L’Animal (1977)
Posté le 2008-09-25 13:05:38

Après deux films de Henri Verneuil (Peur sur la ville et Le Corps de mon ennemi), Jean-Paul Belmondo revient en 1977 à la franche comédie en collaborant pour la première (et dernière) fois avec Claude Zidi. «J’aime bien faire alterner les styles, et un peu de mouvement de temps en temps ça fait du bien. Mais cette fois la partie action et la partie comédie sont à égalité et je vais pouvoir me donner à fond dans les deux genres puisque je joue un double rôle, celui d’un cascadeur et celui d’une grande vedette dont il est la doublure». L’Animal est produit par Christian Fechner, qui vient de collaborer à cinq reprises avec Zidi sur d’énormes succès (les films des Charlots et L’Aile ou la cuisse avec Louis de Funès). Il met à sa disposition pour l’occasion un budget pharaonique, le plus gros jamais alloué à un film français. «On ne lésine ni sur le temps, ni sur l’argent, ni sur la qualité» dit-il entre deux bouffées de cigare.

Michel Audiard est enthousiasmé par l’idée de départ. «La trouvaille, c’est d’avoir dans le même film deux Belmondo. Le gentil, drôle, audacieux, et l’anti-Belmondo, bellâtre, efféminé, avec de faux airs à la Valentino et roulant des mécaniques comme Burt Reynolds. Une création complète qui lui rappellerait ses années de conservatoire. Et tandis que Claude Zidi pensait à ses gags, moi je pensais à des situations extraordinaires, Belmondo rival de lui-même, les deux Belmondo s’insultant, se poursuivant. J’ai joué à fond sur les quiproquos, les ressemblances au point de me perdre dans des situations follement embrouillées mais que je crois très amusantes. Au bout du compte, Zidi et moi avons fait une bonne association». Le réalisateur avouera cependant plus tard avoir connu un «flottement» avec Audiard. «Il écrivait ses scènes comme des règlements de comptes. Il a tout de même confectionné de beaux dialogues».

Comme toujours, les seconds rôles sont hauts en couleur (Charles Gérard, Julien Guiomar, Aldo Maccione, Mario David, Raymond Gérome, Henri Génès, Claude Chabrol…) mais il faut cette fois à Bébel une partenaire féminine prestigieuse qui soit son égal. Ce sera Raquel Welch, le sex-symbol de l’époque, héroïne du Voyage fantastique et de Un million d’années avant Jésus-Christ. Pour Zidi, elle sera en définitive «une erreur de casting. Elle était trop sophistiquée pour renvoyer la balle à Jean-Paul». Mais l’équipe l’adore. «Une vraie professionnelle», se souvient Charles Gérard. «Simple : elle bouffait avec nous à la cantine». Pourtant, le début du tournage connaît quelques ratées. La maquilleuse anglaise qu’on lui a attribuée n’est pas satisfaisante et le chef-maquilleur Charly Koubesserian doit lui en trouver une autre. «Raquel Welch ne sortait jamais de la salle de maquillage avant treize ou quatorze heures, même si la scène à tourner était prête dès midi», raconte-t-il. «Cela s’est passé un jour, deux jours, trois jours jusqu’à ce que la coupe fut pleine. Jean-Paul s’est énervé et a expliqué que si Mademoiselle Welch avait besoin d’autant de temps pour se préparer, elle n’avait qu’à venir à six heures du matin. En fait, ces retards continus ne venaient pas du tout d’une quelconque mauvaise volonté de la part de Raquel mais simplement du fait qu’elle n’en sortait pas avec son maquillage. En grande professionnelle, voyant le tort que cela causait au film, elle a repris les choses en mains et dès le lendemain, est apparue à l’heure. Et jusqu’à la fin du tournage, il n’y a plus eu aucun retard à déplorer». L’Animal ne fera sans doute pas beaucoup pour sa carrière aux USA (où il sera retitré Stuntwoman pour la sortie en vidéo !) mais elle aura rencontré sur le tournage André Weinfeld, qui deviendra son mari…

Le film est célèbre pour ses cascades (plutôt bien insérées dans le script puisque l’un des personnages est cascadeur, ce qui ne sera pas toujours le cas dans les films de Belmondo…) mais la première que l’on voit n’est pas réalisée par Jean-Paul Belmondo ! En effet, pour la descende des escaliers du Sacré-Cœur, c’est Rémy Julienne qui s’y colle.

«Je suis au volant pour les tonneaux car il faut virer puis redresser avant d’escalader le tremplin, passer à travers la roulotte et tomber dans les marches. La voiture est une Bentley véritable de 1930 déguisée en Rolls (la calandre seulement est changée). Une cage en tube renforce l’habitacle car la caisse est en bois. Les arceaux sont fixés directement sur le châssis, mais le poids du monstre est tellement élevé que je crains les effets de l’inertie. Après un premier essai, je ne peux me retourner et la Rolls descend l’escalier en roulant sans dégâts. À la seconde tentative, les tonneaux sont parfaits et l’équipage s’arrête à l’endroit prévu. Pour le second escalier, nous chargeons la voiture sur un camion qui, levant sa benne, expédie la ferraille en bas. La balustrade en pierre est remplacée par une copie en polystyrène expansé qui cède au moment du choc, la carcasse de la voiture est guidée par des rails, puis libérée par un crochet largueur. Trois jours de travail sont nécessaires pour cette scène qui ne dure que quelques secondes à l’écran».

Mais Belmondo va se rattraper sur la suite du tournage, au grand dam de Michel Audiard ! «Je suis allé un jour chez lui et il m’a sorti un livre sur la vie de Roland Toutain où il y avait la photo de Roland sur une aile d’avion, et il m’a dit : «J’ai envie de faire ça !». Je lui ai dit «Ecoute, personnellement je trouve que c’est un jeu de con parce que des accidents peuvent se produire…». Mais ça avec Jean-Paul, c’était exactement ce qu’il fallait lui dire pour le décider (rires) !». La préparation de cette scène est minutieuse et est confiée à Jean Salis, spécialiste de l’aéronautique et grand collectionneur d’avions. Dans le film, le cascadeur Mike Gaucher (prenant la place à l’insu des journalistes présents de la star Bruno Ferrari) est pendu à une échelle sous un hélicoptère et se pose sur le toit d’un avion piloté par sa partenaire Jane Gardner. Pour des raisons de sécurité, Bébel ne peut pas effectuer le passage complet. Il doit d’abord approcher l’avion et posé les pieds dessus, puis une autre séquence le montre debout (et accroché) sur l’avion.

La scène de l’avion a été tournée à 7h du matin au-dessus de La Ferté-Allais. Belmondo a des appréhensions en se rendant sur les lieux mais son ami Charles Gérard qui l’accompagne en voiture, se charge de le détendre pendant le trajet. Il monte à bord de l’appareil et au «top» en sort pour monter sur le toit. «Ça a été incroyable. J’étais comme au cœur d’une tempête. J’avais les yeux qui me sortaient du visage. J’étais à genoux pour trouver mes appuis et j’en prenais «plein la gueule», comme on dit. Et puis je me suis mis debout. Et là –ça va paraître idiot- j’ai eu l’un des plus grands plaisirs de ma vie. Un bonheur complet. Très égoïste mais très exaltant. J’ai découvert un monde étrange, un mélange de silence bizarre et de bruit. C’était pour moi la réalisation de tout un rêve d’enfant».

Pour les besoins du «film dans le film» («L’Espion couvert de femmes»), Belmondo doit également tomber plusieurs fois de suite du haut d’un escalier d’une cinquantaine de marches. «On avait caoutchouté l’escalier», raconte Claude Zidi, «mais il faisait bien vingt mètres de haut, et Jean-Paul s’est fait une entorse terrible. Sur le coup, il s’est mis à hurler. Mais comme il restait une prise, il a appelé un médecin, demandant à ce qu’on lui administre une piqûre. Stoïque, il a remonté l’escalier et l’a redégringolé, sans broncher… avant d’être immobilisé deux semaines !».

La star passe deux semaines à nourrir deux tigres, afin qu’ils s’habituent à son odeur et à sa présence. En effet, Mike Gaucher se fait assaillir par un félin en traversant le parc du château de Saint-Prix. La scène se passe relativement bien, sauf que le tigre va lui lacérer l’oreille. Dernière émotion d’un tournage à risques. Michel Audiard se souvient : «Quand il a fini ce film, je l’ai vu le dernier jour : il avait le corps bleu, de la clavicule à la cheville ! Je n’ai jamais vu ça !». À la sortie du film, Belmondo dira à Michel Drucker dans l’émission «Les Rendez-vous du dimanche», qu’il va sans doute arrêter les cascades…

Philippe Lombard

[Sources : «Le Quotidien de Paris» (27 juillet 1977), «Ciné Live» n°48, «Les Rendez-vous du dimanche» (2 octobre 1977), «Pour le cinéma» (3 octobre 1977), «Silence… on casse !» de Rémy Julienne (Flammarion, 1978), «Belmondo» de Philippe Durant (Robert Laffont, 1993), «La vie… c’est pas toujours du cinéma» de Charles Gérard (Ramsay-1994), «Ma vie sans maquillage» de Charly Koubesserian (Zélie, 1994)]

Titre Original :
ANIMAL, L'

Titre anglais :
ANIMAL, THE / STUNTWOMAN

Année : 1977

Nationalité : France

Réalisé par :
Claude Zidi

Ecrit par :
Michel Audiard, Dominique Fabre & Claude Zidi

Musique de :
Vladimir Cosma

Interprété par :
Jean-Paul Belmondo, Raquel Welch, Dany Saval, Raymond Gérôme, Jane Birkin, Johnny Hallyday, Yves Mourousi, Charles Gérard, Claude Chabrol, Mario David, Henri Génès, Julien Guiomar, Aldo Maccione, Henri Attal, Josiane Balasko & Maurice Bénichou


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