Danger : Diabolik (1968)
Posté le 2008-06-26 11:24:33

Diabolik est né en 1962, de l’imagination des sœurs Angela et Luciana Giussani, auteurs de «fumetti» (ces bandes dessinées italiennes en petit format). Les aventures de ce gangster insaisissable connaissent un énorme succès (qui ne se dément pas depuis quarante ans !) malgré un dessin archi-classique, une esthétique fruste et un statisme désespérant. Dès 1965, le producteur Antonio Cervi a l’idée de porter Diabolik à l’écran. Il en confie la mise en scène au réalisateur anglais Seth Holt et les rôles principaux à Jean Sorel et Elsa Martinelli. Un segment est tourné, des photos sont même publiées dans la presse (dans «Midi-Minuit Fantastique» et «Ciné-Paris», notamment), mais le projet ne va pas plus loin.

Le producteur Dino de Laurentiis, qui n’a pas encore sombré dans la folie des grandeurs avec «King Kong» et «Flash Gordon», rachète le bout de film tourné. Mais plutôt que de concrétiser les efforts déjà fournis, il bloque le projet en espérant en monter un autre avec une équipe différente. En 1966, Umberto Lenzi réalise «Kriminal», d’après les «fumetti» de Max Bunker (alias Luciano Secchi) et Magnus (alias Roberto Raviola), qui étaient à l’origine un démarquage de Diabolik, mais en beaucoup plus sombre. Il est donc temps pour De Laurentiis de réagir. Enthousiasmé par le «Barbarella» de Roger Vadim d’après la BD erotico-SF de Jean-Claude Forest, qu’il produit à Cinecittà, il décide de mettre en chantier «Danger Diabolik» dans la foulée.

Le nabab italien ne fait pas appel à un jeune metteur en scène «dans le vent» mais engage Mario Bava, le réalisateur du «Masque du Démon», âgé de cinquante-quatre ans. Habitué aux films de commande, celui-ci doit cependant relever un défi de taille : transformer une bande dessinée médiocre, qui ressemble à un roman-photo sur lequel serait repassé un dessinateur du dimanche, en œuvre cinématographique visuellement excitante. De plus, Bava doit coloriser l’univers en noir et blanc (marque des «fumetti») imaginé par les sœurs Giussani. Mais il s’oppose à De Laurentiis sur la conception même du film. «Dino voulait donner à «Danger : Diabolik» un ton plus noble, à la manière de «Raffles» de Sam Wood, avec David Niven» se souvient John Philip Law. «Mario et moi savions que cela ruinerait le film. Il voulait rester fidèle à la BD et je faisais tout pour l’encourager. (…) Je suis resté solidaire avec lui durant toute la préparation».

Plutôt que de s’inspirer de la BD originale, le cinéaste va loucher du côté du pop-art et utiliser des techniques comme le collage (la scène du portrait-robot) ou les filtres de couleurs (la boîte de nuit). À l’époque, même «Les Cahiers du Cinéma» s’emballent : «Les décalages optiques, les effets d’anamorphose, la débandade de l’ordre perspectif en chaque plan, la constante discontinuité spatio-temporelle, concourent à la constitution d’un univers à la beauté foisonnante : improbable et autoritaire». Mais, très intelligemment, Mario Bava ne se contente pas de trouvailles techniques destinées à «habiller» chaque séquence. Il met aussi Diabolik à contribution, à l’intérieur même du film. Dès la première scène, le héros masqué trompe ses poursuivants grâce à des fumées aveuglantes (jaunes, vertes et violettes), qui remplissent le cadre et nous font perdre nos repères. Plus tard, il fait briller l’image de mille feux en faisant fondre un lingot d’or géant. Tout ce foisonnement de couleurs et d’effets visuels a aussi pour but de s’éloigner de la violence et de l’immoralité des «fumetti», qui déchaînent régulièrement les foudres de la censure, ce que redoute Dino De Laurentiis. Cela explique que l’on soit très souvent proche de la parodie. Les gadgets de Diabolik relèvent ainsi du gag : une pilule anti-gaz hilarant, une autre lui permettant de se faire passer pour mort pendant douze heures, des ventouses ou un vaisseau sous-marin style «Opération Tonnerre».

John Philip Law est directement passé de «Barbarella» (où il jouait l’ange aveugle Pygar) à «Danger : Diabolik». Recouvert la majeure partie du temps d’une combinaison de latex bleue, il joue beaucoup sur la gestuelle. S’inspirant de la BD, Mario Bava filme en gros plans son regard perçant et halluciné (les sœurs Giussani s’étaient à l’origine inspiré des yeux de Robert Taylor). Lui trouver une partenaire féminine ne fut pas une mince affaire, comment s’en souvient l’acteur : «Dino insistait pour qu’il y ait plus de glamour à l’écran, et il avait fait venir des mannequins du monde entier pour auditionner le rôle de Eva Kant. Elles étaient très belles mais elles ne savaient pas jouer !». La première «actrice» à qui il donne la réplique est la bonne amie de Charles Bludhorn, le directeur des studios Paramount. C’est évidemment un fiasco !

Au courant des déboires de Laurentiis, Roger Vadim propose alors son ex-femme… Catherine Deneuve ! Après être passée à côté de James Bond en refusant «Au service secret de sa majesté», va-t-elle quand même réussir à faire de 1968 l’année la plus «pop» de sa carrière ? «J’ai tourné avec elle pendant environ une semaine», se souvient Law, «mais Mario n’était pas content parce qu’il sentait bien qu’elle n’avait pas vraiment capturé l’essence du personnage d’Eva...». Elle est finalement remerciée et Bava la remplace par Marisa Mell, «contre les conseils de Dino, et il a eu raison». L’interprète de «New York appelle Super Dragon» et «Ultime Violence» fait en effet une splendide Eva.

Autour du cast principal naviguent des acteurs vus dans les gros succès commerciaux de la décennie : Adolfo Celi (le méchant de «Opération Tonnerre»), Terry-Thomas (l’Anglais de «La Grande Vadrouille») et, plus étonnement, Michel Piccoli (qui vient de pousser la chansonnette dans «Les Demoiselles de Rochefort»). Il incarne l’inspecteur Ginko, version «mâle» du commissaire Juve joué par De Funès dans les «Fantômas».

Pour la scène finale où Diabolik est enveloppé d’or en fusion, John Philip Law fait une drôle de proposition à son metteur en scène : «J’ai essayé de la convaincre de faire une blague. Je lui ai dit : «Ecoute, quand l’or en fusion m’atteindra, je vais prendre la forme de la statue des Oscars et je me figerai debout comme ça. Comme si j’étais devenu mon propre Oscar». Mais il m’a répondu : «Non, John, je ne peux pas faire des trucs comme ça…». Pourtant, c’était juste une toute petite plaisanterie ! (rires)».

La musique décalée de Michel Magne sur «Barbarella» (passant d’un thème wagnérien à une bossa nova) avait été refusée par la Paramount, qui lui préféra un score plus psychédélique. Aussi, De Laurentiis prend-il les devants et demande cette fois à Ennio Morricone d’écrire une BO s’inscrivant dans l’air du temps, où le twist répondrait à la cithare.

Une suite fut envisagée et un script en partie rédigé mais devant le succès mitigé rencontré en Italie, le projet fut abandonné.

Philippe Lombard

[Sources : «Midi-Minuit Fantastique» n°14, «Ciné-Paris» n°97, «Les Cahiers du Cinéma» n°202, «Starlog» (éd.fr.) n°1, «Mad Movies» n°157]

Titre Original :
DIABOLIK

Titre anglais :
DANGER : DIABOLIK

Année : 1968

Nationalité : Italie / France

Réalisé par :
Mario Bava

Ecrit par :
Adriano Baracco, Mario Bava, Brian Degas, Tudor Gates, Arduino Maiuri, Angela Giussani & Luciana Giussani

Musique de :
Ennio Morricone

Interprété par :
John Phillip Law, Marisa Mell, Michel Piccoli, Adolfo Celi, Claudio Gora, Andrea Bosic & Terry-Thomas


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