haddock... Pour coller au plus près de la ressemblance de ces êtres de fiction, j’avais demandé des photos agrandies dix fois de chacun des personnages de la bande dessinée et, m’inspirant de cela, je transformais les acteurs. Petit à petit, je voyais un comédien se transformer comme si les bonshommes de papier apparaissaient devant moi en chair et en os. Cela ressemblait un peu à un rêve d’enfant dans lequel vous imaginez vos personnages favoris quitter les pages des livres pour rejoindre votre réalité.

Ce faisant, j’ai constaté à quel point le travail d’Hergé était soigné et finalement correspondait d’assez près à une certaine vérité. Ce n’étaient pas des caricatures mais des portraits. Bien entendu, j’avais l’impression de collaborer à un dessin animé plutôt qu’à un film d’acteurs. C’était un travail tout à fait amusant et un travail complet puisqu’il incluait le maquillage, les postiches, les prothèses. Mais c’est aussi très dangereux à faire en raison des gros plans. Il ne fallait surtout pas que l’on voie les points de colle, les retouches, les pointes de maquillage».

Le film est peut-être moins attrayant que le précédent et souffre de nombreux défauts. Son succès, d’ailleurs, s’en ressentit : quatre semaines d’exploitation parisienne seulement (77.568 entrées). Une troisième aventure fut pourtant envisagée, à la grande joie de Jean-Pierre Talbot, mais ne vit jamais le jour.

Philippe Lombard

[Sources : «Télérama» n°755, «Télé 7 Jours» n°1820, «Ma vie sans maquillage» de Charly Koubesserian (Zélie, 1994)]

Titre Original :
TINTIN ET LES ORANGES BLEUES

Titre anglais :
TINTIN AND THE BLUE ORANGES

Année : 1964

Nationalité : France / Espagne

Réalisé par :
Philippe Condroyer

Ecrit par :
André Barret, Philippe Condroyer, Rémo Forlani, René Goscinny & Hergé

Musique de :
Antoine Duhamel

Interprété par :
Jean-Pierre Talbot, Jean Bouise, Jenny Orleans & Felix Fernandez


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