Commando (1982)
Posté le 2008-11-17 11:41:19

Le 30 avril 1980, un groupe d’opposants à l’ayatollah Khomeiny prend en otage tout le personnel de l’ambassade iranienne de Londres. Après cinq jours de négociations infructueuses, l’ordre est donné de prendre d’assaut le bâtiment. Les hommes du SAS (Special Air Service, groupe d’intervention britannique similaire au GIGN) font exploser les fenêtres et pénètrent dans l’ambassade. Ils tueront cinq des six terroristes et libéreront tous les otages. L’événement est filmé et diffusé en direct par la BBC. Le pays découvre pour la première fois le SAS en action et ne s’en remettra pas. (aujourd’hui, certains des membres du commando sont invités à des conventions pour signer des autographes)

Le producteur Euan Lloyd (Les Oies sauvages, Le Commando de Sa Majesté) suit lui aussi l’assaut en direct et n’a qu’à se pencher par la fenêtre pour en voir plus, car son appartement est situé juste à côté de l’ambassade ! Dans l’heure qui suit, il appelle son avocat aux Etats-Unis et lui demande de déposer plusieurs titres, dont Who Dares WinsQui ose gagne»), la devise du SAS. Il contacte ensuite le scénariste-écrivain George Markstein (la série Le Prisonnier) et lui demande d’écrire un traitement impliquant une action terroriste d’envergure à Londres. «Pour éviter de faire un simple film à la gloire des commandos, j’ai décidé de confronter le SAS à un groupuscule de terroristes infiltré au sein d’une organisation pacifique». Le groupe People’s Lobby, mené par des fanatiques anti-nucléaires, s’introduit dans l’ambassade des Etats-Unis et prend ses occupants en otages. Il réclame des autorités qu’un missile atomique soit lancé sur une base américaine en Ecosse, afin de montrer au monde ce que le nucléaire peut avoir d’horrible (!)…

Satisfait, Lloyd demande à Reginald Rose (dont le roman «The Thin White Line» fut à l’origine des Oies sauvages) de transformer le traitement de Markstein, intitulé The Tiptoe Boys, en scénario. Rose ne va faire intervenir la prise d’otages et l’assaut du SAS qu’à la fin de l’histoire et développe le personnage de Peter Skellen, tête brûlée renvoyée officiellement du groupe d’intervention pour violence mais chargée officieusement d’infiltrer les anti-nucléaires. Euan Lloyd pense qu’un acteur encore peu connu, tout au moins au cinéma, serait idéal pour le rôle. Dès le début, il porte son choix sur Lewis Collins, l’une des vedettes de la série Les Professionnels. Se rappelant comment son ami Terence Young avait transformé le rugueux Sean Connery en espion sophistiqué après l’avoir emmené chez son tailleur et son barbier, Lloyd fait passer Collins par les deux mêmes établissements ! (Collins rencontrera plus tard Albert Broccoli, le producteur des James Bond, mais leur entretien ne se passera pas très bien…)

Plusieurs acteurs vétérans américains sont appelés pour interpréter le secrétaire d’Etat pris en otage (dont William Holden), avant que Lloyd ne fasse appel à son ami Richard Widmark. Pour le rôle de la fanatique à la tête du commando, le producteur appelle la jeune Judy Davis qui tourne alors A Woman Called Golda en Israël avec Leonard Nimoy. Elle est intéressée par le personnage mais veut en savoir plus. Lloyd lui envoie les discours engagés des actrices Jane Fonda et Vanessa Redgrave, et elle comprend alors mieux le rôle, qu’elle s’empresse d’accepter. Ingrid Pitt (une des reines de la Hammer) et Rosalind Lloyd (la fille du producteur) complètent le casting.

Malgré la médiatisation de l’assaut de l’ambassade d’Iran, le SAS tient à ce que ses méthodes et son fonctionnement restent secrets, et refuse de collaborer au film. Mais, explique George Markstein, «la plupart des détails que nous donnons ont été corroborés par notre conseiller technique, Ian Black, journaliste au Daily Express et qui obtint le titre de «reporter de l’année» pour ses admirables articles sur le siège de l’ambassade iranienne. Ian avait, de plus, suivi le SAS en Rhodésie au cours d’une mission spéciale».

Une fois le réalisateur engagé (le jeune Ian Sharp, venu tout droit des Professionnels), reste à trouver le décor approprié pour l’ambassade. Après avoir parcouru le Hertfordshire et le sud du pays, le décorateur Syd Cain trouve la solution : le bâtiment principal des studios Pinewood ! Construit au début du siècle, il renferme les départements administratifs et de postproduction ainsi qu’un bar et un restaurant. La façade latérale donnant sur les jardins fera illusion. Elle a d’ailleurs déjà figuré le QG du SPECTRE dans Bons Baisers de Russie ou le manoir des Sinclair dans la série Amicalement Vôtre. En 1974, une véranda a été ajoutée pour les besoins du tournage de Gatsby le magnifique et a été depuis conservée. Pour Commando, un faux étage est ajouté et les cascadeurs de Bob Simmons descendent la façade en rappel après avoir été déposés en hélicoptère. «Le bruit des hélicoptères, l’odeur de cordite, le feu et la fumée ne m’ont pas rendu très populaires auprès des autres producteurs du studio ni auprès de l’équipe qui a dû enduré l’attaque pendant plus d’une semaine» se souvient Lloyd.


Les intérieurs de l’ambassade ne sont pas reconstitués en studios mais sont réellement ceux du bâtiment principal ! La pratique, qui permet d’économiser sur les décors, est courante à Pinewood. Dans la «salle de bal» (qui sert habituellement de restaurant aux équipes de tournage) se déroule le dîner officiel interrompu par les terroristes ; Tim Burton en fera la salle de la conférence de presse de Harvey Dent dans Batman. Les escaliers et couloirs empruntés par tous les personnages sont ceux déjà traversés par Jon Finch dans Frenzy, Eliott Gould et Cybill Sheperd dans Une femme disparaît, Burt Reynolds dans Le lion sort ses griffes ou Patrick MacNee dans Chapeau melon & bottes de cuir (version 70s). Quant à l’entrée de service utilisée par les preneurs d’otages déguisés en musiciens, il s’agit de l’entrée principale du bâtiment, filmée tant et plus par Hitchcock (Jeune et innocent), Michael Crichton (La Grande Attaque du train d’or), Andrew McLaglen (Les Loups de haute mer) ou John Glen (Octopussy). On aperçoit encore le fameux «007 Stage» (construit pour L’espion qui m’aimait) lorsque les hélicoptères du SAS décollent.

À la sortie du film, Euan Lloyd a la satisfaction de recevoir un compliment de la part de Stanley Kubrick ! «Dans une de ses rares lettres, il m’a félicité pour le réalisme obtenu par l’utilisation des pièces principales de Pinewood».

Philippe Lombard

[Sources : «Le Matin» du 11 janvier 1983, «Cinema retro» n°4, «Euan Lloyd, le dernier des gentlemen producteurs» de Simon Sprackling (Funnyman Films, 2003), «The Pinewood Story» de Gareth Owen et Brian Burford (Reynolds & Hearn, 2000)]

Titre Original :
WHO DARES WINS

Titre français :
COMMANDO
Titre anglais :
FINAL OPTION, THE

Année : 1982

Nationalité : Angleterre / Suisse

Réalisé par :
Ian Sharp

Ecrit par :
George Markstein, Reginald Rose & James Follett

Musique de :
Roy Budd

Interprété par :
Lewis Collins, Judy Davis, Richard Widmark, Edward Woodward, Robert Webber, Tony Doyle, John Duttine, Kenneth Griffith, Rosalind Lloyd, Ingrid Pitt, Norman Rodway, Maurice Roëves, Bob Sherman, Albert Fortell & Mark Ryan


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